Une rivière à Shiraz en Iran pratiquement presque sans eau

Des chercheurs mettent en garde: l’État islamique du golfe Persique est confronté à une crise existentielle, en raison de la surexploitation des eaux souterraines et d’une baisse continue des précipitations

Les sources d’eau douce dans notre monde en réchauffement s’épuisent. Dans de nombreux pays, en particulier ceux qui n’ont pas été bénis par la pluie en premier lieu, l’augmentation de la température mondiale se traduit par une diminution de la quantité annuelle de précipitations et une réduction des réserves d’eau disponibles pour la population. Dans le même temps, le réchauffement climatique et l’augmentation continue de la population humaine augmentent la demande en eau pour l’agriculture, ce qui augmente encore la pression sur les réservoirs d’eau en diminution.

Une crise de l’eau aussi grave devrait se produire en Iran, entre autres, selon une étude publiée dans la revue Nature. Les chercheurs, trois scientifiques canadiens d’origine iranienne, ont examiné les changements dans le volume des eaux souterraines en Iran de 2002-2015, sur la base des données publiées par le  ministère iranien de l’Énergie. Leurs résultats montrent que la combinaison de la baisse des précipitations et de la surexploitation des réservoirs d’eau souterraine pour les besoins de sa population croissante dégrade le pays vers une catastrophe environnementale confinant à un réel danger existentiel.

Zone désertique en Iran.

Devant la crise climatique

Les pays désertiques comme l’Iran, où les conditions de vie sont si proches de la limite de l’existence humaine, sont particulièrement sensibles au réchauffement climatique, qui y est plus prononcé que dans le reste du monde. Au cours des cent dernières années, la température moyenne en Iran a augmenté d’environ 1,8 degré, soit 1,5 fois plus que la hausse moyenne mondiale. La quantité de précipitations qui y tombe par unité de surface est inférieure à un tiers de la moyenne mondiale, tandis que l’évaporation de l’eau de la surface est trois fois supérieure à la moyenne.

L’augmentation de la température se traduit par la perte accélérée des eaux de surface, l’aggravation des sécheresses et la pénurie croissante d’eau douce pour la consommation et l’agriculture. La détresse se traduit, entre autres, par l’augmentation du nombre de puits pour le pompage des eaux souterraines dans le pays. Entre 2002 et 2015, leur nombre a augmenté de plus de 70 %, passant de 460.000 puits à 794.000, tandis que sa population n’a augmenté que de 17 %.

Malgré l’augmentation significative du nombre de puits, la quantité totale d’eau pompée chaque année dans la plupart des aquifères du pays ‒ ses réservoirs naturels d’eau souterraine ‒ a en fait diminué. En première lecture, ce chiffre peut sembler encourageant, en supposant qu’il indique une amélioration de la gestion des ressources en eau de l’Iran. Mais la réalité est tout le contraire. Selon les chercheurs, il s’agit d’une preuve évidente de la surexploitation des eaux souterraines.

Pour illustrer ce point, ils montrent que, dans environ la moitié des réservoirs d’eau souterraine en Iran, le rapport entre le taux de pompage et le taux de régénération du réservoir augmente, tandis que la quantité d’eau pompée d’eux diminue. Cette combinaison indique que les réservoirs ont atteint un stade critique où la capacité de pompage de l’eau est altérée en raison de leur vidange presque complète. L’épuisement des aquifères est particulièrement important dans les zones agricoles, où plus de la moitié de l’eau utilisée pour irriguer les champs est pompée des profondeurs de la terre.

Faim, salinisation et affaissement

Sur la base des changements des niveaux des eaux souterraines dans les bassins versants à travers l’Iran, les chercheurs ont calculé qu’au cours des années examinées, les aquifères du pays ont perdu environ 74 milliards de mètres cubes de leur volume d’eau total, près de vingt fois le volume maximum de la mer de Galilée [lac de Tibériade]. La baisse de volume la plus importante a été enregistrée dans l’aquifère de la région de la mer Caspienne, dans le nord-ouest de l’Iran, où vivent plus d’un quart des habitants du pays. Cet aquifère est également la principale source d’eau de la capitale Téhéran et de la ville de Qom, où vivent environ 1,2 million de personnes.

Si l’exploitation agressive des eaux souterraines se poursuit, l’Iran devrait faire face à une crise environnementale et socio-économique particulièrement profonde dans un proche avenir. Le premier danger porte sur la sécurité alimentaire même de ses habitants, dont un cinquième est employé dans l’industrie agricole. Dans des formes prolongées qui ont eu lieu en 2008 et 2012, elle a même été contrainte d’importer du blé de son ennemi juré les États-Unis, pour la première fois depuis la Révolution islamique de 1979. L’aspiration de l’Iran à abolir sa dépendance vis-à-vis des autres pays et à l’indépendance agricole, née en partie des sanctions internationales qui lui ont été imposées, a peut-être même exacerbé la crise de l’eau en encourageant une plus grande utilisation des eaux souterraines pour l’irrigation et la production alimentaire.

L’environnement naturel est également touché. En raison de la faible densité de l’eau qu’ils contiennent, les aquifères d’eau douce résident généralement sur des aquifères plus salés et plus denses. Le pompage excessif de l’aquifère supérieur doux réduit la pression exercée sur le réservoir salin en profondeur. Suite à cela, l’eau salée se répand de plus en plus et pollue la surface avec des sels. En effet, dans certaines provinces agricoles d’Iran, où la consommation d’eau souterraine est particulièrement élevée, une augmentation significative de la salinité des sols a été mesurée, ce qui pourrait altérer sa fertilité et également aggraver la pénurie alimentaire du pays.

Une citerne qui s’est tarie en Iran.

Un des défis majeurs du monde au 21ème siècle

Et si cela ne suffit pas, la disparition des aquifères affecte le bilan massique du sol, le faisant se compacter et s’enfoncer. L’affaissement des terres dû à la perte d’eau souterraine est bien ressenti dans tout l’Iran, y compris sa capitale Téhéran dont les zones environnantes s’enfoncent à un rythme d’environ 20 pouces par an. Le compactage du sol réduit la capacité des réservoirs d’eau souterraine et nuit à la stabilité du sol en cas de tremblement de terre et augmente ainsi le potentiel de dommages aux bâtiments et aux infrastructures en raison de l’activité sismique.

La gestion durable des ressources en eau face au changement climatique sera l’un des défis majeurs du monde au 21ème siècle. Le défi est susceptible d’être particulièrement difficile dans les pays en développement, qui n’ont pas la capacité économique et organisationnelle pour le relever avec succès. Beaucoup sont situés dans les régions arides du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord et d’Asie du Sud-Ouest. Outre la nécessité de s’adapter aux changements mondiaux, nombre d’entre eux connaissent également une croissance démographique rapide et une augmentation du niveau de vie, ce qui ne fera qu’augmenter la demande pour cette ressource vitale en déclin. La puissance islamique iranienne est comme un géant aux pieds d’argile.

[Cette situation catastrophique de l’Iran aura-t-elle une incidence directe sur l’ampleur de son arrogance? De fortes chances que tout cela est lié, qu’il y a une relation de cause à effet]. [NDT]

JForum ‒ ynet news

4 Commentaires

  1. Au lieu de financer le terrorisme et les groupes armés dans le monde, le gouvernement iranien ferait mieux de s’intéresser à l’avenir de son pays. Mais le veut-il ?

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