Il y a 500 ans, Venise inventait le premier ghetto de l’Histoire

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Venise 1750. Canal Cannaregio peinture William James
Venise 1750. Canal de Cannaregio, peinture de William James © AFP/ Ann Ronan / Picture Library

Plusieurs expositions commémorent les 500 ans du ghetto de Venise. Décidé en 1516 par les Doges de la ville, ce premier ghetto rassemble les juifs fuyant les persécutions allemandes et l’inquisition espagnole. Ces réfugiés vont contribuer à la richesse de la Sérénissime, ouvrant de nouvelles voies commerciales en Méditerranée. Ce «concept» sera reproduit à Padoue (1603), puis dans toute l’Europe.

Ghetto n’est pas un mot polonais ou allemand mais italien. C’est dans le quartier de l’ancienne fonderie, « Getto Vecchio» en dialecte vénitien qu’en 1516, les juifs reçurent l’ordre de se rassembler pour vivre en un lieu séparé et fermé. Les juifs allemands, premiers installés dans ce quartier, prononceront le nom de cette friche ghetto au lieu de Geto.

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Cette idée de quartier séparé remonte au concile de Latran. L’Eglise et notamment les franciscains, préconisent la séparation des chrétiens et des juifs.

De «l’utilité» des juifs
Les preuves certaines d’une présence juive à Venise remontent au XIIIème siècle. Les guerres avec Gênes avaient vidé les caisses de la ville. Pour trouver de toute urgence des capitaux, la république autorise le prêt à intérêt, longtemps banni de la ville pour des raisons religieuses. Ce fut là le début de la première présence des juifs à Venise.
 

Ghetto Venise noms juifs vénitiens morts durant Grande guerre

Ghetto de Venise : noms des juifs vénitiens morts durant la grande guerre © Michel lachkar

A la fin du quinzième siècle, la découverte de l’Amérique et de nouvelles routes vers l’Inde (Vasco de Gama) ouvrent des voies commerciales qui vont  fragiliser les ressources financières de Venise. «Cela explique la décision d’autoriser les prêteurs juifs qui «faisaient banque» à s’installer à Venise dans les années 1501,1502. » affirme l’historienne italienne Donatella Calabi.
 
Assignés à résidence
Pour fixer leur présence dans la ville, le Sénat de la cité des Doges publie un décret le 29 mars 1516 : les 700 juifs qui vivent sur la Lagune seront déplacés dans un quartier fermé de l’ile de Cannaregio.
 
Un quartier clos par un canal et deux grandes portes en bois, d’où les juifs ne peuvent sortir que le jour. Ils doivent porter un habit distinctif, une rouelle jaune transformée quelques années plus tard par un béret de la même couleur. Seuls les médecins, très appréciés par les notables chrétiens, peuvent sortir du ghetto la nuit, sans porter cette marque distinctive. C’est l’une des rares professions libérales, sinon la seule, qui leur ait ouverte.
 
La communauté devra également s’acquitter chaque année de la somme de 14.000 ducats.
 
Ne pouvant posséder des terres et des biens immobiliers, les juifs sont contraints de garder tous leurs avoirs en argent liquide, ce qui permet de les taxer plus facilement. A commencer par une taxe sur les loyers qu’ils doivent aux propriétaires chrétiens.
 

Venise Juifs orthodoxes dans quartier ghetto vecchio mars 2016
Venise : Juifs orthodoxes dans le quartier du “ghetto vecchio”  mars 2016 © Lachkar

Persécutés et rackettés
Durant toute cette période, les rapports officiels entre les juifs et les doges de Venise sont sujet à de nombreux changement d’humeurs.
 
«Un décret interdit par exemple toute relation sexuelle entre hommes juifs et femmes chrétiennes. Parmi les peines prévues : une forte amende et six ou douze mois de prison selon qu’il s’agit d’une femme du peuple ou d’une aristocrate», raconte dans son histoire du Ghetto Ricardo Calimani
 
Moqués, persécutés, les juifs de Venise n’en ont pas moins été courtisés en raison de leur médecine et de leur rôle de prêteurs.

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Un refuge pour les expulsés d’Espagne
Ce premier ghetto de l’histoire va accueillir les juifs fuyant les persécutions européennes. Après les décrets d’expulsion d’Isabelle la catholique, ils quittent l’Espagne et le Portugal pour Constantinople, Salonique et Venise. « Ces fugitifs apatrides, marranes (convertis de force), fragilisés par leur errance mais que la misère rend audacieux, ne vont pas tarder à devenir les principaux animateurs du commerce en Méditerranée. » écrit Donatella Callabi
 
On entend dans le ghetto les dialectes les plus divers,  espagnols,  portugais, turcs, grecs mais aussi polonais, allemand, italien.
 
Parmi les juifs vénitiens connus,  Isaac Abravanel ancien trésorier du roi du Portugal expulsé par l’inquisition. Après son expulsion il utilisera ses dons de diplomate entre Venise et Lisbonne.
 
Dynamisme économique
Ayant gardé des liens de confiance avec les communautés juives disséminées en Europe et en méditerranée, ils vont ouvrir de nouvelles routes commerciales vers Alexandrie, Constantinople, Anvers et Amsterdam et porter la masse des échanges commerciaux à des niveaux rarement atteints. 
 
Ces proscrits, relégués, réfugiés vont contribuer à faire la richesse de cette ville monde. [NDLR : à lire avec des pincettes, car chaque fois, nos bonnes âmes journalistiques ne manquent jamais l’occasion : 1) de se servir des Juifs morts comme passerelle à une immigration musulmane aussi forcenée que rarement indemne de surcroît de violence, de problèmes socio-politiques, voire au pire de terrorisme- ; 2) A taper de toutes leurs force sur l’Etat d’Israël comme responsable des “barbelés et de murs” -voir ci-après- érigées  à travers le monde! – Une leçon de l’histoire à l’heure ou la tentation des murs et des barbelés semble de retour. Il aura fallu plusieurs siècles pour que l’Europe accepte leurs différences].   

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