Pyrénées : Les sentiers de la liberté contre l’antisémitisme

 Il s’agit de « permettre à des collégiens, lycéens et adultes de la région d’emprunter les sentiers de la liberté dans les Pyrénées ariégeoises, sur les traces des évadés de France vers l’Espagne suite aux persécutions de la France de Vichy », dit Rose Schmidt, présidente de l’association Judaïsme en Occitanie. DR.

L’association narbonnaise Judaïsme en Occitanie projette de créer ateliers, conférences, documentaire et même une randonnée à travers les Pyrénées pour combattre l’antisémitisme, un fléau qui réapparaît régulièrement, y compris en ce moment dans les manifs antivax. Son projet est soumis aux votes bientôt ouverts des budgets participatifs de la Région Occitanie.

La marche contre une vilaine course en avant. Il y eut l’incroyable A Marche Forcée, une histoire vraie et bouleversante datée de 1939 et relatée en 1956 par Slawomir Rawicz (éditions Phébus). Officier de cavalerie, torturé et déporté dans un goulag, il fut celui qui s’imposa durant douze mois comme guide à ses compagnons d’évasion, pour parcourir 10 000 km pour survivre…

Beaucoup d’épopées de persécutés dans notre région

Illustration. Ph.Stéphane Meurisse

Des épopées de persécutés, il y en eut comme cela beaucoup sur les chemins de la liberté dans notre région qu’ont utilisés les juifs ou les persécutés de tous poils, réfractaires au STO ou fuyant l’Allemagne nazie. Notamment à travers les Pyrénées. Depuis l’Ariège ou les Pyrénées-Orientales. C’est cette histoire méconnue de ces chemins de la liberté que veut refaire revivre une petite association. Pour mieux lutter contre l’antisémitisme.

Sur les traces des évadés de France vers l’Espagne

Le projet est porté par l’association Judaïsme en Occitanie, sise à Narbonne. C’est l’un des 49 projets déposés sur le plate-forme des budgets participatifs de la Région Occitanie qui, elle-même s’est dotée d’un plan contre le racisme et l’antisémitisme. S’il fait partie de ceux qui ont le plus de votes publics, son financement demandé pour le mener à bien (8 000 €) sera acquis. Les votes seront ouverts dans quelques jours. Il s’agit de “permettre à des collégiens, lycéens et adultes de la région d’emprunter les sentiers de la liberté dans les Pyrénées ariégeoises, sur les traces des évadés de France vers l’Espagne suite aux persécutions de la France de Vichy”.

“Pendant la seconde guerre mondiale des hommes, des femmes et des enfants juifs, pour la plupart originaires d’Europe centrale, ont été assignés à résidence, en zone libre, par le gouvernement de Vichy. Certains sont raflés le 26 août 1942, puis internés avant d’être déportés au camp d’Auschwitz”, rappelle Rose Schmidt, la présidente, par ailleurs psychologue clinicienne.

À Aulus-les-Bains, certains habitants ont même reçu le titre de “Justes parmi les Nations” décerné par le mémorial Yad Vashem, en Israël.

Photo : Olivier SCHLAMA

Dans les villages frontaliers avec l’Espagne, les bergers, gardes forestiers, résistants et contrebandiers qui maîtrisent parfaitement les sentiers de montagne, crééent ainsi des réseaux de passeurs et sauvent, au péril de leur vie, des milliers de personnes. “Ils s’étaient dit que cette situation était anormale. À Aulus-les-Bains, dans l’Ariège, certains habitants ont même reçu le titre de “Justes parmi les Nations” décerné par le mémorial Yad Vashem, en Israël.

La comparaison avec les Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale et les manifs sont visibles chaque samedi.

L’époque impose des projets comme celui-là pour lutter contre un antisémitisme de plus en plus décomplexé. Dans les manifestations antivaccin et antipasse, c’est le retour à l’antisémitisme primaire d’extrême droite. L’étoile jaune… La comparaison avec les Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale et les manifs sont visibles chaque samedi. Il y a aussi ces brandies avec des noms de soi-disant traitres, la plupart de confession juive et au centre l’inscription “Mais qui”, destiné à désigner les soi-disant responsables de la crise et qui est un code visant à diffuser la parole antisémite sur les réseaux sociaux. Et de contourner ainsi la fameuse loi Gayssot.

“Clichés et préjugés sans cesse revivifiés…”

Le terreau de l’antisémitisme, comme toutes les formes de racisme, est la représentation de l’autre au travers de clichés et stéréotypes. Grâce à ce travail minutieux en réseau. Aulus-les-Bains était une petite station thermale
des Pyrénées ariégoises. En 1942-1943, ce charmant village devient un centre de rétention où le gouvernement de Vichy enferme des familles juives étrangères réfugiées en France. Un chemin de la mémoire les Aulusiens et ces Juifs privés de liberté. Aujourd’hui, ce sont encore des “clichés et des préjugés sans cesse revivifiés, comme s’ils étaient une évidence, qu’il faut combattre”

Ateliers, conférences, grande randonnée

“On a retrouvé les traces des descendants d’au moins deux familles, l’une en Israël, la seconde au Canada. Notre projet est de faire (re)découvrir cette histoire de chemins de la liberté, y compris sur le plan juridique. Pour cela nous voulons mettre sur pieds des ateliers pour préparer une grande randonnée. Nous pensons pouvoir mobiliser, pour cela des enseignants mais aussi organiser des conférences in fine.

Projet d’un film documentaire avec témoins d’époque

Les Pyrénées-Orientales ont aussi des sentiers de la liberté. Photo © ADT des Pyrénées-Orientales

Cette randonnée sera le point d’ancrage de rencontres avec divers intervenants pour comprendre cette partie de notre histoire – peu traitée dans les programmes scolaires – et réfléchir au mieux-vivre ensemble. “Elle sera également le sujet d’un film documentaire comprenant des témoignages vécus de l’époque, des récits de spécialistes, auteurs d’ouvrages sur le sujet, ainsi que les échanges entre les participants, leurs réflexions, le partage des émotions au contact de la réalité des conditions de vie de l’époque afin de montrer l’évolution de leurs opinions”, dit la présentation du projet.

L’antisémitisme est un fléau qui gangrène l’ensemble de la société française et la région Occitanie n’est malheureusement pas épargnée. En 2012 la ville de Toulouse a payé un lourd tribut avec les attentats terroristes de l’école Otzar Hatorah. Se sentant menacés quelque 10 % de la communauté juive de France aurait quitté leur pays entre 2010 et 2020.

Olivier SCHLAMA

dis-leur.fr

 

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