Discours du Président d’Honneur de l’AFMA à l’occasion de la cérémonie en souvenir des rafles de janvier 1943 à Marseille

« Ce sont 12000 policiers Français, GMR, escadrons de gendarmerie et gardes mobiles venus spécialement de la France entière, qui vont procéder dans le petit matin du 22 janvier 1943, à l’arrestation de 250 familles juives dans ce quartier de l’opéra ou elles vivaient en raison de la proximité du Grand temple de la rue Breteuil.
250 familles juives raflées tôt le matin, avec une brutalité inouïe, les gens sont emmenés dans la tenue dans laquelle ils se trouvaient au moment où les policiers ont franchi la porte, sans bagages ni objet personnel, les familles ont été séparées dès le moment de leur arrestation et ne se sont jamais retrouvées.
Le cousin de Robert Mizrahi, Victor Algazi demeurait dans ce quartier, rue St Saëns et il raconte :
On a frappé à la porte et ma mère toute tremblante a ouvert :
Ou est votre mari ?
-Je suis veuve et je vis seule avec mon fils.
Vos papiers !!!
Il vérifie les papiers de ma mère :
-Ah vous êtes née à Izmir en Turquie !
J’ai fait mon service militaire dans les Dardanelles, les gens là-bas étaient très gentils avec nous.
Alors écoutez, fermez la porte et n’ouvrez à personne, ne faites pas de bruit et n’allumez pas la lumière jusqu’à demain.
Il sort, du bruit dans les escaliers : ici c’est fait ils sont descendus !!!
Nous resterons cloîtrés pendant 2 jours avant de partir à pied vers la Gavotte ou une famille Arménienne nous hébergeras jusqu’à la libération.
A la suite de ces rafles 1642 personnes seront dirigées vers Compiègne et 782 juifs seront déportés vers Sobibor par les convois N°52 et 53, que l’on a appelé les convois des Marseillais. Ils seront tous exterminés dès leur arrivée, aucun ne survivra.
Victor évoque les noms des habitants emportés :
Rue Corneille : Bidjerano, souhami, benhaim, covo, Habboutte, Cohen.
Rue Molière: Veissi, Cohen, Bengaz, Guelidi.
Rue Saint Saens :Mizrahi,Tabah, Arouto, Mechulan, Leon, Assoun, Behar, Avidor
Rue Haxo: Cartozo
Etc. la liste est encore longue…
Le lendemain le 23 janvier c’est la rafle du quartier du vieux port et l’évacuation d’environ 20000 personnes, la plupart dirigées vers le camp de Fréjus et le 1er février c’est un convoi de 800 personnes dirigé vers Compiègne. Un grand nombre de Juifs se trouvent dans ce convoi.
Après la libération, la poignée de survivants ont essayés de raconté l’enfer, mais personne n’a voulu les écoutés et c’est bien des années après, avec l’arrivée des négationnistes que l’Amicale des déportés d’Auschwitz, avec sa Présidente Denis Toros Marter, Ida Palombo, Simon Hochberg, Maud Bloch, Vivette Baharlia, Henriette Cohen, Albert Veissid, Albert Aben, Victor Algazi, et tant d’autres, ont commencé à témoigner dans les établissements scolaires de notre région pour transmettre auprès des jeunes générations la mémoire de ce qui a été le plus grand génocide de l’histoire de l’humanité.
79 années se sont écoulées depuis et aujourd’hui encore les plaies ne sont toujours pas refermées et des actes graves envers notre communauté sont perpétrés chaque jour. Il nous appartient, eu égard à tous ceux qui ont péri au cours de la plus grande catastrophe de tous les temps, de lutter contre tous les extrémistes et contre toutes les formes d’antisémitisme afin que plus jamais nous n’ayons à vivre ou à revivre ces jours dramatiques. C’est ce que l’A.F.M.A. s’efforce de faire en continuant le travail de transmission de la mémoire initié par les survivants des camps d’extermination. »
Albert Barbouth France 3 Provence-Alpes

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