Valérie Toranian. Manuel Valls, tombé pour la France, la gauche et ses valeurs

Battu au premier tour de l’élection législative dans la cinquième circonscription des Français de l’étranger (Espagne, Portugal, Andorre, Monaco), Manuel Valls a tiré sa révérence et fermé son compte Twitter. Le torrent de boue déversé contre lui sur les réseaux sociaux depuis l’annonce de sa défaite, émane essentiellement des membres et sympathisants du cartel d’extrême gauche de la Nupes. Le message réjoui de Jean-Luc Mélenchon (Bon débarras !) étant de loin le plus bienveillant. À faire défiler les tweets, on a l’impression de vivre une scène de la Révolution française : les tricoteuses de la France insoumise sont installées devant la guillotine et applaudissent la tête coupée qui vient de tomber dans le panier à leurs pieds. La comparaison devrait plaire à Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière qui partagent une même vénération pour Robespierre le sanguinaire.

Manuel Valls est un homme politique agité. Ses allers-retours entre la France et l’Espagne ont suscité des ricanements et des critiques en partie justifiés. Lui qui prétendait avoir la France chevillée au corps, l’a quittée pour partir en 2019 à la conquête de la mairie de Barcelone, dont il est natif. Un échec. Il revient en août 2021 pour coller ses pas dans ceux d’Emmanuel Mcron. Après avoir définitivement rompu avec le parti socialiste d’Olivier Faure, il se bat contre la radicalisation politique : « La France, écrit-il, n’a pas besoin de la gauche qui nous est proposée. Pas de celle dont la faute morale est d’avoir délaissé la majorité silencieuse au profit de toutes les minorités possibles et imaginables et de courants qui nous viennent d’outre-Atlantique : cancel culture, wokisme… »

L’ancien Premier ministre de François Hollande, qui a théorisé « les deux gauches irréconciliables » en 2016, déplore la dérive de sa famille politique, incapable de rompre avec « son surmoi marxiste » et qui refuse « le pragmatisme économique ». Surtout, il lui reproche d’avoir abandonné ses idéaux laïcs républicains au profit d’une vision communautariste et sociétale. Deux visions incompatibles. Manuel Valls voulait trancher dans le vif et sauver l’héritage laïc et républicain en se présentant à la primaire de 2017. Il a perdu. Il a finalement voulu prendre le train de la République en marche, devenue Renaissance, qu’il a jugée plus en concordance avec ses principes. Il a encore perdu. Le triomphe politique de la Nupes, conglomérat soumis à la France insoumise, est le crépuscule de la gauche retrouvée qu’il appelait de ses vœux.

Il entame sa traversée du désert. La gauche républicaine l’a entamée depuis longtemps. Elle n’est pas définitivement morte puisque des républicains de gauche laïcs et universalistes, comme Fatiha Boudjahlat et d’autres, se battent courageusement contre l’hégémonie mortifère de la France insoumise. Mais que représenteront-ils dans la nouvelle Assemblée nationale ? La gauche républicaine, combien de divisions ?

Et comme Cassandre, il doit disparaître pour avoir eu raison

Jamais un homme politique de gauche n’aura suscité autant de haine à gauche. Et cela ne date pas de sa « trahison » en faveur du président Macron. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il fut le prophète de la disparition de la gauche au profit de l’extrême gauche. Et comme Cassandre, il doit disparaître pour avoir eu raison. La haine tenace qu’il a suscitée s’est décuplée en 2015, année tragique des attentats islamistes contre Charlie, l’Hyper Cacher, le Bataclan… Il défend Charlie, la liberté d’expression. Il prône une politique de sécurité et de fermeté vis-à-vis des islamistes et de la montée du communautarisme. Devant l’Assemblée, il dénonce « ce nouvel antisémitisme qui est né dans nos quartiers, sur fond d’Internet, de paraboles, de misère, sur fond des détestations de l’État d’Israël, et qui prône la haine du juif et de tous les juifs. […] Disons-le à la face du monde : sans les juifs de France, la France ne serait plus la France. Et ce message, c’est à nous tous de le clamer haut et fort. »

Cette dénonciation de l’islamisme et de l’antisémitisme d’origine arabo-musulmane est impardonnable pour la gauche du « pas d’amalgame », dont la hantise est d’être traitée d’« islamophobe » et dont certains membres n’ont pas hésité à qualifier les dessinateurs de Charlie Hebdo de provocateurs qui n’ont fait que récolter ce qu’ils avaient semé.

Pire, Manuel Valls ose parler d’immigration, ce qui lui vaudra immédiatement d’être qualifié d’« homme de droite, pire que Le Pen ». À Munich, en 2016, il affiche une position ferme, convaincu que l’absence de contrôle des flux migratoires pénalise d’abord les populations les plus précaires : « Il faut un contrôle des frontières […] Nos concitoyens expriment une inquiétude croissante devant le sentiment que l’Europe a perdu le contrôle de la situation. » Martine Aubry et les « frondeurs » s’étranglent d’indignation. Ils vont s’acharner à pourrir le mandat du Premier ministre : sur la loi El Khomri, la réforme du code du travail, le projet de loi sur la déchéance de nationalité et l’utilisation du 49.3. Guy Bedos, qu’on a connu mieux inspiré, s’exclame cette même année, lors d’une émission sur Canal + qu’il « aimerait bien péter la gueule à Manuel Valls » !

Manuel Valls traverse l’adversité, le front buté et la mâchoire serrée. Il se remettra de sa défaite. Un animal politique de cette trempe se remet de tout. On a besoin de voix telles que la sienne dans le débat public. Il reviendra sous une forme ou une autre. La disparition de la gauche républicaine est en revanche tragique pour l’avenir de notre pays qui risque de voir la France insoumise et ses laquais arriver en position de force derrière la majorité présidentielle dans quinze jours. À l’heure où le candidat Valls apprenait son échec dans les urnes, Danièle Obono et Danielle Simonnet, candidates parisiennes de la France insoumise aux législatives, posaient hilares, « émues » et « fières » aux côtés de Jeremy Corbyn, chef très contesté du parti travailliste britannique, qui n’a cessé durant des années de couvrir l’antisémitisme au sein de son parti dont il fut finalement écarté. Tout un symbole.

Valérie Toranian

https://www.revuedesdeuxmondes.fr/category/ledito/

 

SourceTRIBUNEJUIVE.INFO

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