En hommage au RAB de Tlemcen: LES RABBINS ENKAOUA

Il y a eu tout au long de l’histoire du peuple juif des familles qui, durant des siècles, se sont illustrées par l’existence de grands Sages, rabbins, philosophes ou autres. La famille Enkaoua dans ses multiples ramifications a été célèbre très célèbre en Espagne, en Algérie ou au Maroc.
ISRAEL ENKAOUA LE SAINT : Descendant d’une famille de rabbins, le jeune Israël Enkaoua fils de Rabbi Yossef Enkaoua[1] (El Enkaoua) grandit dans l’Espagne très catholique dans laquelle de nombreuses familles juives avaient trouvé refuge en fuyant la Judée après la destruction du deuxième Temple de Jérusalem par Titus et son armée.
Le « Rosh » (Rabbi Asher ben Yéhiel né en 1250 en Allemagne et décédé en 1327 en Espagne) fut l’un des principaux Maîtres du jeune Israël, qui, la valeur n’attendant pas le nombre des années écrivit un ouvrage dont le titre avait déjà, bien longtemps auparavant, inspiré un autre grand sage espagnol – le grand Isaac Aboav – « sefer menorat hamaor ». Cependant, l’ouvrage d’Israël Enkaoua n’eut pas de succès et ne fut édité pour la première fois qu’au XXème siècle.
Israël Enkaoua fonda une famille à Tolède où il naquit et l’un de ses fils fut Ephraïm Enkaoua qui naquit à Tolède en 1354 et dont il sera question plus bas.
Déjà, au XIVème siècle, dans l’Espagne catholique qui s’était remise de l’invasion des Omeyyades, bouillonnait un ferment antijuif. Des délations avaient cours. Parfois elles émanaient de Juifs renégats qui rêvaient de se venger. Parfois, les dénonciations étaient fomentées dans le désir d’agrandir des propriétés terriennes ou à cause de vils calculs.
En 1391, le Rabbin – pourtant très respecté de tous – fut enlevé et brièvement jugé pour être condamné à mourir brûlé vif sur un bûcher dressé sur la place de la ville. Sa dernière requête fut d’avoir un sefer Torah entre ses bras et c’est ainsi qu’il rendit son âme à D en proclamant d’une voix tonitruante la profession de foi juive « Shémâ Israël ». Ceci lui valut d’être désigné dorénavant : Rabbi Israël HaKadosh (Rabbi Israël le Saint).
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EPHRAIM ENKAOUA dit « le Rab de Tlemcen » : Né à Tolède en 1354 et décédé (?) en 1442 à Tlemcen.
Ephraïm Enkaoua était âgé de 37 ans lors du décès de son père Rabbi Israël HaKadosh. Cette époque fut tristement remarquée dans l’histoire par la multiplication des autodafés (actes de foi) et les pogroms dans lesquels de nombreux livres saints furent brûlés et des personnes refusant de se soumettre au catholicisme périrent carbonisés. Cela eut lieu un siècle avant l’Inquisition !
A l’instar d’autres jeunes étudiants comme lui (qui deviendront de grands décisionnaires tels le Ribash ou, le Rashbats – voir des articles antérieurs), il étudia chez Rabbi Nissim de Gérone (le Ran). Après ces années studieuses et après avoir acquis de très solides connaissances talmudiques et halakhiques, Ephraïm Enkaoua décida de quitter le territoire ibérique devenu inamical et dangereux et de mettre la mer entre lui et ce pays ennemi du judaïsme.
Ses pas le menèrent au Maroc. Il séjourna à Marrakesh. Il était en quête d’un havre de paix où il pourrait s’épanouir au sein d’une communauté dans laquelle il serait accueilli pour exercer ses fonctions rabbiniques. Il hésita pendant deux longues années à s’installer ici et là.
Malgré l’accueil chaleureux des Marrakshim (habitants de Marrakesh), il préféra se diriger vers la communauté juive de la ville Honein qui lui proposa un poste de juge rabbinique (dayan) et d’enseignant.
Cependant, après y avoir séjourné quelques mois, il décida de rejoindre la ville algérienne de Tlemcen où il exerça encore les fonctions de dayan et très vite il se rendit célèbre et d’illustres rabbins fréquentèrent son domicile pour y entendre l’enseignement de ce personnage dont la personnalité fut entourée de mystère. Néanmoins, les rabbins locaux n’accueillirent pas toujours de bonne grâce ces talmidé hakhamim espagnols de haut niveau halakhique ou talmudique.
A tel point que l’un des rabbins algériens de l’époque, se plaignit auprès du Rashbats à propos d’une décision rabbinique que prit Ephraïm Enkaoua sans en connaître tous les tenants et les aboutissants. Ephraïm Enkaoua répondit point par point à l’accusation et en profita pour dénoncer toute la médisance existant autour de son personnage.
LE MIRACLE : En partant de Honein pour se diriger vers Tlemcen, Ephraïm se joignit à une caravane de voyageurs. La caravane un vendredi après-midi arriva aux confins d’une forêt épaisse et le rav Enkaoua refusa de poursuivre sa route désirant s’interrompre pour célébrer le shabbat.
Le conducteur de la caravane le mit en garde car, à cette époque, se trouvaient de nombreux brigands qui n’hésitaient nullement à délester les voyageurs isolés de leurs moindres biens et parfois même les tuer pour éviter les témoignages embarrassants sans compter les bêtes sauvages qui, affamées, ne feraient pas cher de ces pauvres êtres.
Le soleil se couchant à l’horizon, le Sage commença à psalmodier les prières d’accueil du shabbat lorsque soudain un lion à l’allure menaçante se précipita vers cette clairière où se tenait Rabbi Ephraïm Enkaoua et se coucha à ses pieds.
A la fin du shabbat, le Rabbin se remit en marche vers Tlemcen et le lion se prosterna prenant le rabbin sur son dos. Un serpent surgit devant eux. Le lion se saisit de lui et le maintint dans sa gueule.
Par la suite, ce récit fut transmis comme une légende et le fait fut immortalisé par un dessin représentant le rabbin assis sur le dos du lion, saisissant le serpent comme des rênes tenues par la gueule du lion.
LES BIENFAITS : Jusqu’alors, les Juifs avaient le droit de séjourner et de travailler dans la ville de Tlemcen mais, il leur était absolument interdit d’y dormir. Pourtant, un jour, vint aux oreilles d’Ephraïm Enkaoua que la fille du gouverneur était malade et que son affection était inguérissable. Or, Ephraïm était aussi médecin.
Il demanda à être reçu pour prodiguer ses soins à la jeune malade et il réussit à la guérir. En récompense, le gouverneur s’engagea à exaucer la demande de Rabbi Ephraïm Enkaoua. Celui-ci demanda donc que dorénavant les Juifs reçoivent l’autorisation de demeurer dans Tlemcen. Ce fait fut salué avec enthousiasme par les Juifs de Tlemcen.
Ses connaissances en médecine étaient poussées et sans aucun doute en avance sur celles de l’époque.
Rabbi Ephraïm Enkaoua était non seulement un spécialiste en halakha et il rédigea un unique ouvrage : « shaâr kevod HaShem » dans lequel il apporte des réponses aux questions de son fils Rabbi Israël Enkaoua (au nom de son grand-père Israël Enkaoua le Saint).
Il fut aussi un grand philosophe et un excellent médecin, un grand théologien et cabbaliste mais aussi il composa des piyoutim (poèmes liturgiques).
LE RAB DE TLEMCEN : D’après certaines sources, il mourut en 1442 soit 5202 ce qui, retranscrit en hébreu sont les lettres hé-resh-beth : « harav » et ce surnom lui fut attribué. En fait il existe d’autres supputations parmi lesquels, comme d’autres Sages qui ont été déclarés « toujours vivants »……….
RAPHAEL ENKAOUA : Parmi les successeurs du Rab de Tlemcen, se trouve le Rav Rephaël Enkaoua né à Salé (ville jointe à la capitale marocaine Rabat) en 1848 et décédé à Salé en 1935.
Il fut l’un des rabbins modernes les plus célèbres et il fut le premier des grands rabbins du Maroc.
Lui aussi était un grand talmudiste, descendant[2]d’une dynastie de grands érudits. Il fut lui-même disciple de l’un des héritiers spirituels des rabbanim Asseraf du Maroc. Et il épousa la fille de son rav lequel effectua son aliya en Israël en 1879 ce qui désigna Rabbi Rephaël comme successeur au poste de dayan et pour diriger la yeshiva de la ville Salé.
Aux yeux des gouvernants français au début du Protectorat français au Maroc, fut instaurée la notion de « grand rabbin ». Bien que sa modestie légendaire lui fit refuser ce poste prétextant qu’il n’en était pas digne, les communautés juives du Maroc le désignèrent digne du titre de Grand Rabbin du Maroc !
Il fut aimé, apprécié, et respecté de tous Juifs, Musulmans ou Chrétiens et lorsqu’il mourut, une foule immense l’accompagna vers sa dernière demeure. Il rédigea des ouvrages parmi lesquels : Karné Re’em ou Paâmoney zahav…..
Lors des pèlerinages organisés au Maroc, on conseille aux femmes stériles de prier sur sa tombe.
Caroline Elishéva REBOUH
[1] En Israël, souvent, les descendants des familles Enkaoua ou El Enkaoua ont opté pour El Nekavé pour suivre la translittération du nom à consonance arabe.
[2] Son père Mordékhay Enkaoua et de Blanche fille du Rav Bibas Rephaël au nom duquel Rephaël Enkaoua fut nommé.

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