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La Force Quds sonnée après Soleimani et l’abattage du boeing

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Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique défilent lors d'un défilé militaire de 2007 à Téhéran pour commémorer la guerre Iran-Irak de 1980-1988. (Morteza Nikoubazl / Reuters)
Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique défilent lors d’une parade militaire de 2007 à Téhéran pour commémorer la guerre Iran-Irak de 1980-1988. (Morteza Nikoubazl / Reuters)
22 février 2020 à 12h00 GMT + 1

 

 

ISTANBUL – Le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique d’Iran fait face à des crises sur plusieurs fronts alors qu’il est encore sous le choc de l’élimination de son stratège militaire en chef, le major-général Qasem Soleimani, et un contrecoup intérieur, à cause de la chute d’un avion de ligne, selon des analystes et des responsables de la région.

La mort de Soleimani dans une frappe de drones américains le mois dernier a contraint les Gardiens de la révolution à recalibrer sa stratégie et à peser le risque d’une nouvelle escalade du conflit avec les États-Unis, ont-ils déclaré. Le groupe, la force de sécurité iranienne la plus puissante, avec une influence à la fois dans son pays et dans toute la région, doit également reconstruire la position intérieure qu’il a perdue en raison de son rôle dans la catastrophe de la compagnie aérienne et dans une répression des manifestants antigouvernementaux en novembre, qui a laissé pour morts des centaines de manifestants.

Publiquement, les dirigeants du groupe semblent résolus à ne jamais se soumettre, devant ces récents revers. Au début de ce mois-ci, ils ont dévoilé une nouvelle technologie d’armes qui, selon eux, leur permettrait de développer un arsenal plus avancé de missiles balistiques. La semaine dernière, le commandement central américain a déclaré que la marine américaine avait intercepté un navire transportant des armes de fabrication iranienne, cargaison qui, selon lui, était destinée aux rebelles houthis alignés sur l’Iran au Yémen.

Les Gardiens de la Révolution ont également semblé disposer d’un coup de pouce aux élections législatives iraniennes vendredi, ce qui a produit une victoire pour les candidats extrémistes que le groupe soutient généralement, après que de nombreux politiciens modérés ont été empêchés de se présenter.

Mais les analystes et les responsables de la région disent que les Gardiens de la Révolution se trouvent en fait maintenant sur la défensive, un changement notable après être parvenus à projeter leur pouvoir au Moyen-Orient et à s’enraciner notamment en Syrie, en Irak et au Yémen, ces dernières années.

Les femmes de Téhéran tiennent des portraits du major-général Qasem Soleimani tout en montrant leurs doigts encrés lors du vote aux élections législatives de vendredi. (Abedin Taherkenareh / EPA-EFE / Shutterstock)
Les femmes de Téhéran tiennent des portraits du major-général Qasem Soleimani tout en montrant leurs doigts tachés d’encre lors du vote aux élections législatives de vendredi. (Abedin Taherkenareh / EPA-EFE / Shutterstock)

«La liquidation de Qasem Soleimani et la destruction de l’avion de ligne ont tous deux été des chocs pour les Gardiens de la Révolution. Soleimani a été une grande perte pour la République islamique et la chute de l’avion de ligne a sapé toute la crédibilité de la Garde », a déclaré Saeid Golkar, expert des forces de sécurité iraniennes et professeur de sciences politiques à l’Université du Tennessee à Chattanooga.

Les Gardiens de la Révolution, ou CGRI, qui ont été créés pour protéger la République islamique, “doivent reconstruire leur réputation, ce qui prend du temps, en particulier avec une population qui est devenue critique à l’égard de la République islamique”, a déclaré Golkar. “Et maintenant, la stratégie n’est pas de partir en guerre avec les États-Unis, mais de tester ses limites étape par étape – et de ne pas dépasser les bornes.”

Ce défi incombera en partie au général de Brigade Ismail Qaani, qui a remplacé Soleimani comme commandant de la force d’élite Quds du CGRI. Il devra préserver l’influence régionale de l’Iran et nourrir les groupes par procuration et les milices développés par son prédécesseur – mais sans provoquer une réaction américaine trop énergique.

En se retirant de la situation conflictuelle, la Force Quds aurait la possibilité de réévaluer sa stratégie et de s’adapter à la nouvelle direction de Qaani, 62 ans, qui a été l’adjoint de Soleimani et a auparavant géré les affaires administratives quotidiennes de la force, ont déclaré des analystes et des responsables.

«Il s’agit d’une organisation qui évolue, s’adapte et tire des leçons», a déclaré Ariane Tabatabai, politologue à la Rand Corp. à Washington. Elle a déclaré que Qaani “sera un peu plus discret” que Soleimani, qui a gagné le statut de célébrité en concevant et en exécutant une stratégie militaire qui a contribué à assurer le rôle de l’Iran en tant que puissance régionale.

Qaani “fait partie de la force depuis un certain temps, et il a fait beaucoup de choses avec les Gardiens de la révolution”, a-t-elle déclaré. «Il s’est occupé du renseignement et des opérations, ce qui le positionne bien.»

Le portefeuille précédent de Qaani comprenait des opérations de la Force Quds aux frontières orientales de l’Iran, y compris en Afghanistan et dans les républiques d’Asie centrale. Cela signifie que Qaani pourrait être plus à l’aise à utiliser l’Afghanistan comme lieu d’attaques contre les forces américaines.

Pourtant, les analystes et les fonctionnaires affirment qu’il lui manque l’ambition, le charisme et les liens solides de son prédécesseur. En conséquence, selon un responsable de la région connaissant la question, la Force Quds a été considérablement dissuadée de riposter contre les États-Unis, du moins pour l’instant.

Les membres du Corps des Gardiens de la Révolution écoutent un discours de 2018 au Parlement. (Atta Kenare / AFP / Getty Images)
Les membres du Corps des Gardiens de la Révolution écoutent un discours de 2018 au Parlement. (Atta Kenare / AFP / Getty Images)

L’officiel, qui s’est exprimé sous couvert de l’anonymat pour discuter des questions de renseignement, a déclaré que Qaani n’avait pas encore le pouvoir de travailler en indépendant comme Soleimani, coordonnant les batailles et les attaques à travers le Moyen-Orient et rencontrant directement les dirigeants étrangers. La force Quds, a déclaré le responsable, souffre à la fois émotionnellement et pratiquement, et sera sous restrictions, jusqu’à ce que Qaani devienne plus confiant et indépendant.

Au sein de l’appareil de sécurité iranien, une lutte est peut-être déjà en cours pour couper les ailes de la Force Quds. Selon Golkar, le service secret de contre-espionnage des Gardiens de la révolution enquête probablement sur les atteintes à la sécurité qui ont contribué à l’élimination de Soleimani à Bagdad le mois dernier.

Les tensions entre l’Iran et les États-Unis ont grimpé en flèche, ces dernières années, alors que l’administration Trump a fait pression sur Téhéran pour annuler son soutien aux milices alliées dans des endroits comme l’Irak et la Syrie, et pour abandonner son programme de missiles balistiques, qui, selon la Maison Blanche, menace les alliés américains dans la région.

En 2018, le président Trump a retiré les États-Unis de l’accord sur le nucléaire conclu par l’Iran avec les puissances mondiales, réimposant les sanctions qui avaient été levées en vertu de l’accord, en échange de restrictions sur le programme d’énergie atomique de Téhéran. Depuis lors, l’administration a accusé l’Iran d’attaques contre des pétroliers commerciaux dans le golfe Persique, ainsi que de tirs de roquettes sur les troupes américaines en Irak et d’une opération complexe de drones et de missiles visant la compagnie pétrolière d’État saoudienne à l’automne.

La décision américaine de tuer Soleimani est intervenue après une attaque à la roquette sur une base aérienne hébergeant des forces américaines dans la province irakienne de Kirkouk, qui a tué un entrepreneur sous-traitant de l’armée américaine. L’administration Trump a blâmé un groupe soutenu par l’Iran, le Kataib Hezbollah, de cette frappe.

L’élimination ciblée de Soleimani a été suivi d’une attaque directe de missiles iraniens sur des bases hébergeant des troupes américaines en Irak. Puis, alors qu’ils se préparaient à des représailles, les Gardiens de la révolution ont abattu un jet de passagers ukrainien confondu avec un avion ou un missile hostile, tuant les 176 personnes à bord. Le groupe a nié toute implication pendant des jours, déclenchant une vague de manifestations dans les villes iraniennes.

C’était la deuxième fois que les Gardiens de la révolution étaient confrontés à des manifestations généralisées ces derniers mois. En novembre, le mécontentement populaire à propos des prix du carburant s’est transformé en manifestations antigouvernementales.

Des manifestants tiennent des fleurs alors que des gaz lacrymogènes tirés par la police montent lors d'une manifestation devant l'Université Amirkabir de Téhéran pour se souvenir de ceux qui sont morts lorsqu'un avion de ligne ukrainien a été abattu par un missile iranien le 11 janvier. (AP)
Des manifestants tiennent des fleurs alors que des gaz lacrymogènes sont tirés par la police, lors d’une manifestation devant l’Université Amirkabir de Téhéran pour se souvenir de ceux qui sont morts lorsqu’un avion de ligne ukrainien a été abattu par un missile iranien le 11 janvier. (AP)

“Pour des gens comme moi, qui n’ont pas soutenu Soleimani, nous étions tellement en colère et bouleversés après la chute de l’avion et la répression des manifestations en novembre”, a déclaré Parisa, 35 ans, représentante commerciale pharmaceutique à Téhéran. Elle a refusé de donner son nom complet par crainte de représailles de la part des forces de sécurité.

“Mais même ceux qui ont soutenu Soleimani étaient en pleine confusion, après la chute de l’avion, et beaucoup se sont murés dans le silence ou ont eu l’impression qu’ils devaient s’expliquer”, a déclaré Parisa, ajoutant que la catastrophe de la compagnie aérienne a démontré que les Gardiens de la révolution “ne disposent pas d’une bonne technologie militaire“.

À l’automne, lorsque les manifestations précédentes ont éclaté, des manifestants ont scandé des solgans contre les Gardiens de la révolution et l’un de leurs commandants a été poignardé à mort dans une banlieue de Téhéran, ont rapporté les médias locaux. Le mois dernier, des hommes armés masqués ont tué le commandant local de la force paramilitaire Basij des Gardiens de la révolution dans le sud-ouest de l’Iran.

La république islamique et les gardiens de la révolution «sont très préoccupés par les troubles intérieurs. . . . Vous ne sortez pas et ne tuez pas des centaines de personnes en 72 heures et fermez Internet si vous avez confiance en vous », a déclaré Tabatabai à propos des manifestations de novembre, lorsque le gouvernement a imposé une fermeture générale d’Internet.

“Rien de tout cela ne crie qu’il s’agit d’un système politique qui a confiance en lui”, a-t-elle déclaré.

Selon Maysam Behravesh, un ancien conseiller en politique de sécurité en Iran, les Gardiens de la Révolution “sont confrontés à un problème de soutien de leur base, sinon de crise, chez eux, car même les sympathisants et les partisans voient tant de corruption, de répression, d’incompétence (qu’ils se détournent de ce mouvement).”

La catastrophe de la compagnie aérienne en particulier “a soulevé de graves questions de compétence, de confiance et de légitimité, même parmi la base de soutien du gouvernement, ce qui explique en partie pourquoi les Gardiens de la révolution ont finalement été contraints d’essayer de montrer patte blanche”, a déclaré Behravesh, qui est maintenant analyste à Washington, au cabinet de gestion des risques politiques, Gulf State Analytics.

Hendrix a fait son reportage depuis de Jérusalem. Missy Ryan à Washington a contribué à ce reportage.

Tête d'Erin Cunningham

Erin Cunningham est une correspondante basée à Istanbul pour le Washington Post, couvrant les conflits et les troubles politiques à travers le Moyen-Orient. Elle était auparavant correspondante au bureau du journal au Caire et a rendu compte des guerres en Afghanistan, à Gaza, en Libye et en Irak. Suivre

Tête de Steve Hendrix

Le chef du bureau de Jérusalem, Steve Hendrix, a écrit pour à peu près toutes les sections du journal depuis son arrivée au Washington Post il y a 20 ans, couvrant le Moyen-Orient, l’Europe, l’Afrique, l’Asie et la plupart des coins des États-Unis. Suivre

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4 COMMENTS

  1. Donc, notre devoir est de continuer a affaiblir les forces en dehors d Iran !!
    Le Pakistan, et les turcs ont deja fermes leur frontieres en esperant que le virus atteigne les syriens, deja sur les genoux et le Quds ne soit plus en contact avec les mollahs, mais a notre portee !! y dla joie….Am Israel Hai !!

  2. Et la cerise ?
    Ce jeudi passé, Téhéran annonce12 cas de Covid19..
    Et le lendemain, sans délai, ni latence, 8 morts déjà !
    Et ce matin, au sortir de l’assemblée à huis clos, un député (m. Amirabadi) explose :”on a 50 morts rien qu’à Qom !! “
    La clique sombre dans ses mensonges…

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