Mon rêve à Jérusalem

 2ème séance

 

par Jean-Marc Alcalay

 

Israel Psychoanalytic Society, 13 rue Disraeli, Jérusalem, 23 janvier 2020 : 17h00.

  • Bonjour docteur F.
  • Bonjour, allez-y prenez place….Je vous écoute…
  • Il faut que je vous dise. Hier j’ai fait un rêve troublant. Au petit matin, comme je m’en souvenais, je l’ai appelé Mon rêve à Jérusalem. Je suis au Yad Vashem, vous savez le Mémorial et centre de recherches sur la Shoah. Dans l’auditorium où ont lieu toutes les conférences, je vois le président Macron. Mais curieusement, il n’y a dans la salle que Douze personnes. Douze, d’ailleurs, ce mot mérite une majuscule. Douze donc, dont trois enfants. Aucun chef d’état, ni d’Israël, ni des pays invités, aucun agent de la sécurité. Seulement Douze, et moi dans un coin. Je ne sais même pas si je suis là, mais je vois et j’écoute.
  • Douze, mais à qui pensez-vous ?
  • J’ai pensé au film de Sydney Lumet : Douze hommes en colère. Mais au contraire du film dans lequel un homme convainc les onze autres jurés que le présumé coupable est en fait innocent, dans mon rêve, ces Douze hommes, femmes et enfants n’ont pas l’air de juger le président français. Ils l’écoutent, sans plus…
  • Votre rêve évoque pourtant un procès puisque vous évoquez le film et parlez de jurés …
  • Sans doute, mais mes Douze ont plutôt l’air de victimes, peut-être des jurés-victimes. Puis leur visage à chacun m’apparaît plus nettement alors qu’Emmanuel Macron évoque l’antisémitisme. Mais il s’exprime bizarrement.
  • Oui, mais les Douze, auxquels, comme vous, je mets une majuscule, vous les avez reconnus ?
  • Oui, ce sont Douze victimes de l’antisémitisme en France. Non pas celles qu’on insulte dans la rue, non pas celles dont on brise les sépultures ou sur lesquelles on tague des croix gammées. Ni celles sur lesquelles on déverse sa haine sur le Net…, ni même celles qui portent plainte….Oui, ils sont tous Juifs et auraient pu être aussi là, mais ces Douze, ce sont ces Juifs français qui sont morts sous les balles ou torturés par des islam-istes. Ils apparaissent nettement dans mon rêve et même, je les nomme, je leur redonne leur nom.
  • Pour ne pas les oublier !
  • Oui docteur, pour les humaniser eux que leurs bourreaux ne considéraient pas comme des humains. Alors oui, je vois nettement Sébastien Selam, Ilan Halimi, les trois enfants, Myriam Monsonego, Gabriel et Arié Sandler sagement assis près de leur père et enseignant, Jonathan Sandler. Puis je reconnais aussi Philippe Braham, Yoan Cohen, Yoav Hattab, François-Michel Saada et enfin les deux dames âgées, Mireille Knoll et Sarah Halimi…..Je sais, dans cet auditorium, il y aurait pu en avoir 75 000 et même 6 Millions…Et ce qui est bizarre dans mon rêve, c’est que le président parle toujours, mais ses paroles sonnent creux. C’est comme si il était loin de moi et des Douze. Ses paroles sont comme vides. Elles résonnent comme quand on tape sur un tambour, ou que l’on parle comme dans un tunnel. Les Douze victimes écoutent son discours, sans un mot. Elles n’approuvent ni ne s’y Et le président parle toujours comme dans une litanie, un discours tout fait, appris. On dit : enfoncer des portes ouvertes.
  • Oui, précisez. Ces victimes…Elles ne disent vraiment rien ?
  • Quand je dis qu’elles ne réagissent pas, je me trompe. Leur silence est comme le vôtre. Se taire est parfois plus parlant. Le président en est gêné, parfois il bute sur ses propres mots devant le silence attentif de ces Douze jurés-victimes. Alors oui, là les victimes le jugent, jaugent si ce qu’il dit, il le pense vraiment. Eh bien, à voir les réactions de mes jurés-victimes, ils ne le croient pas. Ils ne croient pas à cette pseudo-sincérité. Pas un mot ! Et lui continue à s’exprimer dans le vide. C’est comme si le silence des Douze victimes lui renvoyaient en retour, en miroir comme vous le diriez docteur, lui renvoyait donc sa propre responsabilité, son impuissance, sa petitesse malgré ses phrases et ses formules toutes faites pour séduire un auditoire volontairement silencieux. En ne disant rien, mes Douze jurés-victimes le renvoient bien à sa Responsabilité. Oui, c’est le mot. Responsabilité !  Avec un R Je regarde mes Douze et je peux vous dire, combien ils sont beaux, dignes et beaux, drapés ainsi dans leur silence, mais leur regard est intense !
  • Mais ces Douze victimes, comme vos les appelez n’ont vraiment aucune réaction ?
  • Si, je me rappelle. Certaines pleurent. Les trois enfants de l’école Ozar hathora. Sarah Halimi aussi, mais je ne sais pas si elle pleure ou si elle crie…Et je pense alors : pleurer comme une fontaine, hurler à la mort.
  • Une fontaine ?
  • Oui, à cet instant j’ai en tête cette expression :  » fontaine je ne boirai pas de ton eau !  » C’est-à-dire que là, je m’adresse à Emmanuel Macron. «  Vos paroles monsieur le président c’est comme un coup d’épée dans l’eau. Elles font flop ! Elles n’ont aucun effet parce que vous ne les pensez pas. Elles sont vraiment creuses ! Tout cela, ce n’est que du discours, d’la comm !, comme on dit aujourd’hui…Car savez-vous seulement, monsieur le président que l’antisémitisme en France et même dans le monde continue d’augmenter, de se répandre, et de se masquer sous la haine antisioniste »… Et puis soudain, il se met à hurler, le président se met à hurler en anglais, enfin, dans un anglais guttural, appuyé par un fort accent arabe, en roulant les r, comme le faisait Arafat. Alors que quand il veut, Emmanuel Macron parle plutôt bien anglais. Puis, je suis dans une autre scène, dans un autre lieu. Il y a une foule importante cette fois ci. Il dit avec agressivité qu’il est en France et que les autres ne peuvent pas venir sur son territoire. Bref, il est  comme un animal qui défend son territoire. Maintenant, il parle vraiment arabe, comme s’il ne s’adressait désormais qu’à eux et pour que les journalistes occidentaux ne le comprennent pas. Mahmoud Abbas fait la même chose. Pourtant dans la vie, le président français ne parle pas du tout cette langue-là. Il dénonce la colonisation, les crimes contre l’humanité, devant un public algérien, alors qu’il est à Jérusalem, la capitale d’Israël. Je ne comprends plus rien dans ce rêve, ou tout se mélange, mais comme dans tous les rêves. Celui-là est un presque cauchemar mais il ne me réveille pas.
  • On appelle cela une condensation quand deux perceptions s’amalgament, se mélangent comme vous dites, et qu’elles ne font plus qu’une.
  • Ah bon !
  • Mais à quoi songez-vous quand vous parlez d’anglais et d’arabe entremêlés ?
  • Comme il vocifère dans cet anglo-arabe, et en hurlant, il me vient à l’idée le titre de la pièce de Shakespeare : Beaucoup de bruit pour rien. Et en effet, le président français qui a certainement une idée derrière la tête fait beaucoup de bruit pour rien. Dans le fond de la salle, qui je crois est une église, coule une fontaine.
  • Vous avez dit tout à l’heure : pleurer comme une fontaine. Ce n’est pas à notre poète auquel vous pensez ?
  • Vous avez peut-être raison mais vous orientez ma réponse : eh oui, La Fontaine et sa fable : La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Oui, c’est cela le président Macron, c’est toujours comme ça. Il est la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Et vous avez d’autant plus raison que dans son discours devant mes Douze jurés-victimes, il est comme devenu gonflé, alors que dans la vie, il est plutôt mince et a le visage creux. Mon rêve se termine. Je vois mes Douze jurés-victimes s’éloigner et c’est à moi qu’ils sourient comme pour me dire que je dois continuer à penser à eux, même au-delà de leur mort. Quant au président Macron, il sort déçu de ne pas avoir été ni compris, ni entendu, ni applaudi, ni même conspué. Rien, rien, rien ! Dehors les arbres majestueux de la forêt de la capitale d’Israël le regardent. Des larmes coulent de leur tronc…, non plutôt de la sève de vie baignée de cette douce et merveilleuse lumière de Jérusalem. J’ai pensé à six !
  • Six millions !
  • Oui docteur. Six millions d’arbres le regardent comme autant de victimes de la Shoah. Et plus ils le dominent de leur splendeur, plus le président français rapetisse jusqu’à devenir minuscule, tout petit, devant cette incroyable forêt de verdure, presqu’humaine. Une toute petite voiture l’attend, il s’y précipite, et je pense : le bœuf qu’il croyait être est redevenu une grenouille. Oui, notre président est une grenouille !, à l’image de la France à Jérusalem qui a fait le bœuf pour peser un peu, mais qui, dans ce marécage politique proche-oriental n’a toujours que la taille de ce modeste batracien. Oh là là ! Tout se mélange à nouveau ! Je m’égare…
  • Non, non, pas du tout, c’est très clair, mais restons-en là pour aujourd’hui. A la semaine prochaine. Même jour, même heure.
  • Merci docteur F …

Par ©Jean-Marc Alcalay

2 Commentaires

  1. C’est curieux, je fais parfois le même rêve.
    Macron, ce minable qui ne pense qu’à sa réélection. J’espère que cette fois-ci les juifs vont le sanctionner comme il se doit.
    ROSA

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