La jeunesse palestinienne est une génération perdue

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La jeunesse palestinienne est une génération perdue

Opinion: Au milieu des querelles entre le Fatah et le Hamas, de l’indifférence du monde arabe et des intérêts politiques personnels, les enfants du millénaire à Gaza et en Cisjordanie n’ont ni perspectives ni espoirs ; Israël peut, tout au plus, éviter de nouvelles violences

Sans la dernière flambée meurtrière entre Israël et le Hamas à Gaza, qui a encore accru la tension à la frontière sud, le Jour de la Nakba serait passé inaperçu pour la plupart des Israéliens. Cette année, l’une des dates les plus importantes du calendrier palestinien a coïncidé avec l’organisation du Concours Eurovision de la chanson à Tel-Aviv, ce qui a rendu la disparité plus évidente que jamais. 

Pendant que nous diffusions les célébrations hédonistes en direct de Tel Aviv, à Gaza, des milliers de personnes faisaient la queue pour avoir la chance d’obtenir un don de 100 dollars des Qataris, afin de rompre le jeûne du Ramadan avec un repas et de nourrir leur famille.

Lorsque vous ne pouvez plus mobiliser l’énergie nécessaire pour mener vos combats équitablement, il ne vous reste plus qu’à détruire ce dont l’autre camp dispose. Mercredi, à l’occasion de la Nakba, les Palestiniens ont marqué le 71e anniversaire de ce qu’ils ont appelé “la catastrophe”. À l’heure actuelle, les Palestiniens sont au plus bas, peut-être au plus bas depuis 1948.

 De jeunes Palestiniens manifestent près de la frontière de Gaza (Photo: AFP)

De jeunes Palestiniens manifestent près de la frontière de Gaza (Photo: AFP)

 

Même avant que l’administration Trump ne commence à travailler sur son plan de paix (surnommé «l’accord du siècle»), avant que les Palestiniens ne perdent une grande partie de leur soutien dans le monde arabe et avant les résultats des élections israéliennes, ils étaient pris au piège du conflit intra-palestinien. Cela fait 12 ans que le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne et a créé sa propre «solution à deux États», sauf que les deux États sont palestiniens.

Ceux de la Cisjordanie sont devenus assez indifférents au sort de leurs frères et sœurs de la bande de Gaza, qui ont organisé l’année dernière des manifestations massives – parfois meurtrières – à la frontière dans le but de lever le blocus de l’enclave côtière. C’est le plus grande indicateur à ce jour que les Palestiniens n’ont pas encore mûri pour être un jour capables de fonder et maintenir un État à eux. Une nation qui se bat pour l’indépendance ne peut tout simplement pas se permettre de creuser un fossé géographique et politique aussi profond.

 

Le soutien aux Palestiniens en baisse dans le reste du monde arabe n’est pas, non plus, un phénomène auquel ils étaient préparés. La réaction du prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammad bin Salman, et du président égyptien, Abdel Fatah al-Sisi, aux récents malheurs palestiniens a été plutôt chaleureuse, non seulement parce que leurs relations avec Israël sont plus bénéfiques, mais aussi parce que l’opinion publique dans le monde arabe sur la question du conflit israélo-palestinien a changé.

Pendant des années, «la question palestinienne» a été considérée comme sacrée et utilisée par les dirigeants locaux comme une diversion lors des crises internes. À présent, les points de vue sur la question sont partagés. Certains croient que les Palestiniens sont la victime ultime, tandis que d’autres ont ouvertement commencé à les désigner comme des terroristes.

Récemment, le seul point positif pour les Palestiniens a été le retour du débat israélo-palestinien dans le cadre de la politique américaine, par l’intermédiaire de la nouvelle et bruyante membre antisémite du parti démocrate, Ilhan Omar -et quelques-unes de ses consœurs, militantes à l’ultra-gauche du parti – dont les vues pro-palestiniennes s’alignent de plus en plus sur celles de la gauche pro-BDS en Europe, plutôt que celles de leurs prédécesseurs libéraux.

Le président palestinien Mahmoud Abbas, qui a brûlé tous les ponts possibles avec l’administration américaine actuelle, compte sur le public américain pour ne pas réélire Donald Trump pour un second mandat, ce qui contribuerait effectivement à faire basculer le pendule de l’autre côté.

Le président palestinien Mahmoud Abbas (Photo: Reuters)

Le président palestinien Mahmoud Abbas (Photo: Reuters)

 

À Gaza, une génération entière – vaincue et sacrifiée – a grandi sous un régime islamiste et dans une pauvreté extrême, dans une bulle à laquelle personne ne peut échapper. La génération du millénaire de Cisjordanie est dans une bien meilleure position – éduquée et connectée – mais ne dispose aussi que d’opportunités très limitées. Dans les deux cas, les perspectives sont peu nombreuses. En l’absence d’une stratégie nationale claire et d’un leadership vieillissant qui ne mène à rien, les jeunes se fient aux clichés et aux slogans et s’accrochent à leur rêve de retrouver un jour une “Palestine” mythifiée. Cette idéologie leur est donnée depuis leur plus jeune âge et elle les accompagne dans la majeure partie de leur vie d’adulte.

Que dit cette situation en ce qui nous concerne? Nous avons un voisin misérable et désespéré, et bien qu’Israël n’ait aucun intérêt à aggraver la situation déjà insupportable pour les Palestiniens, il n’a pas non plus l’intention de prendre des mesures spectaculaires pour l’améliorer. Abbas, quant à lui, a carrément rejeté la possibilité de discuter de plan de paix (contrairement à l’avis des Saoudiens) avec l’administration Trump, avant même de l’avoir vu.

Le moins que l’on puisse faire entre-temps est d’éviter, à tout prix, toute nouvelle violence qui aggraverait encore la situation humanitaire. S’il est impossible de changer radicalement la réalité, il est certainement possible de ne pas aggraver la situation.

 

Shimrit Meir | Publié: 16.05.19, 23:19

1 COMMENT

  1. Les seuls responsables sont leurs dirigeants et les pays qui les soutiennent .

    Qu’on ne vienne pas encore accuser Israël qui se trouve toujours seul à accepter de négocier en direct avec ses ennemis .

    Mais depuis les 3 ” NON ” de Kartoum par la ligue arabe aucin responsable n’a le courage de se mettre à table fâce à Israël pour négocier .

    Le seul qui a eu ce courage a été assassiné par les fréres musulmans .

    Des ” frères ” comme eux on peut s’en passer .

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