Le marché de l’offre politique “d’opposition” à Emmanuel Macron ressemble de plus en plus à un duopole, selon un sondage exclusif réalisé par Opinion Way pour l’analyste politique Chloé Morin, qui nous le décrypte.

Domination écrasante du RN

Le marché de l’offre politique “d’opposition” à Emmanuel Macron ressemble de plus en plus à un duopole. Si Marine Le Pen domine de loin, avec 53% des Français considérant qu’elle fait partie des deux meilleurs opposants au Président, elle devance non pas le leader du 3e bloc politique Jean-Luc Mélenchon, mais… son propre dauphin, Jordan Bardella. Plus impressionnant encore, 13% des Français désignent Bardella en premier comme meilleur opposant, soit davantage que ceux qui choisissent Mélenchon en premier (10%).

Alors certes, “meilleur opposant” ne veut pas dire “opposant le plus souhaitable”. Une autre question vient donc compléter la première : qui est l’opposant le plus crédible (la encore, 2 réponses possibles). Et là, loin du discours porté par de nombreux analystes et journalistes qui considèrent que Marine Le Pen “ne travaille pas”, “ne connaît pas ses dossiers”, les Français la désignent à 42% comme opposante la plus crédible… encore une fois, devant Jordan Bardella à 24%. À 17% de citations totales, Mélenchon est encore une fois relégué loin de ses adversaires politiques.

Et pour l’avenir?

Mêmes résultats, ou presque. Marine Le Pen est la personnalité dont les Français sont les plus enclins à souhaiter qu’elle joue un rôle plus important dans les années qui viennent, à 28%. Nous retrouvons ici peu ou prou son socle électoral, quasi indéfectible. En deuxième position, nous retrouvons Jordan Bardella, au même niveau qu’Edouard Philippe, à 21%. Le patron du RN, qui rappelons le n’a pas encore 30 ans, fait même jeu egal avec Marine Le Pen et Édouard Philippe auprès des électeurs de droite modérée (33%). Gabriel Attal, que les journalistes sont de plus en plus nombreux à désigner comme futur adversaire préféré de Bardella, obtient 5 points de moins que lui – 16% souhaitent lui voir jouer un plus grand rôle à l’avenir. Il pâtit sans doute du poids des responsabilités et d’un bilan, celui d’Emmanuel Macron, fortement contesté par une partie des Français.

Dans la cabine téléphonique de la droite…

Si l’on observe l’ensemble des personnalités susceptibles d’incarner la droite à la présidentielle prochaine, force est de constater que Laurent Wauquiez est très loin de s’imposer naturellement. Xavier Bertrand, qui entretien une présence médiatique régulière, fait au moins aussi bien que lui : 10% le désignent comme meilleur opposant à Macron, au même niveau que Wauquiez, devant Ciotti à 7%, et Lisnard, qui pâtit encore d’une faible notoriété. Sa réélection à la tête de l’AMF pourra-t-elle lui fournir une tribune efficace pour se faire mieux connaître des Français? Là est la question. En tout état de cause, le match chez LR n’est pas plié.

En dehors d’Édouard Philippe et Bruno Le Maire, les personnalités de droite dont les Français souhaitent qu’elles pèsent davantage à l’avenir sont Xavier Bertrand (9%, même score que Gérald Darmanin), Wauquiez (8%), et enfin Ciotti et Lisnard.

Chez les électeurs de droite modérée, Attal et Le Maire arrivent à 21%, derrière le trio Le Pen/Bardella/Philippe (33%). En 3e rang, Darmanin devance de peu Maréchal et Bertrand. Wauquiez arrive ensuite, devançant de peu Éric Zemmour.

Passation de pouvoirs à gauche ?

À gauche, l’affaissement de Mélenchon est réel. 24% des Français le citent comme “meilleur opposant” à Emmanuel Macron (2 réponses possibles), contre 53% pour Marine Le Pen. Surtout, 10% le citent en premier, ce qui est moins que Jordan Bardella (13%).

Et si 58% des Français d’extrême gauche en font toujours le meilleur opposant, au sein de la gauche modérée le leader insoumis est fortement concurrencé par François Ruffin – ils obtiennent tous deux 36%… devant Marine Le Pen (34%) et Fabien Roussel (31%).

D’ailleurs, si l’on regarde les réponses de l’ensemble des Français, Ruffin est placé en tête des meilleurs opposants par 9%, soit un petit point de moins que le score obtenu par le chef des insoumis. Quand on leur demande quel opposant est le plus crédible, Ruffin devance même Mélenchon de 1 point. Enfin, avec 14%, François Ruffin est la personnalité de gauche la plus attendue pour les années qui viennent. Devant Mélenchon (10%) et Roussel (8%).

La fin des partis de gouvernement ?

Personne n’aurait pu imaginer, quelques mois avant la dernière présidentielle, que les deux partis de gouvernement qui ont gouverné notre pays pendant la plus grande partie de la Ve République pèseraient moins de 10%. Peuvent ils se relever, à l’ombre de LFI et du RN? Avec 7% de Français désignant Faure, tout comme Ciotti, meilleurs opposants, il est permis de douter de l’avenir de LR et du PS. L’explication? Singer un plus grand que soi ne fait qu’accélérer les transferts de vote en sa faveur. Si les idées du RN et de LR sont les mêmes, pourquoi voter pour un parti qui fait moins de 10%, au lieu de gagner avec le RN? La mécanique est exactement la même avec le PS et LFI. À ce stade, ce sont plutôt ceux qui apparaissent vraiment différents de Mélenchon, par leurs offres idéologiques et leurs personnalités, qui tirent les marrons du feu – à savoir Ruffin et Roussel.

2023, la grande confusion

Longtemps, quelques partis ont structuré la vie politique, les habitudes de vote étaient bien moins volatiles qu’elles ne le sont aujourd’hui. Il y avait un “bloc de gauche”, et un “bloc de droite”, au sein desquels s’effectuaient la plupart des transferts au cours d’une campagne présidentielle. Désormais, avec la fracture de 2017 d’abord, la plupart des repères politiques sont brouillés. Et l’émergence d’une tripolarisation de la vie politique ne semble pas véritablement avoir apporté une nouvelle stabilité au jeu politique. L’observation des réponses aux questions posées par opinionway montre bien que l’électorat qui s’identifie comme de droite modérée, par exemple, peut souhaiter que pèsent davantage à l’avenir des personnes aussi différentes que Philippe, Le Pen, Bardella, ou dans une moindre mesure Attal, Le Maire et Bertrand. Tous ne s’inscrivent pas dans le même espace politique, n’ont pas les mêmes priorités, mais pourraient attirer les mêmes électeurs. Au sein de la gauche modérée, la confusion règne aussi mais c’est le déficit presque abyssal d’offre politique qui marque le plus l’analyste: hormis Ruffin et Roussel, personne ne semble susciter le moindre engouement, en dehors de fractions marginales de l’électorat. Mais là encore, alors que le Parti socialiste a dominé cet espace politique depuis des décennies, on constate l’ampleur de l’échec de la stratégie d’union derrière LFI: à 14%, Faure se place en effet derrière Philippe et Attal, qui obtiennent 17%.

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