Journée mondiale contre le cancer : « L’effort fait en faveur de la recherche est insuffisant »

Claude Tendil, président de la Fondation de l’ARC note que si la recherche en cancérologie progresse en France, les moyens financiers restent insuffisants. Près de 400 000 Français sont diagnostiqués d’un cancer chaque année.

En France, on estime que 3,8 millions de personnes vivent avec un diagnostic de cancer. Près de 400 000 nouveaux cas sont détectés chaque année. Le cancer reste aujourd’hui la première cause de mortalité en France.

Seule la recherche peut permettre de mieux comprendre la maladie et d’améliorer sa prise en charge. La fondation de l’ARC finance depuis 60 ans la recherche en cancérologie sous toutes ses formes (fondamentale et clinique) et les chercheurs. A l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, ce vendredi 4 février, le président de la Fondation, Claude Tendil, revient pour notre journal sur l’état de la recherche en cancérologie.

Où en est la recherche sur les cancers en France ?

La recherche progresse. Elle a progressé lentement : il fut un temps où on enregistrait un progrès tous les 50 ans. Mais le progrès s’améliore : l’immunothérapie est apparue en 2010, alors que la médecine de précision et la thérapie ciblée (qui permettent d’aller à la source du cancer en évitant de léser les cellules environnantes) avaient été découvertes en 2000.

Aujourd’hui, on guérit 60% des cancers. On espère arriver à deux cancers sur trois en 2025. Il va falloir continuer à mobiliser beaucoup de ressources. On essaye d’améliorer l’existant : la radiothérapie, les thérapies ciblées, progrès génomiques dans le séquençage des cellules mais aussi on cherche de nouvelles solutions. L’épidémie de Covid-19 montre que mettre de l’argent dans la recherche, c’est gagner du temps. Avec les milliards qui ont été investis, on a trouvé l’ARN messager en un an, contre 10 ans pour créer un vaccin en temps normal. Plus on met de l’argent dans la recherche, plus on accélère les processus de solution et de guérison.

Le cancer reste la première cause de mortalité en France. Comment l’expliquer ?

Le mot cancer fait peur. On préfère dire « il est mort d’une longue maladie ». On en parle quand ça touche des célébrités, comme Bernard Tapie, Florent Pagny. Il faut que ce soit des personnalités médiatiques qui acceptent de partager leurs épreuves pour qu’on en parle.

Il faut sensibiliser les gens à donner, pour accélérer les progrès de la recherche. C’est comme ça qu’on continuera à faire des progrès.

Y-a-t-il des cancers pour lesquels la recherche avance moins vite ?

Il y a des cancers de mauvais pronostics, comme le cancer du pancréas. L’espérance de vie à 1 an et 5 ans est relativement faible.

Un des compétiteurs de l’émission Koh Lanta est mort d’un cancer du pancréas. Denis Brogniart, qui est l’un des soutiens de notre fondation, a lancé un appel aux dons. En quelques minutes, on a pu lever un peu plus d’un million d’euros pour la fondation. On a affecté une grande partie de ce million à des travaux développés à l’IHU de Strasbourg, dont l’un des projets vise à améliorer le diagnostic du cancer du pancréas en développant des outils numériques permettant de faire un diagnostic précoce. S’il y a un diagnostic précoce, les chances de guérison et d’amélioration de la longévité sont plus fortes.

Les cancers pédiatriques sont aussi un sujet majeur. Ils sont dans nos priorités de financement depuis cinq ans. On a beaucoup investi dans ce secteur (19 millions d’euros sur la recherche pédiatrique). C’est une de nos priorités car il faut guérir mais aussi s’assurer que les conditions de vie des enfants sont satisfaisantes après la guérison.

Quel impact a eu la pandémie sur la recherche pour le cancer ?

En 2020 il y a eu un ralentissement. Les laboratoires ont été fermés et un certain nombre de travaux de recherche ont été suspendus. Nous avons prolongé le financement pour les jeunes chercheurs pour qu’ils ne soient pas pénalisés par ces suspensions. Nous avons également lancé un appel aux chercheurs pour voir les liens entre Covid et cancer, et débloqué 500 000 euros de fonds pour faire des recherches sur les liens.

On est en train de voir ce que la technologie de l’ARN messager, utilisée pour les vaccins anti-Covid, peut amener sur certains types de cancer. Mais on est au tout début de la recherche, donc c’est difficile de dire sur quoi ça débouchera. Mais c’est parce qu’il y avait des recherches en oncologie depuis quinze ans sur l’ARN que l’on a pu l’utiliser pour les vaccins anti-Covid aussi rapidement.

Y-a-t-il également eu un retard dans la prise en charge et le diagnostic avec le Covid-19 ?

Comme les hôpitaux ont été bloqués, un certain nombre d’opérations, d’actes ont été décalés. Il y aura des conséquences, mais on ne sait pas de quelle ampleur. Les traitements en cours n’ont pas été arrêtés, les chercheurs et médecins ont été mobilisés mais il y a pu avoir des retards dans la prise en charge.

La recherche en cancérologie est-elle suffisamment attractive en France ?

Il y a deux ans, nous avons a eu deux femmes prix Nobel : une en chimie, mais elle travaille en Allemagne, et une en économie mais elle travaille aux Etats-Unis. Si on avait des conditions financières satisfaisantes, elles auraient travaillé en France. Elles n’avaient pas les conditions requises pour exploiter leur talent.

On essaye de convaincre les pouvoirs publics que l’effort fait en faveur de la recherche est insuffisant. Les institutions comme l’ARC financent 40% du total du budget de la recherche française en cancérologie, qui est de 190 millions d’euros. Quand on compare aux Etats-Unis, on voit qu’il y a un décalage dans les moyens à disposition.

Quels sont vos sources de financement ?

Nous faisons uniquement appel à la générosité du public, nous n’avons pas de subventions. On a entre 150 000 et 200 000 personnes qui font des dons. Ça va de dons modestes à quelques milliers d’euros. On bénéficie aussi de legs, des gens qui souhaitent léguer une partie de leurs avoirs à une fondation pour aider au financement de la recherche.

C’est grâce à la générosité, notre capacité de conviction et le relais ainsi que les aides qu’on peut nous apporter en relayant notre message qu’on peut avancer.

Par Cyrielle THEVENIN  www.ledauphine.com

Claude Tendil. Photo H. Thouroude/Fondation de l’ARC

 

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