Orly : un policier français aurait transmis des centaines de fiches S au Maroc

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/ Lundi 24 août 2020 à 11:2210

Police aux Frontières (PAF) © SYSPEO/SIPA

Cet agent français de l’aéroport d’Orly a récemment été renvoyé en correctionnelle. Il est soupçonné d’avoir transmis une grande quantité de fiches S à un espion marocain.

Les faits remontent à 2016 mais l’enquête suit toujours son cours. Un capitaine de police français mobilisé à l’aéroport d’Orly a été renvoyé en correctionnelle, tout comme son épouse, le chef d’une entreprise de sécurité chargée du filtrage des passagers d’Orly et un agent des services secrets marocains. Le policier se nomme Charles D. et est soupçonné d’être grandement impliqué dans un trafic de fiches S avec les services secrets marocains. Comme le relate Le Parisien, un renseignement anonyme était parvenu à l’IGPN en juillet 2016. L’information accusait Charles D. de transmettre des fiches S sous le manteau au Maroc. En effet, il effectuait ces actions en échange de voyages luxueux au Maroc et en Angola ainsi que de nombreux versements en espèces pour un total de 17 000 euros.

Il avait un « comportement parfois très curieux »

Le capitaine était en effet affecté à un poste « parfait » : chef de l’unité d’information de la PAF d’Orly. Il pouvait accéder à des renseignements essentiels et était en charge de collecter les informations fournies par les « aubettes ». Il s’agit de guérites où sont effectués les contrôles transfrontaliers des passagers, rappelle Le Parisien. Les membres de la PAF sont censés y enregistrer le passage d’individus fichés S, et leurs moindres faits et gestes. Charles D. et son épouse, Kimfuta, auraient eu des problèmes d’argent. Ils faisaient l’objet d’une procédure de surendettement et seraient donc une cible de choix pour les services secrets marocains, relate le quotidien. Ses collègues auraient décrit l’accusé comme « très mauvais professionnellement », mais « très humain ». Ou encore comme ayant un « comportement parfois très curieux », Charles D. s’absentant longuement de son poste. D’autres le voyaient comme « un garçon au demeurant sympathique », toutefois « pas à l’aise dans son rôle de chef » et « sans grande expérience ».

Des badges verts pour faire transiter des fichés S

Charles D. serait très proche d’un homme d’origine marocaine, prénommé Driss A., patron de l’antenne locale de la société de sécurité gérant les « filtrages » à Orly-Ouest. « C’est quelqu’un qui aime se faire mousser. Qui aime dire qu’il a des contacts partout et peut tout arranger », a lancé son directeur qui le qualifiait de « filou ». Or, son amitié avec Driss A. aurait été le début des ennuis. Driss A. aurait jeté Charles D. dans les griffes de l’agent des services secrets marocains, M118, de son vrai nom Mohamed B.. Le capitaine de police lui a alors transféré « entre 100 et 200 fiches de renseignement confidentielles » sur des individus allant d’Orly au Maroc, a révélé l’enquête. Charles D. aurait aussi donné une dizaine de « badges verts » à Driss A. et Mohamed B. afin de faire transiter des passagers par Orly en esquivant les contrôles frontaliers. Selon l’enquête, ces badges auraient profité à au moins un fiché S pour radicalisation et à un Marocain dont le visa pour la France avait été refusé.

Un trio bien organisé

Sa méthode était élaborée. Charles D. cachait les fiches dans des médicaments, que sa femme volait dans la pharmacie de l’hôpital de Draveil (Essonne), où elle était aide-soignante. Driss A. envoyait ensuite ces produits par l’intermédiaire de la compagnie Royal Air Maroc. De plus, lorsque les enquêteurs ont perquisitionné le bureau de Driss A., ils ont découvert 27 notes de la PAF faisant le point sur le passage de personnalités à Orly, relate Le Parisien. Des ministres algériens y figuraient. Si Charles D. a assuré que les Marocains lui avaient donné des informations en échanges, les juges n’en ont pas été convaincus. Le policier « ne fait pas partie d’un service de l’Etat dont la mission spécifique est la lutte antiterroriste », ont développé les juges d’instruction. De plus, l’accusé n’aurait jamais informé sa hiérarchie de ses actions, et seul le Maroc bénéficiait de ces fiches S. Les deux hommes avaient été incarcérés en mai 2017 puis placés sous contrôle judiciaire en mars 2018. Charles D. a plaidé sa cause en parlant de « naïveté », sans convaincre le tribunal, qui avait pu entendre les écoutes téléphoniques entre le capitaine et son épouse. Selon lui, une information transmise par ses soins valait « des millions »…

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