Le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman (à droite) lors de sa rencontre avec le secrétaire d’Etat américain Pompeo à Neom, en Arabie saoudite. Photo fournie par le palais royal saoudien, le 22 novembre. BANDAR AL-JALOUD / AFP

Netanyahou en Arabie saoudite: 5 minutes pour comprendre le rapprochement entre Israël et le monde arabe

La visite secrète du Premier ministre israélien en Arabie saoudite, dimanche, révélée par des médias israéliens, relance les spéculations sur le rapprochement entre ces deux puissances du Moyen-Orient.

Par Juliette Mansour Le 23 novembre 2020 à 18h30, modifié le 23 novembre 2020 à 19h01

Dimanche, la presse israélienne a révélé que le Premier ministre Benyamin Netanyahou, s’était secrètement rendu en Arabie saoudite où il a retrouvé le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo et rencontré le prince hériter du royaume, Mohammed ben Salmane (MBS) pour un entretien. Ce que le chef de la diplomatie saoudienne a démenti lundi.

Jamais un chef de gouvernement israélien ne s’était encore rendu en Arabie saoudite. Depuis la création de l’Etat d’Israël, en 1948, les Etats arabes du Moyen-Orient l’ont, pour la grande majorité, inscrit sur une liste d’ennemis notoires.

Pourtant, l’Arabie saoudite et l’Etat hébreu ont entamé un rapprochement depuis quelques années. Signe du réchauffement des relations entre les deux pays, le prince héritier MBS a reçu, en février, un rabbin basé à Jérusalem. Une première dans l’histoire moderne du royaume ultraconservateur.

Mohammed al-Issa, un Saoudien à la tête de la Ligue islamique mondiale, a quant à lui participé cette année aux commémorations du 75e anniversaire de la libération du camp nazi d’Auschwitz.

Les deux puissances n’ont pas de relations diplomatiques officielles mais entretiennent des liens discrets. Et si le royaume saoudien n’a jamais officiellement reconnu l’existence d’Israël, le prince héritier Mohammed ben Salmane a affirmé en avril 2018, dans la revue The Atlantic, que l’Etat hébreu avait le « droit d’exister ».

Normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays arabes

Ces dernières années, sous l’égide des Etats-Unis, l’Etat hébreu s’est rapproché de certains pays arabes du Golfe, en particulier ceux qui partagent avec lui la même animosité à l’égard de l’Iran. La puissance iranienne est en effet un adversaire régional du royaume saoudien ainsi que d’Israël.

Après la Jordanie en 1994 et l’Égypte en 1979, les Émirats arabes unis sont devenus, en septembre, le troisième pays arabe à reconnaître officiellement l’existence d’Israël en signant un accord historique de normalisation de leurs relations à Washington. Bahreïn a emboîté le pas d’Abou Dhabi peu de temps après. L’Arabie saoudite n’a ni condamné ni salué ces accords de normalisation. Si ces deux derniers pays sont de proches alliés de Riyad, le royaume a toutefois clairement dit qu’il ne suivrait pas leur exemple.

Aux yeux de l’Arabie saoudite, les EAU et Bahreïn ont en effet rompu un « consensus arabe » conditionnant toute normalisation avec Israël à un règlement du conflit israélo-palestinien. L’Autorité palestinienne avait d’ailleurs qualifié de « trahison » ces récents accords. Peu de temps après leur signature, le royaume a néanmoins autorisé le survol de son espace aérien par des avions « en provenance de tous les pays » en direction des Émirats arabes unis.

Des avantages stratégiques et économiques pour l’Arabie saoudite

Une normalisation des relations des Saoudiens avec Israël permettrait de renforcer un front uni face à l’Iran. L’établissement de liens avec Israël est également perçu comme une opportunité économique par certains pays du Golfe qui cherchent à diversifier leur économie très dépendante de l’exportation de pétrole. Ils s’intéressent notamment aux technologies, secteur où les Israéliens excellent.

Le prince héritier a lancé un vaste programme de réformes appelé « Vision 2030 » dans le but d’attirer des investissements internationaux dans le domaine du tourisme ou des technologies. Cœur du monde musulman, l’Arabie saoudite, qui abrite les lieux les plus saints de l’islam, risquerait gros en reconnaissant Israël, toutefois, en termes d’image au sein de l’opinion publique dans le pays et dans toute la région.

L’élection de Joe Biden pourrait modifier la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient
Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, les Etats-Unis ont opéré un virage radical de leur politique envers Téhéran, sur la base d’une union face à la « menace » iranienne. En 2018, le président américain avait retiré les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien signé trois ans plus tôt. Le républicain a, depuis, multiplié les sanctions à l’égard du régime iranien.

Avec l’élection du démocrate Joe Biden à la Maison Blanche, la position des Etats-Unis pourrait bien évoluer. Plusieurs analystes s’interrogent sur le futur de la normalisation en cours des relations entre Israël et des pays arabes. Certains d’entre eux s’attendent à ce que les démocrates américains soient plus durs que Donald Trump à l’égard de l’Arabie saoudite en raison de sa vision des droits fondamentaux, notamment après l’affaire Khashoggi. Les démocrates pourraient aussi tenter de renouer le dialogue avec les Palestiniens. Une initiative qui pourrait de nouveau tendre leurs relations avec Israël, sur fond d’un conflit israélo-palestinien qui ne semble pas près de se résoudre.

https://www.leparisien.fr/international/netanyahou-en-arabie-saoudite-5-minutes-pour-comprendre-le-rapprochement-entre-israel-et-le-monde-arabe-23-11-2020-8410012.php

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