L’Iran envoie un signal fort pour endiguer le nationalisme irakien

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L’Iran envoie un signal puissant pour endiguer la tendance nationaliste irakienne

 

Il serait difficile de sous-estimer la valeur symbolique de l’image du clerc populiste irakien Muqtada al-Sadr assis entre le Guide Suprême l’Ayatollah Ali Khamenei et le commandant de la Force Quds des Gardiens de la Révolution Islamique, Qassem Soleimai, au cours des cérémonies de l’Ashura à Téhéran, cette semaine. Cette place assise préférentielle est généralement réservée aux VIP les plus estimés de la République Islamique, comme le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah.

 

Ces derniers temps, Sadr pourrait sembler être un choix improbable pour occuper une telle place d’honneur. Il est essentiellement réputé pour ses positions nationalistes irakiennes et souvent anti-iraniennes. Mais Sadr est un acteur compliqué et très sophistiqué. Ses relations familiales sont profondément entremêlées avec les révolutionnaires islamique d’Iran et ses relations en Iran n’ont jamais été rompues. Il a vécu durant des années à Qom et il sait comment naviguer au sein des élites cléricales et politiques.

 

Alors que la présence de Sadr en Iran pour la commémoration de l’Ashura ne devrait rien avoir, en soi, de choquant, la chorégraphie derrière tout cela correspond à l’envoi d’un signal à l’Irak et à la région, pour affirmer qu’il demeure dans son rôle de médiateur central dans les relations politiques irakiennes. Et cela requiert donc une réplique américaine en conséquence.

 

 
 « Adieu mon pays »

 

Avant de quitter l’Iran, Sadr a critiqué son Premier Ministre Adel Abdul Mahdi, parce qu’il n’en ferait pas assez pour maîtriser les Unités de Mobilisation Populaire (UMP). Faisant référence à une annonce faite par le chef-Adjoint des UMP, Abu Mahdi al-Muhandis affirmant que les UMP allaient bâtir une « force aérienne », avec le soutien de l’Iran, Sadr s’est déchaîné dans un tweet qui débouche sur un « Adieu mon pays ». Bien qu’Abdul Mahdi a clairement signifié que Muhandis ne s’exprimait pas au nom du gouvernement irakien, Sadr a tweeté : « C’est une transformation radicale d’un Etat de Droit en Etat d’émeute permanente. Si le gouvernement ne prend pas des mesures décisives, je lui retirerais mon soutien ».

 

Ali Mamouri a rédigé un reportage disant que « Le dirigeant principal de l’Alliance Sairoon de Sadr, Sabal al-Saidi, a déclaré que Sadr réalise une mission difficile en s’opposant à la formation d’une force aérienne des UMP et qu’il avait déjà réussi à empêcher une mesure aussi dangereuse ».

Mamouri a ajouté que la présence publique de Sadr entre Khamenei et Soleimani est un indice évident que Sadr  discute d’un projet politique avec l’Iran », y compris de la possibilité de remplacer Abdul Mahdi. L’Iran n’a pas ouvertement montré de signe de mécontentement envers le Premier Ministre, aussi cela paraît-il improbable. Les élites politiques d’Irak peuvent aussi chercher à éviter de créer un précédent consistant à lancer un mouvement de protestation contre un premier ministre en poste – ce qui constituerait une première dévastatrice, pour un pays désireux d’affirmer sa souveraineté.

Sadr propose son offre à Najaf, et pas uniquement à Bagdad

Le séjour de Sadr en Iran peut avoir une perspective qui concerne Najaf, tout autant que Bagdad. Najaf est le foyer de l’Hawza, les séminaires islamiques chiites, qui sont centraux, aussi bien pour l’enseignement islamique que pour les politiques émanant du pouvoir irakien.

 « Un autre clerc shiite, Ammar Hakim, a rassemblé une forte opposition contre Abdul Mahdi », explique Mamouri. « Hakim a organisé une vague de protestation contre le gouvernement d’Abdul Mahdi, à travers tout l’Irak, en juillet dernier, prenant ainsi la tête des protestations que Sadr menait jusque-là depuis des années. Il semble que le voyage de Sadr en Iran est un geste visant à réclamer ce leadership tombé aux mains d’Hakim. Les divergences entre Sadr et Hakim surviennent dans le cadre d’une longue histoire de rivalité entre les deux familles, quant à la prise de direction des communautés chiites, en particulier à travers le séminaire religieux de Najaf ».

 « La présence de Sadr à l’assemblée en Iran indique également qu’il tente de reprendre le rôle de l’Ayatollah Ali Sistani, la plus haute autorité chiite, au sein des politiques irakiennes », poursuit Mamouri. « Jusqu’à présent, Sistani a gardé la haute main dans la formation des gouvernements et pour entreprendre d’autres grands changements dans le pays. A présent, Sadr – et ce, pour la première fois – apparaît entre les deux personnalités les plus influentes en Iran, envoyant le message qu’il représente l’Irak dans toute discussion concernant les domaines nationaux irakiens. Le père de Sadr, Mohammed Sadeq al-Sadr, critiquait Sistani et le surnommait « Le Marja (autorité religieuse) silencieux », sous-entendant qu’il était trop passif en matière de politique. Le jeune Sadr s’est aussi lancé une guerre contre les troupes américaines à l’intérieur de la ville de Najaf, en 2004, malgré les objections de Sistani et alors que celui-ci se trouvait en séjour médical à Londres ».

L’Iran réinitialise l’échiquier irakien

Le fait de voir Sadr aux pieds de Khamenei pour l’Ashura était destiné à signaler que Téhéran et l’arbitre extérieur central des politiques irakiennes. Alors que Sadr n’a jamais rompu ses liens avec l’Iran, ses messages nationalistes en Irak, y compris quand il s’agit de s’en prendre aux UMP, ou de mener son voyage de bonne volonté en Arabie Saoudite en 2017, n’ont pas été bien reçus (au sommet du pouvoir iranien). Cette voix nationaliste irakienne récolte une forte adhésion, y compris contre les UMP soutenues par l’Iran et contre d’autres types d’interférences. “Ce n’est pas encore une vague de fond, et nous ne voulons à aucun prix la sous-estimer, mais c’est en voie de le devenir”, a écrit Mustafa Saadoun  cette semaine, à propos d’une initiative du Conseil des Représentants (le Parlement) visant à nommer les dirigeants des UMP. Téhéran préférerait que Sadr baisse d’un ton dans sa rhétorique anti-iranienne et qu’il réoriente son populisme contre les ennemis de l’Iran : les Etats-Unis, Israël et l’Arabie Saoudite.

L’Iran est, également, en train de réorganiser ses atouts et ses forces en Irak, écrit Mamouri, en se fondant sur des sources en Iran. Les factions des UMP, au sein du bloc parlementaire du Fatah, dirigé par le parti Dawah de l’ancien Premier Ministre Nouri al-Maliki, pourraient perdre leur efficacité, aux yeux de Téhéran. La plupart des UMP sont associés, dans l’esprit de l’opinion publique, à la corruption, au trafic d’alcool et de drogue, au jeu et d’autres affaires illégales, ajoute Mamouri. Dans ce contexte, le chef suprême d’Iran considère Sadr comme un partenaire essentiel, s’il n’est pas totalement conciliant, dans les politiques irakiennes.

Les Etats-Unis, ayant « beaucoup à offrir », peuvent saisir une nouvelle opportunité

La visite de Sadr en Iran présente une opportunité à saisir pour l’Administration Trump.

« Les Etats-Unis ont besoin de rivaliser avec l’Iran en Irak. Nous avons beaucoup à offrir ». a déclaré à Al-Monitor un responsable au sein de l’administration, en s’exprimant sous le sceau de l’anonymat. « Nous ne nous y trouvons pas uniquement pour faire fructifier nos propres intérêts. L’Iran, par contre, si ».

L’unité et la force de l’Irak représentent un intérêt commun des Etats-Unis et de l’Irak, et la meilleure réplique aux machinations de l’Iran visant à maintenir l’Irak dans un état de faiblesse et de division.

Le Pentagone a envoyé des signaux forts au cours des récentes semaines, quant à l’engagement de Trump en faveur de la souveraineté de l’Irak et du partenariat avec lui.

La déclaration du mois dernier, exprimant son soutien à la « Souveraineté irakienne » et contre toutes actions potentielles de la part des voisins qui puissent déboucher  sur la violence en Irak », en réponse à de présumées frappes aériennes israéliennes contre les bases des UMP en Irak, est un autre exemple de ce type. Le Pentagone a ajouté que « L’Iran ne doit pas utiliser le territoire irakien pour menacer d’autres pays de la région », et que « Les activités déstabilisatrices de l’Iran sapent la sécurité de l’Irak et accroissent le risque de conflit régional. »

Et les intérêts partagés des Etats-Unis et de l’Irak ne s’arrêtent pas à la seule question de l’Iran. L’Etat Islamique a « consolidé ses capacités insurrectionnelles » en Irak, selon un récent rapport du Pentagone. Cela exige  un engagement soutenu et approfondi auprès des forces irakiennes.

Le Pentagone a mis en lumière cette semaine, à quel point les frappes contre l’Etat Islamique dans la Province de Salahuddin était une opération conjointe conduites par les forces de la coalition anti-Daesh et les forces anti-terroristes irakiennes.

Les Etats-Unis et l’Irak seront mutuellement bénéficiaires si l’Iran s’aperçoit que l’Irak est un allié fiable des Etats-Unis, plutôt qu’un simple instrument ou un moyen permettant d’exercer des « pressions maximales ». En continuant de s’engager auprès d’Abdul Mahdi et du Président Barham Salih en tant que partenaires dans la lutte contre l’Etat Islamique et le traitement des affaires régionales, les Etats-Unis démontrent qu’ils ne se contentent pas de jouer leur boule de billard par la bande, comme le fait l’Iran, mais au contraire, à la grande différence de l’Iran, qu’ils s’avèrent être le véritable champion de la souveraineté irakienne.

al-monitor.com

 

4 COMMENTS

  1. Pourtant, je suis loin d’être une imbécile… mais, l’Iran, l’Irak, tout ça, je n’y comprends rien. Mais rien de chez rien !
    Ou cela nous mène t il ?
    Mon Dieu !

    • Cela mène à bonnet blanc et blanc bonnet,
      J’espère vous avoir été d’une grande aide à la compréhension géopolitique de cette région.

  2. @ ” L’Iran envoie un signal puissant pour endiguer la tendance nationaliste irakienne ” .

    L’Iran ne cesse de braire pour un oui pour un non car il est de plus en plus sourd .

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