« L’Amérique doit donner son sang pour les principes qui l’ont fait naître ». Devant le Congrès le 6 avril 1917, Woodrow Wilson, 28e président des États-Unis, obtient l’entrée en guerre de son pays contre l’Allemagne, rompant ainsi avec trois années de -quasi- neutralité (l’Oncle Sam fournissait déjà en matériel les armées de la Triple-Entente).

Au mois de juin, les premières troupes américaines menées par le général Pershing débarquent en France.

Au total, ce seront 42 divisions qui seront déployées via les ports de Saint-Nazaire et de Boulogne-sur-Mer.

Au moment de la signature de l’armistice le 11 novembre 1918, ce sont près de deux millions de soldats américains qui sont présents sur le territoire.

Cent ans plus tard, Donald Trump -qui était l’invité d’honneur du 14-Juillet en 2017- comptera bien sûr ce dimanche 11 novembre parmi les quelque 70 dignitaires à assister à la cérémonie hors normes organisée à l’Arc de Triomphe à Paris, aux côtés de Vladimir Poutine, Angela Merkel, Justin Trudeau ou encore Recep Tayyip Erdogan.

Pour un haut responsable américain, la visite de Donald Trump « est une opportunité historique d’honorer le sacrifice » des soldats.

Si l’intervention américaine est en effet « un fait majeur qui méritait d’être commémoré dans le cadre du centenaire de la Grande Guerre« , pour reprendre les mots de l’Elysée en 2017, l’entrée en guerre des États-Unis a-t-elle été si décisive? Comme bien souvent en histoire, les choses sont un peu plus compliquées.

« Un souffle nouveau »

Pour comprendre l’intervention américaine, il faut en saisir le contexte. « Nous sommes au printemps 1917, au moment où le doute gagne les troupes européennes, où il y a des mutineries dans l’armée française après tous les échecs des offensives de 1916 et 1917 », explique au HuffPost Walter Bruyères-Ostells, historien spécialisé en histoire militaire, professeur à Sciences Po Aix.

« Donc c’est sûr que ça apporte un souffle nouveau », poursuit-il.

Du côté des alliés, des doutes sont exprimés quant aux capacités militaires de ces soldats que personne en Europe n’a vu combattre.

Pour autant, ceux-ci sont « rapidement dissipés, puisque les troupes américaines, pas très nombreuses au début, tiennent plusieurs villages importants, notamment sur la ligne de front en Picardie », précise le chercheur.

Autre élément de contexte à prendre en compte: la capitulation des Russes sur le front de l’Est.

La signature du Traité de Brest-Litovsk change le rapport de force démographique en faveur de l’Allemagne.

« Depuis Verdun, l’équilibre démographique obsède les Français », rappelle Walter Bruyères-Ostells.

Dans cette guerre de position engendrant d’immenses pertes humaines, l’arrivée en nombre de soldats supplémentaires « soulage très fortement » les alliés, notamment du côté de l’opinion.

Un tournant dans la guerre?

Quand les États-Unis décident d’entrer en guerre, il est décidé d’intervenir « aux côtés » de la Triple-Entente, et non de s’y intégrer.

« Pershing a d’abord été indépendant du commandement interallié. Mais après un revers en mars 1918, il a fini par accepter de placer les troupes américaines sous Foch », rappelle Walter Bruyères-Ostells.

Car sur le terrain, il s’avère que les troupes américaines ne « bouleversent pas le rapport de force ».

C’est davantage sur le plan matériel que les Américains vont considérablement changer la donne.

« L’entrée en guerre officielle des États-Unis permet l’accélération très forte de fournitures de matériel ». Autre conséquence directe de la décision de Washington: « l’arrivée des tanks en 1918, qui joueront un rôle important dans la victoire ».

Donc « la participation des États-Unis est en partie décisive, mais en partie seulement », note l’historien.

À noter que des Américains avaient précédé la décision de leurs pays d’entrer en guerre.

Bien avant les premiers débarquements au printemps 1917, des volontaires s’étaient engagés dans la Légion étrangère ou dans la célèbre « escadrille Lafayette ».

« Un petit groupe d’Américains avaient fondé cette unité aérienne, baptisée ainsi en hommage à l’aide française pendant la guerre d’indépendance », précise le chercheur.

Ces derniers sont devenus célèbres en rapportant « plusieurs victoires sur les Allemands », poursuit Walter Bruyères-Ostells, précisant qu’ils ont ensuite été placés sous commandement américain au moment de l’entrée en guerre des États-Unis.

 Romain Herreros

Le HuffPost

2 Commentaires

  1. Etrange question à laquelle il faut répondre oui sans hésiter. Par deux fois les Etats Unis ont sauvé l’Europe et particulièrement la France.
    J’ai trouvé le discours de Macron particulièrement ingrat si ce n’est insultant vis à vis des USA et de son président.

  2. « Donc “la participation des États-Unis est en partie décisive, mais en partie seulement”, note l’historien. »
    Le puit est à vous, mais l’eau est à nous, dirent les Philistins aux foreurs des puits d’Isaac
    On ne peut pas déclarer tout et son contraire en même temps.
    Déclarer la guerre pour préserver la paix…?
    Decisif signifie certain, sans conteste obligatoire. Dont on ne peut se passer.
     » en partie » atténue donc le decisif.
    Et l’annule.
    C’est simplement dégueulasse pour ceux qui sont venus mourrir loin de chez eux pour un ideal Humain. Cette Europe a payé et continue de casquer pour cette odieuse ingratitude. Si les profits sans scrupules ne l’avaient pas aveuglée, tous les pays du vieux continents auraient du élire les USA champion de la Liberté et demander à créer les Etats Unis du Monde.
    Et peut-être serions-nous entrés, enfin, dans l’ere messianiques, de plein pied..
    Mais le projet aurait exclu l’aspect hautement spirituel qui devait en emmerger. Aussi le Maitre de la Providence les a laissés dans leurs turpitudes de pillages et exploitations mutuels de leurs frères humains, dont les ressources de leur pays.
    Malraux disait, prophetiquement, que le 21ème siècle serait spirituel, ou ne sera pas.
    Ysraël porte toujours le modèle le plus performant. Et il montre l’exemple de ce que les Nations n’ont pas su ou voulu faire, lors de leurs guerres, en larguant leurs chapelets de bombes sur les populations civiles, imposant des arrets d’hostilités (armistices éphémères ) qui préparent les débuts des prochaines.
    Et elles viennent nous parler de « retenue ». À l’armée la plus morale du monde, qui pilpoule (tergiverse) sur chaque opération…

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