Consistoire : Les dérives d’un système agressif et confus

Après un temps d’attente et de silence, nous avons bien dû faire le constat inquiétant des dérives au sein du Judaïsme orthodoxe, représenté en France par le Consistoire central.

La première dérive est celle de la violence des propos et des écrits, tels ceux d’Alex Buchinger, administrateur du Consistoire qui attaque avec des arguments aussi fallacieux que désobligeants le Grand Rabbin de France, Haïm Korsia sous l’autorité spirituelle duquel les Statuts de son institution le placent. Ce manquement est aggravé du fait qu’A. Buchinger est avocat à la Cour et que ce n’est pas l’ignorance des règles juridiques mais la mauvaise foi qui lui inspire ses diatribes bien indignes d’une institution religieuse.
La leçon que lui ont infligée des sages de la Communauté juive de France, en la personne de deux Grands Rabbins Alexis Blum et René Guedj et du Président d’Honneur du Consistoire de Paris l’ont contraint à tenter de faire amende honorable dans un courrier des lecteurs d’Actualité juive le 9 juin dernier. Nous aurions aimé qu’il cesse de se prévaloir à toute occasion de « défendre à (son) niveau les valeurs d’un judaïsme authentique, fidèle au strict respect de la Halakha » et qu’il commence à en respecter, lui-même, les principes en présentant ses excuses directement aux personnalités que ses écrits ont offensées.

La seconde dérive est celle de l’atteinte portée aux droits des femmes au sein de l’Institution consistoriale par quelques « Dayanim » français et étrangers qui appellent le Grand Rabbin de France à s’opposer à une candidature féminine.

On peut comprendre que les Grands Rabbins étrangers qui méconnaissent le modèle consistorial de séparation des responsabilités entre dirigeants administratifs et autorités religieuses se soient temporairement laissé abuser par leurs collègues français. Mais lesdits collègues français ne peuvent ignorer cette séparation des rôles et leur participation à cette opération d’intimidation aura pour conséquence d’affaiblir leur autorité, parce qu’en se comportant en vulgaires partisans aux ordres d’un dirigeant politique, ils perdent leur capacité d’arbitres au-dessus des parties. On peut s’étonner ainsi que Michel Gugenheim, Grand Rabbin de Paris déjà mis en cause publiquement dans une lamentable affaire de transaction financière autour d’un Guet, en mars 2014 ou encore parce qu’il tentait d’influencer les électeurs lors de la dernière Assemblée Générale Extraordinaire du Consistoire de Paris le 29 novembre 2015, se risque à perdre le peu de crédit qui lui reste dans une autre tentative aventureuse.

Mais peut-être qu’après tout il s’est lui-même laissé abuser par la confusion des rôles que le Président Joël Mergui fait régner aux Consistoires de France et de Paris. Piètre commentateur de l’Histoire de la Shoah il n’avait pas hésité à sortir de son rôle de Président d’une institution religieuse, en affirmant sur Itélé le 6 janvier dernier « … jamais la communauté Juive ne s’est levée pour détruire l’Espagne qui les avait expulsés ni pour détruire la Pologne qui les avait gazés». De la même manière, il a installé la confusion des rôles entre fonction administrative et autorité religieuse, affaiblissant ainsi l’une et l’autre.

Nous avons, quant à nous, tenu à donner les points de vue du plus grand nombre d’acteurs communautaires sur ces deux dérives, en présentant les textes que nous mettons ici en cause et en publiant les réponses leur ont été faites.

Jean-Claude Lalou, Président d’Avenir du Judaïsme

Réponses des Grands Rabbins Alexis Blum et René Guedj aux attaques d’Alex Buchinger contre le Grand Rabbin de France Haïm Korsia et le Rabbin Moché Lewin

Réponse du Grand Rabbin Alexis Blum à Jean-Alex Buchinger

Maître Jean-Alex Buchinger,

Votre courriel du 20 mai dernier accusant  « le Grand Rabbin de France et son conseiller spécial (le rabbin et non monsieur comme vous l’écrivez) Moché Lewin de tendre les bras au judaïsme réformé » témoigne d’une inimitié inimaginable à l’égard d’éminents rabbins orthodoxes et au pire d’une certaine mauvaise foi. La présence de M. le Grand rabbin de France aux côtés de M. Bensahel, président de l’Union Libérale, n’est pas plus condamnable que l’invitation des 15 et 16 avril derniers pour une cérémonie commune de Yom Hachoa,  cosignée  par M. Marc Konczaty président du Mouvement Juif Libéral et M. J. Mergui, président du Consistoire. Ce dernier ouvre-t-il aussi les bras au judaïsme réformé. Permettez-moi une précision historique: les étudiants juifs n’ont pas comme vous le dites obtenu la suppression du micro le Chabbat, ni des chœurs mixtes à la synagogue de la Victoire en 1968. J’ai moi-même obtenu du président Elkann, lors de ma nomination en 1976 à la synagogue de la rue « Nazareth », la suppression du micro le Chabbat et des chœurs mixtes pour les mariages. À la Victoire et ailleurs le micro a fonctionné bien plus tard le Chabbat.

Puisque l’avenir du judaïsme consistorial vous tient à cœur, il me semble qu’il vaudrait mieux consacrer votre énergie et votre talent à améliorer d’autres situations vraiment inquiétantes:

N’est-il pas dommageable, pour une communauté aussi importante que celle de Paris, de n’avoir pas nommé depuis des années un Dayan pour succéder au rav Yirmiyahou Cohen?

J’attire votre attention sur la dramatique régression que constitue la fermeture de fait de la Bibliothèque de l’Ecole rabbinique qui contient une des plus riches collections d’Hebraica et de Judaïca d’Europe.

L’incurie des autorités de tutelle de la Bibliothèque devrait vous interpeller bien plus  que la dérive libérale fantasmée de certains rabbins.

Croyez, cher Maître, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs.

Alexis Blum
Grand Rabbin

Réponse du Grand Rabbin René Guedj à Jean-Alex Buchinger

Monsieur

Je trouve votre lettre insidieuse, irrévérencieuse et à la limite de la  vilénie d’une part et insultante et diffamatoire vis à vis des deux personnalités que vous mettez  en cause sans les mettre en copie, ce qui risque de m’inclure dans une calomnie que je ne tiens pas à partager avec vous

Les situations allusives que vous insinuez ont été évoquées au cours du Congrès Rabbinique et débattues sereinement, fermement  et dans l’intérêt de l’épanouissement de notre communauté dans la dignité le Chalom et le respect de la halakha.

Avec mes salutations,

Le grand rabbin René GUEDJ

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Lettre de Moïse COHEN, président d’Honneur du Consistoire de Paris, en réponse aux dérives de certains membres du Consistoire


Messieurs les Grands Rabbins,

Messieurs les Rabbins,

Messieurs les Présidents,

Me Alex  BUCHINGER, avocat  élu au Consistoire de Paris sur la liste de Joël MERGUI  est un juriste  habile, car il sait retourner les situations à son profit, quand cela l’arrange. Une de ses manœuvres consiste notamment à  brouiller les pistes en détournant le débat, pour  abuser les différentes personnes concernées, et les conduire hors du sujet en cause.

Il vient de faire une démonstration de ce procédé, en conduisant délibérément ceux qui le lisent – et ils sont nombreux –vers un thème qui n’a rien à voir avec l’actualité communautaire.

Pourquoi, à quelques semaines de l’élection du Président du Consistoire Central de France venir attaquer le mouvement libéral ou les Massortis et agresser gratuitement au passage le Grand Rabbin de France Haïm KORSIA et le Rabbin Moché Lewin ? Il cite des faits qui remontent à  2015 et qui ne sont pas des sujets qui méritaient aujourd’hui de les livrer sur la place publique.

Cela cache quelque chose, à l’évidence.

En fait, la question de ce jour est uniquement celle-ci : une femme peut-elle se présenter à la présidence du Consistoire Central de France ? En fait, et en se référant aux statuts de l’institution, rien ne s’y oppose puisque cette fonction est exclusivement administrative et dévolue à  la pure gestion de l’organe central  et de l’école rabbinique.

Me BUCHINGER, en sa qualité de juriste, ne peut ignorer le précédent jurisprudentiel à la faveur duquel Madame Janine ELKOUBY a été reconnue parfaitement apte à exercer de hautes fonctions au sein du Consistoire de Strasbourg.

Il appartient au Grand Rabbin de France, quant à lui, d’exercer son ministère spirituel, d’encadrer les grands rabbins régionaux et de définir sa vision de la Communauté, en fonction des canons de la Halacha et de l’évolution perpétuelle des idées, dans un contexte spécialement névralgique.

La vérité, n’en déplaise à Me BUCHINGER, c’est que les fanatiques et autres intolérants, sont fous de colère de constater qu’une FEMME ose courageusement  les défier, ose s’élever contre des pratiques d’un autre âge, ose s’élever contre le système ,mis en place, qui entretient une confusion inadmissible entre le rôle administratif  et le rôle spirituel.

Plusieurs tentatives ont été faites par des dayanim, des rabbins et des administrateurs pour écarter cette candidature, contraire à leurs plans. Ils ont échoué parce que la loi est du côté  de Madame Evelyne GOUGENHEIM .Le courrier que vient de vous envoyer Me BUCHINGER est une nouvelle diversion, pour faire en sorte que cette candidature disparaisse de l’actualité.

Nous ne laisserons pas faire cette nouvelle manœuvre politicienne.

Messieurs les Grands Rabbins, Messieurs les Rabbins, Messieurs les Présidents, je reste, cordialement vôtre.

Moïse COHEN, Président d’Honneur du Consistoire de Paris

 

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Pour un Judaïsme d’ouverture et de fidélité, par Franklin Rausky et Raphy Marciano

Les Juifs, en France, en Europe et dans le monde entier affrontent de nos jours de nombreux défis : l’éducation des nouvelles générations dans la fidélité à nos valeurs ; la défense des  droits légitimes de l’État d’Israël face à l’hostilité de ses ennemis et de ses détracteurs ; le combat déterminé et énergique contre l’antisémitisme et ses agressions meurtrières ; l’opposition résolue aux négationnistes qui prétendent occulter la tragédie de la Shoah ; la défense du droit des Juifs à pratiquer pleinement et entièrement leurs normes de vie religieuse, aujourd’hui contestées et menacées (circoncision, abattage rituel, calendrier hébraïque…).

Nous devons unir toutes nos forces dans un effort commun pour l’avenir du peuple juif : un effort auquel tous les Juifs, sans exception peuvent et doivent participer au-delà de leurs différences politiques, culturelles et religieuses, car il n’y a pas plusieurs peuples juifs, il y a un seul et unique peuple juif, formé la totalité de nos frères. Dans cette action pour notre futur commun, il faut saluer la remarquable volonté du nouveau Grand Rabbin de France Haïm Korsia qui, depuis sa brillante élection à la plus éminente fonction religieuse du judaïsme de notre pays, a consacré tout son temps et toute son énergie au dialogue avec les Juifs de France de toutes tendances, et de toutes sensibilités. Dans le dialogue fraternel, il a su être à l’écoute de toutes les inquiétudes, tout en restant strictement fidèle aux enseignements de la loi juive traditionnelle (Halakha).

Une attitude d’ouverture et de rencontre qui s’accompagne d’un processus de dialogue constructif et créatif avec toutes les confessions religieuses, avec la société civile, avec les pouvoirs publics et avec le monde de la culture.
Nous sommes fiers d’appartenir à une communauté ayant à sa tête un chef spirituel de cette dimension : membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques de l’Institut de France, la plus prestigieuse institution savante de la nation ; lauréat du prix Scopus de l’Université Hébraïque de Jérusalem, pour son œuvre sociale, culturelle et humanitaire de haut niveau.
Hélas, notre fierté n’est pas partagée par certains esprits marqués par la crispation et l’enfermement sous le masque d’une prétendue défense de la tradition.

La récente lettre adressée par Me Alex Buchinger, administrateur du Consistoire, au corps rabbinique français nous a surpris et choqués par le style hargneux de ses réquisitoires à l’égard du Grand Rabbin de France et par l’incroyable indigence intellectuelle de son argumentaire.

Cette lettre a fait allusion à la candidature d’une femme à l’élection du Consistoire Central. Pourtant rien de scandaleux dans cette candidature.
Me Buchinger, qui est avocat à la Cour de Paris ne peut pas ignorer que les femmes, au même titre que les hommes sont éligibles à toutes les fonctions civiles.
Des instances communautaires, (y compris en Israël où des femmes siègent depuis plusieurs années au sein des «Moatsoth Dattioth », conseils religieux censés organiser la gestion du culte juif).
Me Buchinger, est-il hostile à l’égalité des sexes dans les fonctions civiles des communautés ? Il faudrait être absolument clair sur cette question sociétale de la plus haute importance.

L’auteur de la missive incendiaire s’indigne de la conférence donnée par le Rabbin Moshé Lewin, conseiller spécial du Grand Rabbin de France, dans un cadre, très pluraliste et universitaire, consacré au panorama des religions contemporaines, à l’Institut d’Etudes Politiques (Sciences-Po) de Paris.
Ce qui déclenche la colère de Me Buchinger n’est pas le contenu de la conférence du Rabbin Lewin (sait–il, au moins, quelles sont les idées proposées par le conférencier ?) mais le fait que Madame Pauline Bebe, de la Communauté Juive Libérale intervient également dans ce cycle.
Il ne s’agit pas d’une intervention conjointe, mais de la présentation pour le public étudiant de la diversité de  courants dans le judaïsme contemporain, à travers des conférences séparées.
Dans le cycle, le Rabbin Lewin a présenté la vision du Judaïsme orthodoxe. D’autres conférenciers ont présenté leurs visions respectives. Où est le problème ?
L’Institut d’Etudes Politiques (Sciences-Po) n’est pas une boucherie cachère sous la surveillance du Beth-Din de Paris. C’est un établissement public et laïc d’enseignement supérieur qui invite en toute liberté ses orateurs sans demander l’approbation des autorités ecclésiastiques. Nous ne pouvons de notre part que saluer la belle initiative de Sciences-Po, qui permettra à des étudiants, des universitaires de connaître et de confronter la richesse et la diversité des idées religieuses en France.

Plus grave encore est la critique totalement infondée contre le Grand Rabbin de France qui a rendu un juste hommage à l’œuvre de réconciliation entre Juifs et Chrétiens, et particulièrement à la déclaration Nostra Aetate, du Conseil Œcuménique Vatican II, au cours d’une cérémonie en présence de représentants de tous les courants religieux du Judaïsme avec le soutien ferme et l’encouragement chaleureux de l’ancien Grand Rabbin de France, René Samuel Sirat.

Il est étrange et même fort surprenant qu’un administrateur du Consistoire ignore que les relations du Judaïsme avec les autres cultes sont organisées au niveau mondial par le Conseil Juif International pour les Relations Inter-Religieuses, où siègent des représentants de tous les courants (orthodoxes, conservateurs, reformés) dans la plus parfaite unité d’action, pour faire en sorte que le Judaïsme parle d’une seule voix face aux autres familles spirituelles. Le Consistoire veut-il se démarquer de cette instance de dialogue ?

Me Buchinger se disqualifie lorsqu’il affirme sans rire que le judaïsme français court le risque de revenir à la période d’avant 1968, qu’il présente assez sommairement, comme un judaïsme léger et inconsistant.

C’est une offense inqualifiable à la figure remarquable du Grand Rabbin Jacob Kaplan qui était à la tête du judaïsme français dans cette époque difficile de reconstruction après l’horreur de la guerre. Au Rav Rahamim Naouri, Dayan éminent à qui on doit toute l’organisation du judaïsme.
C’est aussi une insulte à l’institution consistoriale, à ses présidents Alain de Rothschild et Jean-Paul Elkann et à leurs actions énergiques pour la renaissance d’une communauté meurtrie.
Il ne faudrait pas laisser sans réponse cette grotesque caricature du judaïsme consistorial de France, dans les années de l’après-guerre.
Les Juifs de notre pays n’ont pas besoin de querelles mesquines, ils souhaitent un vrai, un authentique débat. Un débat sans exclusions, ni anathèmes.
Il faut retrouver l’esprit classique du judaïsme français, une voix du juste milieu, d’équilibre, de mesure, dans la fidélité à la loi religieuse, certes, mais aussi, loin de tout fanatisme, de toute radicalité, de tout extrémisme.

Face à ces attaques, le moment est venu de renouveler notre soutien à la ligne fédératrice et ouverte du Grand Rabbin de France pour un judaïsme fidèle aux messages de nos maîtres et prophètes, et sensible aux questionnements de la société moderne.

Franklin Rausky et Raphy Marciano

 

2 Commentaires

  1. toujours la même bande de looser et de has been qui vocifère sans arguments rééls, ces attaques personnelles n’interessent pratiquement que leur microcosme la communauté dans son ensemble n’en n’a cure

  2. messieurs les grands rabbins, messieurs les petits rabbins,
    blablabla
    j’ai rien lu, j’ai rien vu, mais de grâce, remettez de l’ordre dans la thora: publiez.la dans son intégralité, dans son intégrité, j’oserai dire, telle qu’elle nous a été donnée par Mosché, telle que nous l’avons retrouvée à Qumran.

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