L‘éditorial de Franz-Olivier Giesbert
La haine, sport national français
- Macron est jeune, intelligent, ficelle, et puis il porte beau. Franchement, comment voulez-vous que les Français l’aiment? On ne peut quand même pas leur demander l’impossible! Conscient que les Français aiment les présidents dès lors qu’ils ont beaucoup souffert avant d’être élus, M. Macron en est à nous raconter, en exhibant ses faux stigmates, une histoire improbable de traversée du désert qui, au pire, ne fut que celle d’un bac à sable. Il aurait fallu y penser avant et faire carrière ailleurs, en Ukraine, par exemple. Qu’il ait réussi si vite en France, à peine sorti de l’enfance, explique en partie cette haine minoritaire mais torride qui, ces temps-ci, jette son vomi sur M. Macron en labourant le pays. Pensez! Ce sacripant se croit tout permis, une tragédie personnelle lui ferait du bien.
Le philosophe Jean-Paul Sartre, qui fut jadis notre grand haineux national, observait dans un roman barbant comme un matin sans soleil, «Le diable et le bon Dieu»: «Il suffit qu‘un seul homme en haïsse un autre pour que la haine gagne de proche en proche l‘humanité entière. »Si la France pouvait produire autant de pétrole que la haine qu’elle crachouille sans discontinuer, elle serait le pays le plus riche du monde.
Ignoble est le nouveau slogan des imbéciles à l’adresse des policiers:«Suicidez–vous!». N’avons-nous pas touché le fond? Comment peut-on s’habituer à ça?
Symbolique aussi fut l’épisode des dons, évalués à 1 milliard d‘euros, de plusieurs grandes fortunes – de petites aussi, soit dit en passant – pour retaper la cathédrale Notre-Dame de Paris après l’incendie du 15 avril. Il y a décidément une exception française. Dans quel autre pays un élan de générosité aurait-il pu provoquer une polémique aussi ridicule, aussi lamentable? Qu’ils donnent ou pas, en France, les « salauds de riches» sont toujours coupables. De tout. Même s’ils rapportent beaucoup d’argent au pays, les entreprises qu’ils possèdent faisant l’essentiel de leurs bénéfices à l’étranger, dans une sorte de délocalisation à l’envers.
En matière sociale, observez comme la haine est toujours mauvaise conseillère. La Révolution, celle de 1789 ou les autres, n’a jamais réussi qu’à appauvrir les riches, pas à enrichir les pauvres, qui furent ensuite les dindons de toutes sortes de farces tragiques, marxistes, communistes ou tiers-mondistes. Qui peut croire que la condition des misérables était pire aux Etats-Unis qu’en Union soviétique au sommet de sa gloire? Même s’il est peu médiatisé, le drame du Venezuela est là pour nous rappeler quelle crevaison un certain socialisme peut infliger à un pays qui, avec ses réserves pétrolières, devrait figurer depuis longtemps parmi les plus riches et les plus puissants du monde.
D‘un ressentiment à l‘autre, la France ne risque-t-elle pas un jour de se noyer dans son fiel? N’est-il pas temps pour elle de se réconcilier avec l’art de la joie? Dans «Les origines de la France contemporaine» (1), son chef-d’œuvre, Hippolyte Taine, grand historien, génie du XIXe, coqueluche de Nietzsche, cite un écrivain-voyageur anglais, John Andrews, qui écrit en 1785: «Etre toujours gai, voilà le propre du Français.»
Ah bon! Mais que s’est–il passé depuis pour que nous en arrivions là? Ce serait après la Révolution française que notre caractère national a commencé à tourner ronchon. Voilà en tout cas ce que croit Taine, qui rappelle, non pour s’en réjouir, que, sous les rets de l’Ancien Régime, les « rangs étaient marqués», les ambitions «bornées» et, donc, « l‘envie moindre». Après quoi l’envie s’est libérée et, avec elle, la haine, la jalousie, l’aigreur, la malveillance, le pessimisme, toutes ces passions tristes qu’a identifiées Spinoza et que notre société porte à leur comble.
Telle est l’idiosyncrasie française. Les présidents passent, mais la France reste un pays émeutier, nostalgique des barricades, voire des décapitations, champion du lancer de pavés, une anomalie dans le paysage européen où les manifestations connaissent rarement l’ampleur des nôtres et leurs débordements.
Le miracle, c’est que rien, pas même une crise comme celle des gilets jaunes, n’entamera jamais la vitalité, l’énergie d’une partie du pays. L’étude annuelle de Pôle emploi nous apprenait, l’autre semaine, que les employeurs prévoyaient des records d’embauche pour 2019: +20% dans l’industrie,+ 15 % dans l’ensemble des entreprises. Des chiffres impressionnants alors que la croissance économique est dans une petite forme.
- M. Macron, s’il veut donner un nouveau départ à la France, est condamné à s’attaquer rapidement aux sujets qui fâchent, économiquement parlant. En attendant, il est sans doute encore long, le chemin qui peut amener la France à redevenir « le siège de la culture la plus spirituelle et la plus raffinée d‘Europe» célébré autrefois par Nietzsche.
- 1. Collection « Bouquins», Robert Laffont.
Le Point 2434 1 25 avril 2019
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Si , on parle d’économie !! tous les jours nos dirigeants et les médias à leur botte se demandent comment faire , à qui prendre pour pouvoir distribuer davantage !!!! Les riches payent déjà beaucoup ( confiscation de 60% de leurs revenus ) alors il reste la classe moyenne , la plus nombreuse qui sauve cette pauvre France !
Il n’y a qu’un sujet qui fache en France et il ne parle pas d’économie … pas du tout !