Portugal: que sont devenus les Juifs de Belmonte ?

Cette petite communauté, de 100 à 150 personnes, fut « découverte» en 1920 par l’ingénieur Schwarz. Dans un livre de 1925 intitulé « Les nouveaux chrétiens au Portugal au 20ème siècle », il avait décrit la manière dont seulement trois fêtes juives étaient célébrées à Belmonte : Pessah, le jeûne d’Esther – qui fait partie de Pourim – et Yom Kippour. Le jour de Yom Kippour, les Juifs se rencontraient pour jouer aux cartes de telle sorte à ne pas paraître faire le culte, et c’est encore le cas aujourd’hui.

Les Marranes de Belmonte, court-métrage de Frédéric Brenner, en révéla l’existence au monde entier dans les années 1980.

Les juifs de Belmonte, cité de 6000 habitants à l’est du Portugal,  sont parmi les derniers à pouvoir nous rappeler quelle fut l’existence précaire des juifs traqués par une Inquisition et une Église toutes-puissantes. Ils vécurent sans rabbins, sans synagogue et sans livres. La transmission, exclusivement orale, se faisait par les femmes, qui décidaient du moment où elles jugeaient leurs enfants capables d’apprendre leur appartenance à la communauté. Sur le plan social, ils participaient à la vie catholique du village : baptêmes, mariages et enterrements.

En fait, le reste de la population, et en particulier le curé du village, était probablement plus au moins au courant de leurs pratiques secrètes. Les rites, réduits à leur plus simple expression, consistaient à inclure des mots hébreux ou quelques personnages emblématiques (Adonaï, la reine Esther…), dans des prières en portugais, à allumer de façon discrète une lumière le vendredi soir, à jeûner très souvent et à cuire les pains azymes de la Pâque. Les prières étaient récitées soit à la maison, toutes fenêtres fermées, soit dans les bois ou au bord d’une rivière.

Après un difficile retour au judaïsme favorisé par les autorités israéliennes, la communauté de Belmonte, raffermie par la construction d’une synagogue offerte par un mécène, M. Azoulay, semble avoir repris une vie communautaire normale.

Quartier juif de Belmonte © Wikimedia Commons ( Ken & Nyetta)

Ces dernières années, la culture juive revit à Belmonte. La synagogue (voir photo ci-dessus) accueille des offices les soirs d’été, et les shabbats et fête tout au long de l’année. En 2005, un mikveh et un musée juif ont également ouvert. Le musée a été rénové en 2016, et a rouvert en 2017 avec une nouvelle exposition permanente consacrée à la vie juive locale.

Le château de Belmonte, ville natale de Pedro Alvares Cabrals, qui découvrit le Brésil.

Une croix sur la porte d'entrée en guise de preuve de conversion au catholicisme.

Une croix sur la porte d’entrée en guise de preuve de conversion au catholicisme.

Aujourd’hui, les communautés juives portugaises vivent au grand jour. Depuis une vingtaine d’années, le processus de retour vers Israël, que les Portugais nomment resgate, s’est étendu sous l’influence des rabbins.

Le cinéaste Jorge Neves, fondateur de l’association Ladina à Porto, où le mouvement de retour est le plus important, tient à marquer la différence : « On n’a jamais accepté la reconversion. Parce que ce serait renier notre passé historique. Et il n’en est pas question. On a obtenu qu’Israël reconnaisse qu’il y a toujours eu des juifs au Portugal, qu’ils vivaient cachés, mais qu’ils n’avaient jamais coupé les ponts, et qu’ils soient reconnus comme tels. Aujourd’hui, nous ne sommes plus marranes. Bien que moi et d’autres avec moi, nous assumions notre passé, notre héritage. Cette question du marranisme, c’est une chose très importante culturellement. Aux yeux des autres, des chrétiens, nous étions juifs, mais pour les juifs nous ne l’étions pas. Heureusement ,aujourd’hui on a pu dépasser ces barrières« .

Contraints durant des siècles à la dissimulation, au silence, à une sorte d’errance intérieure, persécutés aussi, les juifs portugais vivent désormais librement leur religion. Seuls quelques marranes trop âgés pour accepter la circoncision, ou pour apprendre l’hébreu restent en retrait. Combien sont-ils ? Une centaine peut-être.

Dans moins d’une génération, la contre- culture que représente le marranisme portugais aura sans doute disparu. Pourtant, les tentatives de la faire revivre existent. Le travail des historiens ne fait que commencer. Le ladino est au goût du jour. Les influences touchent la musique, et la nostalgie du fado ladino de Rosa Negra ouvre la porte du souvenir.

La ville portugaise de Belmonte où se trouvent de nombreux crypto-juifs (Crédit : CC BY Ken and Nyetta, Flickr)

La ville portugaise de Belmonte où se trouvent de nombreux crypto-juifs (Crédit : CC BY Ken and Nyetta, Flickr)

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