Michel Ohayon, homme d’affaires discret en passe d’acquérir Go Sport.

Quelques mois après la reprise de 511 magasins de l’enseigne de prêt-à-porter féminin Camaïeu, la Financière immobilière bordelaise se prépare cette fois à acquérir Go Sport pour un euro. A la tête de ce fonds d’investissement se trouve Michel Ohayon, un personnage aussi riche que discret qui a bâti sa fortune dans la vigne et l’hôtellerie.

En août dernier, l’homme d’affaires bordelais Michel Ohayon faisait l’acquisition des magasins Camaïeu via son entreprise, la Financière immobilière bordelaise (FIB). Sept mois plus tard, Rallye, la maison mère lourdement endettée de Casino, a annoncé mercredi 10 mars être entrée « en négociation exclusive » avec cette même FIB afin de céder l’enseigne Go Sport pour 1 euro.

Michel Ohayon, homme d’affaires discret en passe d’acquérir Go Sport

« La finalisation de l’opération pourrait intervenir avant la fin du premier semestre 2021 », a précisé Rallye dans son communiqué. Spécialisée dans la distribution d’articles de sport, l’enseigne dispose d’un réseau de 85 magasins en propre et 48 magasins affiliés, et emploie environ 2 000 salariés pour un chiffre d’affaires de 625 millions d’euros en 2019.

Magasin de sport GO SPORT LISIEUX

Débuts dans l’habillement

Michel Ohayon a fait son entrée en 2015 dans le classement des 500 plus grandes fortunes de France établi par le magazine Challenges. Il y occupe la 144e place en 2020. Mais il s’est hissé à cette place sans jamais chercher la lumière.

Sa fortune, Michel Ohayon, 57 ans, l’a construite à coups de rachats successifs dans le secteur de l’immobilier et de la distribution. Cet homme d’affaires a commencé à 22 ans à Bordeaux en ouvrant une première boutique de vêtements sous la franchise « Daniel Hechter ». Avec un sens du commerce qui lui permet de développer les ventes, puis d’ouvrir une quinzaine de magasins. Sachant valoriser chacun de ses emplacements, il se constitue vite un petit empire immobilier à Bordeaux.

Hôtels haut de gamme et domaine viticole

Puis, très friand, d’après Forbes, de biographies d’hommes d’affaires tels que Steve Jobs, il décide, en 1999, d’acquérir le Grand Hôtel de Bordeaux, en rachetant les immeubles à proximité pour en multiplier la surface par six.

En 2007, il peut ainsi ouvrir ce qui deviendra l’Intercontinental Bordeaux-Le Grand Hôtel. Il gagnera le titre de « Meilleur Hôtel de France » (il le détient encore en 2019), devançant ses concurrents parisiens, notamment grâce à un Spa Guerlain et à la présence du chef Gordon Ramsay.

Poursuivant son incursion dans l’hôtellerie, il acquiert le Trianon Palace de Versailles en 2014, puis le Sheraton de Roissy en 2016, avant de s’offrir rien de moins que le Waldorf Astoria de Jérusalem en 2017, pour 160 millions d’euros. Toujours dans le haut de gamme, mais cette fois du côté du vin, il achète le vignoble du Château Trianon en 2017.

Implantations de proximité

En février 2018, il acquiert 22 magasins Galeries Lafayette, en régions. Il déclare alors au Figaro que « la France doit développer son tourisme et son tourisme commercial. Dans toutes les villes, les grands magasins peuvent y contribuer », ajoutant que « les meilleures affaires en urbanisme commercial se sont faites en centre-ville, pourvu qu’on sache les revitaliser, comme Alain Juppé l’a fait à Bordeaux ».

Il tourne ensuite son attention vers les jeux et jouets avec la reprise de la Grande Récré, alors placée en redressement, fin 2018. Il prend l’avantage sur le groupe Fnac-Darty, également candidat au rachat. S’il rate l’acquisition de Toy’R’Us, il installe des points Grande Récré dans les Galeries Lafayette qu’il contrôle.

Michel Ohayon croit à la force des magasins de proximité. Après Camaïeu, il souhaite le démontrer une fois de plus en acquérant Go Sport, une enseigne présente dans de nombreuses villes de France.

Les magasins Camaïeu repris par Michel Ohayon

La célèbre enseigne de prêt-à-porter, placée en redressement judiciaire depuis le 26 mai dernier, va être rachetée par la Financière immobilière bordelaise, a décidé le tribunal de commerce de Lille. Le repreneur, dirigé par Michel Ohayon, prévoit de conserver 511 magasins sur 634, mais près de 400 postes seront supprimés.

Les magasins Camaïeu repris par Michel Ohayon

« Voir le maximum d’emplois sauvés, avec un repreneur qui sait où il va, c’est un soulagement », se félicite Christelle Espagnol, représentante Force ouvrière des vendeuses de Camaïeu. « Nous sommes très satisfaits de la décision », appuie Thierry Siwik, représentant syndical CGT.

Les salariés de l’enseigne de prêt-à-porter ont appris, le lundi 17 août, que Camaïeu va être rachetée par Michel Ohayon, dirigeant de la Financière immobilière bordelaise (FIB), un groupe qui possède déjà plusieurs franchises des Galeries Lafayette et des hôtels haut de gamme en centre-ville. Ainsi en a décidé le tribunal de commerce de Lille.

Il devait trancher entre deux offres concurrentes. D’une part, celle de l’actuel dirigeant Joannes Soënen appuyée par trois fonds déjà actionnaires de l’entreprise (GoldenTree, CVC et Farallon). Cette offre proposait de conserver 2 520 emplois sur environ 3 100 et 446 magasins sur les 634 que compte le réseau Camaïeu. D’autre part, l’offre de Michel Ohayon, qui promet de conserver 2 659 salariés et 511 magasins.

« Ohayon est un véritable entrepreneur »

Les deux dossiers ont suscité une vive opposition entre les organisations syndicales : le premier était soutenu par le syndicat autonome Unis pour agir ensemble (UPAE), qui avait recueilli 38 % des voix lors des dernières élections professionnelles. Le second avait le soutien de l’intersyndicale CFDT-CGT-FO, dont les forces additionnées représentent la majorité des salariés. Lors de la présentation des dossiers à l’audience du 24 juillet, la tension entre les deux factions était palpable.

Dans sa décision, le tribunal « regrette amèrement la faiblesse des prix de reprise, particulièrement celle de FIB, qui a été qualifiée d’indécente lors des débats. Néanmoins, l’intérêt de l’entreprise reste sa pérennité, qui apparaît meilleure dans le projet FIB ». Les juges ont fait preuve d’un moindre enthousiasme que les salariés de l’intersyndicale, qui soutenaient le projet de Michel Ohayon. Ils estimaient sa proposition de redressement plus dynamique que celle de son concurrent.

« Jusqu’à présent, nous avons été gouvernés par des fonds de pension américains ou anglais, on a vu le résultat ! Ohayon est un véritable entrepreneur, qui a construit son propre empire », résume Thierry Siwik. Peu médiatique, homme d’affaires discret, Michel Ohayon arrive en effet avec un passé d’entrepreneur qui occupe la 144e place au classement des 500 plus grandes fortunes de France, établi par le magazine Challenges.

« La FIB veut mettre Camaïeu dans les Galeries Lafayette »

Il a commencé à 22 ans à Bordeaux en ouvrant une première boutique de vêtements sous la franchise Daniel Hechter et a construit son groupe à coups de rachats successifs d’enseignes de centre-ville, qu’il a redressées et développées. Il possède notamment le Grand Hôtel de Bordeaux, ainsi que les magasins La Grande Récré.

Le responsable syndical CGT a soutenu le projet de la FIB, même si celui-ci prévoit des suppressions de postes : « Environ 400, compte tenu des démissions intervenues pendant l’été », estime-t-il. Il se félicite surtout du fait que ce projet prévoit de maintenir une implantation géographique dans l’ensemble des régions. Mais aussi une « réelle interactivité entre les ventes magasins et les ventes Web ».

Au-delà de ces adaptations du modèle, le tribunal a rappelé que « nulle reprise ne peut réussir sans le soutien des équipes et des salariés. Force est de constater que, même si les fautes antérieures ne peuvent leur être reprochées, l’équipe dirigeante (actuelle) n’a pas su ou pas pu acquérir et conserver la confiance du personnel ». Un point de vue partagé par Christelle Espagnol, qui juge que la direction a eu le temps de faire ses preuves. Elle pense que Michel Ohayon, déjà présent dans l’habillement, saura redonner son lustre à l’entreprise : « La FIB veut mettre Camaïeu dans les Galeries Lafayette, ce qui va permettre de mieux faire connaître notre marque, qui a perdu en visibilité ces dernières années », assure l’élue.

Il faudra que l’homme d’affaires bordelais déploie tout son talent pour redresser Camaïeu, dans un contexte extrêmement difficile pour le secteur de l’habillement. Il a été pénalisé successivement par le mouvement des gilets jaunes, les grèves des transports et un confinement qui a été synonyme d’un effondrement des ventes. Plus récemment, les soldes n’ont guère permis d’opérer un rattrapage. Les salariés de Camaïeu qui ne conserveront pas leur emploi devraient, quant à eux, recevoir leur lettre de licenciement dès la première semaine de septembre.

LA CROIX

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