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L’empêcheur de finir la guerre contre l’E.I : Erdogan©

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Comment lever le plus gros obstacle pour finir la guerre contre Daesh? 

Le Président Recep Tayyip Erdogan. (Adem Altan/AFP/Getty Images)

Il devient de plus en plus bizarre que l’obstacle le plus colossal pour pouvoir mettre un terme à la guerre contre Daesh et commencer à stabiliser la Syrie soit, en fait un ami supposé de l’Amérique et un soit-disant allié de l’OTAN, qui n’est autre que la Turquie.

Le Secrétaire d’Etat Rex Tillerson vient de faire sa dernière tentative pour amadouer un président turc en colère,Rcep Tayyip Erdogan, lors d’une rencontre de trois heures à Ankara, jeudi. Mais ce ne pouvait être que mission impossible : répondre positivement aux exigences de la Turquie ne ferait de la Syrie qu’un pays encore plus instable et prolongerait encore la menace du terrorisme islamiste radical qui y règne depuis 7 ans.

Le but ultime américain est de “parvenir à obtenir un oui”, de la part d’Erdogan, selon un responsable important de l’Administration. A cette fin, les Etats-Unis ont conçu un paquet de propositions provisoires destiné à apaiser les Turcs en leur offrant une zone de sécurité dans l’enclave kurde d’Afrin, des patrouilles conjointes américano-turques dans la région de Manbij, où Erdogan a menacé l’Amérique d’une magistrale “gifle ottomane”, si les troupes américaines ne partent pas avec armes et bagages en diluant progressivement tous leurs liens avec la milice dirigée par les Kurdes, qu’Erdogan méprise tant.

Dans la perspective d’un tel accord coaxial, les émissaires américains ont préparé ce qui équivaut à un diagramme de Venn, pour démontrer à quel point les intérêts américains et turcs se recoupent dans la région – excepté en ce qui concerne la question kurde. C’est comme de dire qu’un couple a tout intérêt à rester marier, excepté le fait que l’un accuse l’autre  de cacher une liaison amoureuse. Il est certain que les intérêts américains et turcs devraient converger. Mais si tel était le cas, alors pourquoi la Turquie  emprisonne t-elle des citoyens Americains, accuse t-elle Washington de fomenter un coup d’Etat et pourquoi viole-t-elle les sanctions américaines contre les trafics avec l’Iran?

diagramme de Venn

Personne ne souhaite une rupture violente avec la Turquie. Mais après sept ans de guerre syrienne catastrophique, les observateurs doivent admettre quelques vérités très terre-à-terre : les Turcs ont permis et encouragé des milliers de radicaux islamistes étrangers à devenir djihadistes et à affluer en Syrie pour y créer les bases du Califat et menacé l’Europe et les Etats-Unis. Ces terroristes seraient encore tranquillement installés dans leur capitale Raqqa, à planifier leurs futurs attentats à Pars, Bruxelles, Berlin et Washington si les Etats-Unis n’avaient pas scellé un pacte de partenariat avec la milice des Forces Démocratiques Syriennes menées par les Kurdes, que la Turquie aime tant haïr.

Répondre aux exigences turques signifierait abandonner les FDS, qui ont mené le combat et sont morts contre l’Etat Islamique (fomenté par la Turquie). Même si les Etats-Unis étaient prêts à commettre  cet acte immoral de trahison au nom de la realpolitik, le résultat se solderait par encore plus de chaos en Syrie et non moins. Les Turcs n’ont tout simplement pas assez de discipline (il n’y a qu’à voir les piètres performances de ses milices pro-islamistes contre les Kurdes à Afrin, même munies de tanks et couverts par l’aviation et l’artillerie), pas assez de puissance militaire fiable, pour stabiliser les territoires que les Forces Démocratiques Syriennes contrôlent à présent. Les Etats-Unis créeraient alors une mêlée générale qui ferait ressembler le Liban à une étagère bien rangée en comparaison.

Voici un rapide catalogue de la folie quiu s’installe sur le champ de bataille syrien, juste au cours de ce dernier mois : un groupe djihadiste appartenant auparavant à al-Qaeda a abattu un avion de combat russe SU-25, en utilisant un lance-missile anti-aérien de fabrication chinoise ; les forces kurdes ont abattu un hélicoptère turc, en utilisant un lance-missile anti-aérien de fabrication iranienne ; L’Iran a fait voler un drone dans l’espace aérien d’Israël, à travers l’espace aérien syrien surveillé par  la Russie; Israël a bombardé 12 sites à travers toute la Syrie en représailles ; et les Etats-Unis ont répliqué  à une attaque sournoise appuyée par les Russes contre les gisements de pétrole et de gaz près de Deir al-Zour, en tuant peut-être un quota jamais atteint de mercenaires russes,  submergeant la morgue locale (jusqu’à 300 morts malgré des bilans controversés).

La Syrie est, à présent, déchirée entre des “forces convergentes ayant des intérêts contradictoires ” alerte un responsable au Pentagone. Staffan de Mistura, l’envoyé spécial de l’ONU, a déclaré mercredi que c’est un moment particulièrement “violent, inquiétant et dangereux” comme jamais depuis qu’il occupe ce poste depuis 4 ans.

Quelle peut être la réponse à une mixture aussi toxique? Sûrement pas en faisant une haie d’honneur à l’ingérence en profondeur de la Turquie. la sortie de crise consiste en une avancée aussi ferme que patiente des négotiations chancelantes de Genève afin d’étendre le pouvoir et l’autorité d’un Etat et d’une armée syrienne réformée. Pour les Etats-Unis, cela signifie de serrer les dents et de travailler avec la Russie et le régime syrien – deux partenaires absolument pas dignes de confiance, mais devenus essentiels.

La Russie a réellement fait un pas en avant (et, sans doute, deux en arrière depuis!), en rédigeant une nouvelle constitution Syrienne qui offrirait une autonomie limitée aux régions kurdes dans le cadre d’un nouvel état décentralisé. Ce projet russe permettrait la réconciliation des exigences kurdes et arabes et certains responsables américains le perçoivent comme la base en vue de pourparlers plus sérieux que jusqu’à présent [NDLR : deux obstacles cependant : les Iraniens qui se servent de la Syrie comme tremplin pour mener la guerre contre Israël ; et la Turquie qui ne conçoit les Kurdes et autres minorités que comme soumises ou mortes].

Mais d’autres membres de l’administration ne perçoivent la Russie que comme un saboteur qui utilise des tactiques “d’appât publicitaire” pour pour servir et faire avancer ses propres intérêts et ceux de l’Iran, aux dépends des Etats-Unis et de leurs alliés. L’option qui a les faveurs du Président Trump reste imprévisible.

Le cœur du problème dans cette ultime phase du chaos syrien est le même que celui à cause duquel on s’est jeté dans la mêlée : les Etats-Unis disposent de la plus grande puissance militaire, mais ne savent pas ce qu’ils veulent, sur le plan politique. La Turquie fulmine et exige le soutien américain, mais manque totalement du pouvoir pour stabiliser les zones qu’elle cherche à maintenir sous son contrôle.

La Russie tient le volant, sur le plan diplomatique, mais n’a pas la confiance de ses passagers et pas d’essence dans le réservoir.

Que peut-on imaginer? : Est-il seulement possible que les FDS soient démantelées, comme le rêve la Turquie? Absolument pas! Cela ne ferait que créer une vide de pouvoir et encore plus d’instabilité. Au lieu de quoi,les Forces Démocratiques Syriennes pourraient constituer une partie associée et fédérée à l’armée nationale syrienne – travaillant avec Damas, Washington et Moscou et, pourquoi pas, Ankara… (vraisemblablement quand autant Assad qu’Erdogan ne seront plus aux commandes…)

Twitter: @IgnatiusPost

 auteur d’opinion 15 Février 
Adaptation: Marc Brzustowski

3 COMMENTS

  1. Cette affaire kurde doit cesser d’etre exploitee par les Americains poir creer des problemes aux pays alentours. Figurez-vous que les turcs puissent accepter devoir s’installer durablement une entite kurde hostile qui va etre tel un poison menacant de faire eclater d laborieusement bati et qui est devenu un element cle de la stabilite regionale? Voyez ce qu’ ont fait les americains avec la question kurde en irak. Ca a ete le tremplin pour faire eclater le pays et le jeter dans le chaos.

    • Est-ce à vous, depuis le Maroc, de décider qui sera libre et qui n’a pas le droit de l’être? En quoi les Kurdes sont-ils “hostiles”, quand ils demandent leur reconnaissance culturelle et politique? N’est-ce pas plutôt l’ottoman qui est de trop dans l’équation en matière d’hostilité, de domination et d’impérialisme? N’est-ce pas lui qui a favorisé l’éclosion de Daesh pendant des années, comme forme de sécession sunnite en Irak et en Syrie? Avec l’aide des anciens cadres de l’armée de Saddam? La constitution américaine est favorable à l’autodétermination des peuples qui le souhaitent. Cela fait partie des droits naturels. Les minorités combattant l’islamisme doivent avoir le droit de s’exprimer librement.

  2. Ce type est en réalité, et depuis le début, le principal soutien de Daesh. Il y verra peut-être plus clair le jour où il arrêtera de fumer la moquette, mais alors il se pourrait que ce soit trop tard pour lui et son pays de merde.

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