L’Arabie saoudite se désengage de ses mosquées à l’étranger

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L’Arabie saoudite se désengage de ses mosquées à l’étranger

Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale annonce que Riyad ne gérera et ne financera plus les lieux de culte hors de ses frontières.

 De notre correspondant à Genève, Ian Hamel

Publié le 20/01/2020 à 15:15 | Le Point.fr

 

 

La mosquée de Genève dans le quartier du Petit-Saconnex.

© FABRICE COFFRINI / AFP

          

Mohammad bin Abdulkarim Al-Issa aux côtés de Haïm Korsia. Photo et présence contestées, ces conférences finiraient-elles, néanmoins, par porter leurs fruits à moyen et long terme? 

Ancien ministre saoudien de la Justice et secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, fondée à La Mecque en 1962, Mohammad bin Abdulkarim Al-Issa ne parle habituellement pas à la légère. Dans le journal Le Matin Dimanche de Lausanne, il a annoncé qu’il était temps de « confier la mosquée de Genève à un conseil d’administration suisse, représentatif, avec un président élu ».

En d’autres termes, la Fondation culturelle islamique, qui gérait la grande mosquée de Genève depuis sa création en 1978, se désengage. Ce prestigieux lieu de culte, inauguré par l’ancien roi Khaled ben Abdelaziz, est mis entre les mains de « la communauté des musulmans de Genève et de la région ». Le patron du bras religieux du royaume ajoute : « Nous allons arrêter de la financer. Sinon, cela voudrait dire que nous continuons de l’influencer. »

Un départ sans concertation

Ce coup de tonnerre ne se limite pas à la plus grande mosquée de Suisse, le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale ajoutant : « Nous allons prendre les mêmes dispositions dans le monde entier. Partout, il y aura un conseil d’administration local, mis en place en coordination avec les autorités nationales. Notamment pour des raisons de sécurité. Il faut veiller à ce que les mosquées soient placées entre des mains sûres, évidemment. Ensuite, nous n’interviendrons plus. » Mohammad bin Abdulkarim Al-Issa, également président de la Fondation culturelle islamique de Genève, avait déjà donné des signes d’ouverture fin 2017 en licenciant quatre employés, dont trois étaient fichés S en France.

Toutefois, cette annonce brutale laisse pour le moins perplexe. Comment, du jour au lendemain, toutes les communautés musulmanes, qui n’ont pas été mises au courant avant l’annonce du désengagement brutal de l’Arabie saoudite, vont-elles s’organiser ? Sans compter que les autorités locales, notamment la France, pays laïque, n’ont pas forcément leur mot à dire dans la gestion des lieux de culte. « C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle, juge Hafid Ouardiri, ancien porte-parole de la grande mosquée et aujourd’hui directeur de la Fondation de l’entre-connaissance. Je me suis battu pour l’indépendance de cette mosquée vis-à-vis de l’Arabie saoudite. Mais je regrette que ce départ se fasse sans la moindre concertation avec la communauté musulmane. Comment trouver du jour au lendemain des personnes suffisamment compétentes pour gérer une telle mosquée ? » interroge-t-il.

D’autres États intéressés

En effet, situé dans le quartier du Petit-Saconnex, dans le canton de Genève, près des organisations internationales, l’établissement salarie 17 personnes. Il possède, outre le lieu de prière, une salle de conférences, une bibliothèque, une école enseignant l’arabe et le Coran, une salle des fêtes, une salle de sport et une morgue. Sans compter des clubs de femmes, de filles, de garçons. Qui va pouvoir, du jour en lendemain, financer toutes ces activités ? « Certaines mosquées dépendent des cotisations des fidèles et des dons privés. Alors, pourquoi pas celle de Genève ? Il faut diversifier les ressources si on ne veut pas de dépendance », répond le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale (LIM) depuis 2016, par ailleurs président du Conseil mondial des savants musulmans.

Trouver du jour au lendemain des ressources tout en restant indépendant, c’est plus facile à dire qu’à faire. « Plusieurs États ont des vues sur la mosquée, suivent son évolution, comme le Maroc, la Turquie, la Bosnie. Si le retrait de la LIM revenait à offrir un cadeau à un autre État, ce serait un cadeau empoisonné », constate Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, interrogé par 20 Minutes.

Mohammad bin Abdulkarim Al-Issa, 54 ans, en dira peut-être un peu plus en février prochain. Il doit revenir à Genève pour organiser sur deux jours une conférence portant sur les mesures concrètes à prendre pour « tenter d’immuniser la jeunesse contre la radicalisation ». Des chrétiens et des juifs participeront à cette conférence, déclare-t-il encore dans la presse suisse.

 

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