Notre-Dame : mégots et gabegie sécuritaire à tous les étages

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Après l'hypothèse d'un "point chaud" et celle d'un court-circuit de l'ascenseur, celle d'un court-circuit dû à la présence de cloches électrifiées dans la flèche tient la corde.

Après l’hypothèse d’un “point chaud” et celle d’un court-circuit de l’ascenseur, celle d’un court-circuit dû à la présence de cloches électrifiées dans la flèche tient la corde. – Simon Guillemin / Hans Lucas
Enquête en cours

Notre-Dame : des cloches “sauvages” et électrifiées à l’origine de l’incendie ?

Les débuts de l’enquête révèlent que six cloches étaient installées (normalement provisoirement) dans la flèche de la cathédrale. Des cloches électrifiées dont les câbles courraient dans les combles et qui auraient pu générer un court-circuit à l’origine de l’embrasement.

« Oui, nous avons été surpris d’entendre des cloches sonner dans la flèche ! On ne s’y attendait pas. Après, savoir pourquoi ces cloches étaient là, et si elles étaient régulièrement entretenues et autorisées, ce n’est pas mon problème.» Julien Le Bras, patron de la société Le Bras frère et sa filiale Europe Echafaudage, confirme à Marianne une des surprises de l’enquête judiciaire sur l’incendie de Notre-Dame : des cloches électriques avaient bel et bien été installées au dessus du coeur de la cathédrale, au sein même de la charpente, ainsi qu’à l’intérieur de la flèche de Viollet-le-Duc. Six cloches électrifiées au total !

« Des fils électriques courraient dans les combles, placés à la demande expresse du clergé, révèle le Canard EnchaînéAu risque de court-circuit, et en infraction à tous les règlements de sécurité édictés par les architectes en chef des monuments historique ». Selon le Canard, trois premières cloches de taille modeste avaient été installées en 2007 au dessus de la clé de voute du transept. Quant à la flèche, d’où se serait déclaré l’incendie du 15 avril aux alentours de 18h20, elle abritait trois autres cloches, remises en service en 2012, au moment de la rénovation des grandes cloches des beffrois. Et ces cloches auraient sonné à 18h04 ce jour du 15 avril… Benjamin Mouton, architecte en chef des monuments historiques, a même confirmé au Canard que cette installation devait être « provisoire ». Le provisoire qui dure est-il la cause du drame de Notre-Dame ?

Est-ce un appareil électrique de ces cloches, où leurs fils d’alimentation, qui aurait pu, dans la poussière des combles, ou l’étroitesse de la flèche, dont la charpente était en pin, provoquer l’incendie ? C’est désormais une hypothèse sérieuse de l’enquête. D’autant que les ouvriers chargés de l’échafaudage ont eu accès aux combles pour entreposer certains matériaux, et ont pu, par inadvertance, abîmer les câblages… Comme ils ont pu, en oeuvrant sur la flèche, bouger des fils électriques dédiés aux trois cloches intérieures. Dans cette hypothèse, le feu de Notre-Dame, seule cathédrale à la charpente intacte après 853 ans, serait dû à un banal court-circuit électrique sur une installation sauvage…

DEUX AUTRES HYPOTHÈSES BALAYÉES

L’autre hypothèse jusque-là était celle d’un « point chaud », d’une source de chaleur liée au chantier ayant entraîné un départ de feu. Or selon Julien Le Bras, dont les douze employés présents sur le toit de la cathédrale ont été entendus à plusieurs reprises la semaine dernière (ils sont rentrés chez eux en Lorraine vendredi), il n’y avait eu ce lundi 15 avril « aucun point chaud » sur le toit de l‘édifice. « Rien, ni soudure, ni découpe, ni meulage, je suis formel», assure-t-il à Marianne, éliminant l’hypothèse d’un point de chaleur. Une autre entreprise, présente sur le chantier ce jour-là (un maçon basé dans le 20e arrondissement) travaillait dans un autre secteur du monument, au niveau de la « culée »… Il ne pourrait être en cause.

Quant à l’hypothèse citée régulièrement ces jours-ci d’un court-circuit lié au système électrique des deux ascenseurs de chantier installés dans l’échafaudage, les enquêteurs semblent perplexes. Pour une raison simple : les câblages et la machinerie des appareils étaient 15m en dessous de la flèche. « Je vous le confirme, assure Julien Le Bras, l’hypothèse de l’ascenseur est selon moi farfelue, le moteur et toute l’électricité étaient très en contrebas du lieu où le feu a pris».

Reste donc, par élimination à ce stade, l’hypothèse des cloches « sauvages »… Les enquêteurs de la brigade criminelle vont devoir entendre les responsables successifs de l’édifice pour tenter de comprendre qui a autorisé ou pas ces installations électriques dans les parties boisées. « En contradiction absolue avec toutes les règles sur ces vieux bâtiments », confirme à Marianne un des 40 architectes en chef des Monuments historique, qui préfère ne pas être cité. L’autre question qui se posera aussi est de savoir pourquoi, à l’occasion du chantier de rénovation des flèches commencé le mois dernier, et de la pose de l’échafaudage de 500 tonnes, il n’a tout simplement pas été décidé de couper ces systèmes électriques « farfelus ». La question devrait être posée aux architectes en charge de l’édifice, Philippe Villeneuve en tête. « C’est aussi tout le problème de Notre-Dame, soupire un cadre du ministère de la Culture. D’un coté l’Etat, propriétaire du bâtiment, de l’autre le clergé, qui le fait tourner, et en troisième partie la ville de Paris ». Un seul exemple : lors de la rénovation des bourdons en 2012, l’archevêché avait décidé dans son coin de céder les vieilles cloches à une église du Nord. L’Etat, propriétaire, avait vu rouge et dû menacer d’un procès pour que les anciens bourdons ne soient pas transférés… Apparemment, pour les six cloches de charpente, personne n’avait rien vu venir.

Par Laurent Valdiguié

Incendie de Notre-Dame de Paris : de multiples failles de sécurité relevées

Incendie de Notre-Dame de Paris: de multiples failles de sécurité relevées

 

Cloches électrifiées malgré le risque de court-circuit, long délai pour alerter les pompiers, ouvriers qui fument sur les échafaudages… de nombreuses erreurs ont été commises avant l’incendie du 15 avril, révèle Le Canard enchaîné.

À qui incombe la responsabilité de l’incendie de Notre-Dame de Paris? Si les enquêteurs favorisent pour l’heure la thèse accidentelle – les chefs de «destruction involontaire par incendie ont été retenus» par le parquet –, des failles de sécurité auraient retardé l’intervention des pompiers, le jour du drame. Le Canard enchaîné, dans son édition de mercredi, assure que les soldats du feu n’ont été appelés que trente-cinq minutes après la première alerte incendie, contre vingt minutes annoncé officiellement. Ce retard est dû, d’après l’hebdomadaire, à «une série d’erreurs humaines».

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Si une première alarme a effectivement retenti cinq minutes après l’alerte du détecteur de fumée, celle-ci a été considérée comme une «fausse alerte». Le régisseur et un agent de sécurité de la cathédrale, envoyés sur les toits pour vérifier la véracité de l’alerte, n’auraient rien trouvé. La faute, selon eux, à un employé du PC sécurité de la société Elitys, qui n’aurait pas correctement indiqué la zone concernée. Contactée par le journal, l’entreprise dément formellement. Finalement, le régisseur et l’agent de sécurité sont parvenus à localiser les flammes à la base de la flèche, avant de prévenir les pompiers, 35 minutes après les premiers signaux du détecteur de fumée.

«Fumer sur les échafaudages»

Concernant la source du feu, la Brigade criminelle privilégierait aujourd’hui «la piste du court-circuit». En cause, «les moteurs des ascenseurs des échafaudages et les boîtiers électriques nécessaires aux travaux». Problème : ces matériaux se trouvaient loin du point de départ de l’incendie. Selon Le Canard enchaîné, des ouvriers, interrogés par la police, ont avoué qu’il leur arrivait de «fumer sur les échafaudages». Une pratique strictement interdite. Sept mégots auraient été retrouvés sur les lieux.

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Des responsables de la cathédrale, interrogés par Le Canard enchaîné, ont par ailleurs confirmé que des fils électriques couraient dans les combles du monument, l’exposant à des «courts-circuits». Une pratique interdite par tous les règlements de sécurité. Quant à la flèche, elle abritait trois cloches. Celles-ci ont été électrifiées «au début des travaux de rénovation des grandes cloches des beffrois» en 2012, selon l’hebdomadaire. Malgré la fin des travaux, l’électricité n’aurait pas été coupée. Le jour du drame, les cloches auraient tinté lors des messes de 8 heures, 9 heures, midi et 18h04, soit douze minutes avant la première alerte du détecteur de fumée.

Des colonnes sèches insuffisantes

Autre faille: le plan incendie, mis en place par la direction régionale des affaires culturelles, n’aurait pas été respecté. Ce dispositif prévoyait notamment la mise en place d’un PC sécurité 24h/24, avec deux surveillants payés par l’État. Or, un seul homme était présent et seulement de 8 à 23 heures.

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Enfin, les colonnes sèches, censées pouvoir être raccordées en extérieur à une source d’eau, ne permettaient pas de délivrer plus de 200 à 500 litres d’eau par minute. «Le débit pour éteindre un départ d’incendie mais pas un brasier de grande ampleur», croit savoir le journal satirique. Cette insuffisance aurait contraint les pompiers à battre en retraite avant de remonter plus tard, armés de lances plus puissantes.

4 COMMENTS

  1. @ ” l’archevêché avait décidé dans son coin de céder les vieilles cloches à une église du Nord ” .

    Pour l’enquête faisons appel à la ” fée clochette ” , le Capitaine Crochet ne sera pas loin avec son bandeau et sa Barbe hirsute .

  2. Le fait d avoir déclaré le lendemain : C EST UN ACCIDENT circuler y’a rien à voir EXPLIQUE TOUT …. La fumée jaune d une épaisseur considérable et la VITESSE du feu explique tout aussi, LA THERMITE…. ni plus, ni moins… et celà dans le but de sauver son quinquennat les européennes et le super Grand deblablatére et avec les petits copains à coups de 100 briques par ci 200 par là … derrière le Macro se cache un autre Ben Allah Lumette….. Amen ! La messe est dite.

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