DES CHIFFRES ET DES LETTRES

Caroline Elishéva REBOUH le 22.06.2020

Dans des civilisations diverses, on considère l’écriture -les lettres – non pas seulement comme d’un instrument de communication mais comme un moyen artistique de s’exprimer et de véhiculer des idées c’est ainsi que sont nés en Egypte les hiéroglyphes et en Chine les idéogrammes ainsi que les Kanji au Japon qui ne sont autres que des idéogrammes chinois adaptés à la langue nippone.

La numérologie est une science très ancienne au moyen de laquelle, dans les magazines féminins on prétend prédire l’avenir ou définir des caractères.

En fait en Hébreu, la sofrouth1, que l’on utilise pour écrire les mezouzoth2, les tefiline3 ou les sifré Torah4, obéit à des règles très simples mais qu’il faut connaître bien évidemment.

La numérologie existe depuis des millénaires et nous allons en dégager quelques aspects aujourd’hui.

De nombreux sages ont écrit et disserté longuement sur les lettres de l’alphabet hébraïque en précisant que chaque lettre dégage une spiritualité particulière soit de par sa forme soit de par sa valeur numérique, soit de par sa formation en sofrouth.

Un grand sage très célèbre le Rav Yossef Jikatilya5 et il a exposé dans son livre : sefer hanikoud6 l’importance et la sainteté des 22 lettres de l’alphabet hébraïque car dans ce livre il explique à quel point les taguim, sorte de petites couronnes, que l’on appose sur certaines lettres, les voyelles elles-mêmes, les signes de cantillation peuvent revêtir une importance majeure ou capitale et renfermer des secrets contenus dans la cabbale.

C’est la raison pour laquelle il est souvent recommandé de bien s’appliquer à la lecture des tehilim7 ou du shir hashirim8 car tout ce qui est inscrit revêt une réelle importance.

Le précurseur dans la découverte des secrets renfermés par ces lettres fut Abraham Avinou, et il les a exposés dans le sefer hayetsira9. Plusieurs siècles plus tard, Rabbi Akiba10 dissertera également sur ce sujet.

La Cabbale est remplie de ces secrets au moyen desquels on peut dénouer des guezéroth (ou arrêts) et on peut arriver à utiliser ce qui s’appelle des tséroufim soit des combinaisons de lettres ou de syllabes, pour former des noms sacrés.

Par nos fautes et notre impureté on peut arriver à “abimer” les lettres. C’est dans ce souci que l’on récite le vidouye pour confesser nos fautes et, avec l’expression d’un repentir sincère.

On raconte et j’ai moi-même été le témoin involontaire de certains faits comme de voir des lettres de sefer torah ou de mezouzoth s’altérer tout simplement parce qu’il existe des fautes comme le lashon hara11 qui peuvent arriver à “atteindre” l’âme d’une personne qui pratique cette médisance ou qui écoute.

Dans le livre Sefer HaEmek12, on parle du degré de gravité de chaque faute et le fait qu’il faille se repentir sincèrement pour essayer de réparer les failles provoquées par nos fautes. Le repentir peut revêtir plusieurs formes.

On va prendre un exemple qui fera dire aux personnes qui ne croient pas en l’enseignement de la Cabbale que l’on peut faire dire aux lettres ce que l’on veut. L’exemple porte sur les 5 lettres du nom ISRAEL dans lequel sont évoqués les noms de nos patriarches :

Youd = Ytshak et Yaakov

Shin (sine) = Sara

Resh = Rivka et Rahel

Alef = Abraham

Lamed = Léa

De plus, Abraham, Ytshak et Yaacov = 13 lettres

Sara, Rivka, Rahel et Léa = 13 lettres or, deux fois 13 = 26 comme le total de la valeur numérique du tétragramme.

Ce qui pourrait nous amener à conclure que la base du peuple juif est bénie puisqu’elle est en quelque sorte faite sur le moule du nom de D.

Dans la grammaire hébraïque, on distingue plusieurs sortes de groupes de lettres : les labiales (malkhout13), les palatales (khokhma14), les dentales (netsah et hod15), les gutturales (bina16) et les linguales (khokhma17 et bina) soit 5 groupes de lettres ( gutturales = alef; heth; he et ain ; labiales = boumaf ; palatales = guimel, youd, kaf, kouf ; linguales dalet, teth, lamed, noun, tav; dentales = zayin, samekh, shine, resh; tsadik).

D’autres formes de commentaires trouvent leur origine dans la correspondance tirée entre les lettres selon l’ordre décroissant et croissant des lettres de l’alphabet : athbash, gardak, hats, vap, zaa, hass, tan, yam, kal et il y aussi une autre forme on fait correspondre les lettres de alef à kaf et de lamed à tav en juxtaposant au alef le kaf etc…..

ALEF lettre qui symbolise l’apprentissage, l’enseignement, tout ce qui est spirituel au plus haut point puisqu’il s’agit avec le alef de la émouna soit la foi, et de l’unicité de Dieu.

Le BEITH comme son nom l’indique le beith est le symbole de la maison = bayith. Beith c’est aussi se tourner vers l’avenir cependant dans l’alphabet il y a une autre lettre qui symbolise la maison ou plutôt l’habitat (megourim) avec le mem. Dans tout le Tanakh il n’y a qu’un seul verset dont tous les mots se terminent par la lettre mem qui en dehors du fait qu’elle symbolise l’isolement de l’habitat quand elle est finale, elle montre la terminaison et donc, par extension, le monde futur. Le verset est dans la genèse 32,15 lorsque nous est donné le détail des cadeaux que Jacob fait à Essav. L’idée est que chaque bête citée symbolise une des nations qui ont le plus nuit à Israël.

Le beith symbolise la dualité, l’intelligence = bina, l’intériorité de la personne.

Hébreu pour tous# Introduction à l'alphabet Hébreu - YouTube

Guimel = guemilouth hassadim donc = la bonté, la netina ou le don de soi. Donc de la famille du mot tsedek, tsedaka. Le guimel est comme quelqu’un qui s’avance vers son prochain.

Daleth = le daleth qui représente le nombre 4 symbolise les quatre éléments ou yessodoth – fondements- donc le daleth et le samekh sont liées par la base de la formation du monde. Le daleth qui symbolise les éléments et le samekh qui symbolise la sphère, et les deux ensemble sont le « secret », le sod.

Le ‘hé symbolise ce monde-ci comme la lettre daleth plus la lettre youd. Les éléments et au-dessus de tout : Dieu. (youd)

Vav c’est l’épieu, celui autour duquel tout se concentre et, c’est aussi la main qui se tend en signe d’aide le vav de par sa forme évoque la droiture : le yosher.

Zayin évoque les armes, l’épée.

La huitième lettre de l'alphabet hébraïque - Élisabeth ...

Heth en sofrout, le heth est fait d’un vav et d’un zayin. Le heth évoque la grâce, la hokhma, le hessed18.

Teth symbolise tout ce qui est pur (tahara) mais aussi ce qui est rentré à l’intérieur et emmagasiné et ne ressortira que par bonté. C’est aussi la représentation de la matrice ou de l’enclume dans laquelle on fait entrer de la matière pour forger ou pour faire germer quelque chose, comme un bassin qui va emmagasiner de l’eau.

Youd = symbolise Dieu, la sainteté.

Kaf = symbolise toutes les couronnes des sefirot19 dans la méthode qui juxtapose les onze premières lettres aux onze dernières, le kaf et le tav se font face et se complètent c’est donc en quelque sorte l’idée d’un monde complet.

Lamed = c’est la lettre qui est vraiment au milieu de l’alphabet et qui se distingue des autres par sa tête dans les sphères supérieures, c’est la porte ouverte à l’enseignement (limoud).

Mem = 40. Le mem a un peu la forme d’une matrice = rehem dans la matrice se forme la matière (homer) 40 yemé hamaboul ou les jours du déluge pour détruire la vie, pour se purifier de la faute du veau d’or et de l’impureté de l’Egypte……….

Noun = 50 shearim : shearé bina, hokhma20, dans la cabbale le noun est le symbole de la lumière

Ain = c’est le symbole des yeux, de la vue, et de la perfection.

Pé = la bouche, la parole, le commandement

Tsadik = ce qui est juste, ce qui est à côté (le tsad ) ou celui qui chasse et on donne l’image de deux tsadikim qui cheminent ensemble pour chasser le yetser hara21.

Kouf = la sainteté. Pourtant la lettre kouf symbolise aussi le singe. Rabbi tsadok HaCohen explique cette liaison en ceci : l’homme essaye de singer les voies d’HaShem pour arriver à la kedousha.

Reish = c’est un peu la tête, la source de chaque chose.

Shine = elle symbolise le feu et aussi la justice et le héroïsme. Mais, elle est aussi le symbole de l’érudition parce que l’on dit que répéter (shinoun) est le début de l’érudition et que répéter évite d’oublier.

Lettre Hébraïque Tav. Polices D'or Minable. L'alphabet Hébreu ...

Tav = symbole de la Torah, et dans l’ensemble des sephirot la première commence par la lettre kaf et la dernière se termine par la lettre tav : keter et malkhout. Voici les dix sephirot : Keter, hokhma, bina, hessed, guevoura, tifereth, netsah, hod, yessod et malkhout.

Caroline Elishéva REBOUH

MA Hebrew and Judaic Studies

Administrative Director of Eden Ohaley Yaacov

Cet article, contestable en bien des points, n’engage que son auteure (la rédaction)

Notes

1 Calligraphie hébraïque

2 Parchemins sur lesquels sont inscrits des versets de la Torah et qui sont fixés sur les linteaux des portes de maisons ou de chambres.

3 Phylactères

4 Rouleaux de parchemin sur lesquels sont écrits les livres de Moïse

5 Jikatilya Joseph 1248-1323, l’un des disciples du Rav Abraham Aboulafia et considéré comme l’un des plus grands cabbalistes séfarades du XIIIème siècle.

6 Le livre de la vocalisation

7 Livre des Psaumes

8 Cantique des Cantiques

9 Le Livre de la Création écrit par Abraham selon la tradition.

10 Rabbi Akiva 50-137 de l’ère vulgaire. Troisième génération de Tanaïm (Talmudiste). Fut le maître de Bar Kokhba (mort en 135 Chef de l’insurrection juive contre l’envahisseur romain).

11 Mauvaise langue ou médisance

12 Le livre de la vallée

13 Correspondant à la sphère dite de Royauté

14 Correspondant à la sphère dite de Sagesse

15 Sphères dites de Victoire et Magnificence

16 Sphère de l’intelligence

17 Sphères de la Sagesse.

18 La sagesse et la bonté.

19 Sphères de l’arbre séphirotique

20 Les portes de l’intelligence, et de la sagesse

21 Le mauvais penchant.

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