Le changement de tactique iranien met Israël en danger

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Le changement de tactique iranien met Israël en danger

 REUTERS / Aziz Taher
Les partisans du Hezbollah libanais ont scandé des slogans lors de la dernière journée de l’Achoura, à Beyrouth (Liban), le 20 septembre 2018.
RÉSUMÉ DE L’ARTICLE
Les forces de défense israéliennes sont confrontées à une nouvelle réalité : le Hezbollah reçoit des armes d’Iran par voie de fret aérien à Beyrouth et non par convoi de camions en provenance de Syrie.

Un avion de ligne iranien civil exploité par une compagnie liée au corps des gardiens de la révolution iraniens a atterri à l’aéroport international Rafik Hariri de Beyrouth  le 29 novembre sur un vol direct de Téhéran. Cet avion a été la cible de plusieurs agences d’espionnage occidentales pendant de longs mois. Selon des reportages précédents sur Fox News, lors du dernier atterrissage de l’avion à Beyrouth, sa cargaison incluait des systèmes GPS censés être installés sur des missiles et des roquettes du Hezbollah. Cela signifie que la cargaison de l’avion menace d’interrompre le calme relatif, si tendu, le long du front nord d’Israël, où Israël, l’Iran et le Hezbollah sont toujours engagés dans des escarmouches de basse intensité, 24 heures sur 24.

Israël considère que le projet conjoint Iran-Hezbollah de précision (missiles à guidage de précision) constitue une menace stratégique, ce qui le rendra (Israël) plus vulnérable qu’aujourd’hui, lors du prochain conflit. Des missiles de précision permettront au Hezbollah d’interférer avec les activités de l’armée de l’air israélienne, de cibler les infrastructures principales et les centres de population, et de causer des dommages considérables à Israël.

Le Cabinet de sécurité a considéré le projet d’amélioration de la précision des missiles comme une «ligne rouge» pour Israël et un terrain fertile pour la guerre. Contrecarrer le projet à presque n’importe quel prix est devenu une priorité absolue. Alors qu’Israël a lancé de nombreuses attaques contre ce projet au cours des deux dernières années, il a limité ces attaques au seul territoire syrien. Selon des rapports étrangers, l’armée de l’air israélienne aurait attaqué un centre de recherche syrien, des convois de ravitaillement et des transports aériens atterrissant à l’aéroport international de Damas, où la cargaison était chargée dans des camions à destination de Beyrouth.

Néanmoins, il a fallu pas mal de temps aux Iraniens pour se rendre compte qu’Israël était sérieux. À l’heure actuelle, il semble qu’ils changent de tactique. Ils ne transportent plus de livraisons à Damas et ne les transportent plus par voie terrestre à destination de Beyrouth. Désormais, leurs Boeing atterrissent à Beyrouth sur des vols directs depuis Téhéran. Si cela expose le gouvernement libanais à des pressions internationales et même à des sanctions, il met fin brusquement aux attaques israéliennes sur les transports Damas-Beyrouth. L’Iran ne croit pas qu’Israël oserait descendre un avion Boeing. Cela ouvrirait les portes de l’enfer.

La question est de savoir si Israël le comprend aussi de cette façon. Dans son dernier discours, devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 27 septembre, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a nommé deux sites en plein cœur de Beyrouth, où les services de renseignements israéliens pensent que le Hezbollah conserve ses stocks de roquettes de précision. Il l’a fait pour faire pression sur le gouvernement libanais. Il voulait lui envoyer un avertissement explicite : «Nous savons tout. Vous jouez avec le feu. » Mais les Libanais n’ont pas coopéré. Ils ont simplement vidé les entrepôts le plus rapidement possible et ont fait effectuer une visite guidée aux journalistes dans le but de prouver qu’il n’y avait jamais eu de missiles à cet endroit. Maintenant, l’avion iranien arrivant au Liban envoie le message opposé à Israël : l’Iran et le Hezbollah sont sérieux quant à leur projet de précision et rien le concernant ne peut être arrêté par Israël.

Israël estime que ce changement de modus operandi de l’Iran, avec la transition aux vols directs de Téhéran, ne résulte pas simplement de plusieurs centaines d’attaques contre des convois par l’aviation israélienne. Cela peut aussi être attribué à la pression russe. Ayant réservé un’accueil froid à Netanyahou, récemment, le président russe Vladimir Poutine a clairement fait savoir aux Iraniens qu’il ne tolérerait aucune activité susceptible de menacer la stabilité en Syrie. Il considère Israël et l’Iran comme deux voyous du quartier qui tentent de troubler l’ordre public, et il se voit comme le policier de la rue qui ne permettra pas que cela se produise. C’est la raison pour laquelle l’Iran a décidé de contourner la Syrie et d’utiliser des vols directs pour le Liban. C’est aussi pourquoi le nombre d’attaques israéliennes sur le territoire syrien a considérablement diminué récemment.

Dans le même temps, toutefois, de mystérieux avions de combat ou, vraisemblablement des missiles sol-sol ont de nouveau attaqué des cibles dans le sud de la Syrie, un jour à peine après l’atterrissage du Boeing à Beyrouth. C’était une attaque très “bruyante”. C’était aussi la première attaque attribuée à Israël depuis très longtemps. Si, en fait, cela s’est réellement produit, cela n’a apparemment aucun lien avec le vol cargo à destination de Beyrouth. Cela indique toutefois une escalade inquiétante et signifie que la situation pourrait se détériorer rapidement.

Cela pose à Israël un dilemme compliqué. Dans le passé, aucun gouvernement israélien n’est entré en guerre à cause de la menace d’une nation hostile de plus en plus puissante. Il n’y a eu que deux exceptions à cette règle : l’attaque par bombardement contre le réacteur nucléaire irakien en 1981 et l’attaque par bombardement  contre le réacteur syrien en 2007. Ce principe est connu sous le nom de Doctrine Begin, d’après le nom du Premier ministre Menachem Begin, qui a ordonné le bombardement du réacteur irakien. Selon cette doctrine Begin, Israël ne permettra à aucun des pays ennemis de s’armer d’armes nucléaires et fera tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher que cela ne se produise, quel qu’en soit le prix.

Cela ouvre sur la question suivante : cette doctrine peut-elle également être appliquée au dernier mouvement de l’Iran, essayant de transformer le Hezbollah en une menace réelle qui pourrait paralyser Israël par des centaines de roquettes et de missiles de précision? La menace inhérente au projet de précision l’élève-t-elle au niveau requis pour une mini-réponse de la doctrine Begin? Contrer le projet de précision en vaut-il la peine? Est-ce aussi Important? Vaut-il le risque de partir en guerre?

Dans une interview à la radio le 22 novembre, le général Yair Golan, ex-chef adjoint d’état – major major, a déclaré que le succès d’Israël des opérations visant à  contenir ce projet de précision, à ce jour, a été très limité. Cette transition actuelle, passant du transport terrestre du matériel nécessaire au transport aérien, le menace même.

Israël s’est déjà brûlé les ailes, dans le passé, en abattant des avions, quand le risque de telles attaques était considéré comme une menace fatale. Avant de frapper un avion cargo privé, Israël aura besoin de renseignements précis, vérifiés par des contre-vérifications, verrouillés et confirmés. Il n’y aura aucune marge d’erreur. Il est difficile de supposer qu’il existe en Israël une personne capable de donner un tel ordre. Abattre un avion Boeing ouvrirait un nouveau front dangereux et ramènerait l’aviation civile dans le cercle de la violence et de la terreur. C’est un précédent qui susciterait les foudres du monde entier contre Israël, même s’il pouvait être prouvé que le jet contenait des armes d’une sorte ou d’une autre. Il est donc prudent de supposer que l’option la plus pratique offerte à Israël est d’appliquer les règles de la Syrie également au territoire libanais et de lancer des attaques militaires contre ces livraisons seulement après leur arrivée.

Jusqu’à présent, Israël a limité ses attaques contre les convois de ravitaillement et d’armes en Syrie. Il a délibérément pris la décision d’éviter d’attaquer ces convois au Liban. Il a tiré parti de la mainmise précaire du président syrien Bashar al-Assad sur le pouvoir, de la désintégration de l’armée syrienne et de l’état de chaos régnant dans le pays. Mais ces circonstances changent rapidement. Pendant ce temps, le Hezbollah provoque Israël par un ensemble de règles différent, qui inclut la dissuasion mutuelle. Les attaques israéliennes contre des cibles du Hezbollah au Liban pourraient enflammer ce vieux tonneau de poudre à canon et, partant, tout le Moyen-Orient.

Il est possible que ce soit ce que le Premier ministre Netanyahou a voulu dire dans son discours du 18 novembre. Il y fait allusion à des décisions difficiles, à des conflits militaires non résolus et au “sacrifice” qu’Israël devra faire. Compte tenu de la théorie du sacrifice, il appartiendra à Netanyahu de prendre la décision finale. Ce sera la décision la plus difficile qu’il ait eu à prendre depuis son arrivée au pouvoir en 2009.

Trouvé à:HEZBOLLAH, ARMÉE DE L’AIR ISRAÉLIENNE, VOL, DAMAS, BEYROUTH, MISSILES, TÉHÉRAN, ESPIONNAGE, GARDES DE LA RÉVOLUTION IRANIENNE

Ben Caspit est chroniqueur pour Israel Pulse d’Al-Monitor. Il est également éditorialiste et analyste politique pour des journaux israéliens. Il diffuse quotidiennement des émissions de radio et des émissions de télévision consacrées à la politique et à Israël. Sur Twitter :  @BenCaspit

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Adaptation : Marc Brzustowski

3 COMMENTS

  1. Bonjour – h’ag sameah’ Hanoucca
    DOCTRINE BEGIN
    Menahem Begin avait vu de son temps ce qui arrive aujourd’hui, personne n’a voulu l’écouter et il s’est réfugié dans le silence jusqu’à sa mort.
    Voilà ce qu’il disait aux ministres : Ne donnez pas Gaza.
    Donnez leur Gaza, ils voudront la Judée-Samarie. Donnez leur la Samarie, ils voudront IsraËL tout entier.
    Voilà -on y est…..

  2. Pour contrer l’utilisation d’avions civils dans un but militaire sans déclencher les foudres diplomatiques des nations hypocrites, une des solutions serait de détourner l’avion par la chasse Israélienne et l’obliger à atterrir en Israel, pour une fois la duplicité du Hezbollah serait mis à jour et la légitimité d’ une éventuelle attaque préventive augmentée. Cerise sur le gâteau l’étude des systèmes d’armes embarqués.

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