Elle entendait toujours la musique devant les chambres à gaz, Jacqueline Teyssier déportée et survivante d’Auschwitz est décédée

Survivante des camps de concentration, Jacqueline Teyssier s’en est allé à 98 ans. A Besançon (Doubs), la rescapée n’avait jamais cessé de témoigner auprès des jeunes des heures sombres de la Seconde Guerre mondiale.

Elle a rendu son dernier souffle. Alors que la guerre fait rage en Ukraine. Alors que des réfugiés sont à nouveau sur les routes… Jacqueline Teyssier, présidente de l’association des déportés du Doubs, était connue de plusieurs générations de collégiens et lycéens. Dans les établissements, elle venait régulièrement parler de la déportation. Son tatouage de matricule encore visiblement sur le bras.

Depuis que je suis rentrée des camps de concentration, je n’ai plus jamais réussi à pleurer, je ne pleure jamais, je ne peux pas, c’est fini. Jacqueline Teyssier, déportée à Auschwitz

1,1 million de victimes ont trouvé la mort à Auschwitz, au sud de la Pologne. Jacqueline Teyssier avait eu la chance de faire le voyage retour. Elle faisait partie des déportés « Nacht und Nebel ».

Des valises de déportés, vestiges d'un sombre passé celui du camp de concentration d'Auschwitz en Pologne.Des valises de déportés, vestiges d’un sombre passé celui du camp de concentration d’Auschwitz en Pologne. • © MAXPPP

17 mai 1944, cette jeune juive parisienne est arrêtée à Bobigny par la milice française, pour résistance. Elle et sa famille sont emmenées dans le camp de concentration d’Auschwitz. Sa mère n’y survivra pas.

Juste avant la libération du camp d’Auschwitz par les Soviétiques, le 27 janvier 1945, Jacqueline Teyssier est transférée à Bergen-Belsen, un camp en Allemagne. Elle y contracte le typhus. Elle ne sortira des camps de la mort qu’en juin 1945. À son retour, elle ne pèse que 28 kilos. Les médecins disent à son père qu’elle ne survivra pas.

Le camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau en Pologne.Le camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau en Pologne. • © JOEL SAGET / AFP

La déportation pour parcours de vie

Jacqueline Teyssier n’avait rien oublié de l’enfer de la déportation, des nuits où les Allemands mettaient les femmes nues dehors, par tous les temps. « Si on était avachies, c’était fini, c’était directement au four crématoire et à la chambre à gaz » témoignait-elle en 2020 à l’occasion du 75e anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz.

Jacqueline Teyssier n’avait rien oublié non plus de cette musique d’orchestre présente là-bas, des notes funestes destinées à masquer les cris des déportés qu’on asphyxiait dans les chambres à gaz.

« Ne vivez jamais dans la haine de l’autre »

Ce petit bout de femme aux cheveux blancs portait un message de tolérance aux élèves. La force de son témoignage était plus forte que tous les livres d’histoire. « Vous avez la chance de vivre dans une démocratie. Respectez toujours l’autre et battez-vous pour les valeurs de la République. Moi, je ne hais personne. »

Chevalier de la Légion d’honneur

La Bisontine avait reçu en 2006 le titre de chevalier de la Légion d’honneur. En janvier 2021, Jacqueline Teyssier avait été faite officier de la Légion d’honneur dans sa petite commune.

Les obsèques de Jacqueline Teyssier seront célébrées mercredi 23 mars, à 14 h 30 au cimetière de Roche-lez-Beaupré près de Besançon.

Écrit par Sophie Courageot france3-regions.francetvinfo.fr

Jacqueline Teyssier fut déportée à l’âge de 20 ans. • © Florence Petit – FTV

 

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