Cachemire: 17 soldats indiens tués dans une attaque contre la base d’Uri

mediaLes forces de sécurité indiennes à la frontière pakistanaise dans la ville de Srinagar, au Cachemire indien, le 27 août dernier.REUTERS/Danish Ismail

Attentat terroriste contre une base militaire dans la région du Cachemire, tôt dans la matinée ce dimanche 18 septembre 2016. Dix-sept militaires indiens ont été tués dans l’assaut, selon l’armée indienne. Région sensible disputée par le Pakistan, le Cachemire est en ébullition depuis plus de deux mois. Plus de 80 personnes ont été tuées lors de manifestations violemment réprimées par les forces de sécurité.

Un commando terroriste lourdement armé s’est infiltré vers 5 h du matin à l’intérieur d’une base militaire de l’infanterie à Uri, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Srinagar, la principale ville de la région, où sont déployés des centaines de soldats indiens à la frontière pakistanaise.

Munis de grenades et d’armes automatiques, les assaillants ont tué et blessé de nombreux militaires indiens, relate notre correspondant à New Delhi, Antoine Guinard. Des tentes abritant des soldats se sont enflammées, relate l’armée. Les troupes d’élite indiennes ont été déployées par hélicoptère pour neutraliser le commando.

Quatre assaillants ont été abattus peu après 10 h, mettant fin à l’assaut. La traque d’éventuels complices a été lancée. D’après le porte-parole de l’armée, les rebelles avaient d’abord attaqué une base de l’infanterie proche de la Ligne de Contrôle (LOC). L’armée informe qu’elle a entrepris de passer au peigne fin la zone pour retrouver d’éventuels autres rebelles.

Des milliers de personnes bravent le couvre-feu imposé

Plusieurs soldats blessés lors des affrontements ont été hospitalisés à Srinagar, selon un gradé de l’armée cité par l’Agence France-Presse. En décembre 2014, huit militaires et trois policiers avaient été tués lors d’une attaque terroriste à proximité de cette même base d’Uri. Mais le raid du jour est l’attaque la plus meurtrière visant l’armée indienne depuis plusieurs années au Cachemire.

Dans cette région, une rébellion armée contre New Delhi a éclaté en 1989. « Nous condamnons fermement la lâche attaque terroriste d’Uri, a réagi le Premier ministre indien Narendra Modi sur le réseau social Twitter ce dimanche. J’assure à la nation que ceux qui sont derrière cette attaque méprisable ne resteront pas impunis. »

Le Cachemire connait depuis début juillet sa pire vague de violence depuis six ans et la tension continue de monter dans la région. Samedi, des milliers de personnes ont bravé le couvre-feu imposé par l’armée, afin d’assister à l’enterrement d’un garçon âgé d’une dizaine d’années, dont le corps a été découvert criblé de billes en plomb.

« Soutien continu et direct du Pakistan au terrorisme »

Des dizaines de civils ont été tués ou gravement blessés par les carabines à plomb utilisées par les forces de sécurité lors des manifestations qui se sont multipliées ces deux derniers mois. Mais c’est la mort d’un jeune militant séparatiste abattu par l’armée le 8 juillet, un chef du Hizbul-Moudjahidine du nom de Burhan Wani, qui a rallumé la flamme indépendantiste au Cachemire.

Dans cette région, où l’armée est perçue par une grande majorité de la population comme une force d’occupation étrangère, personne n’a revendiqué le raid du jour. En revanche, l’Inde accuse régulièrement des rebelles basés au Pakistan de franchir la LOC, qui sépare les deux pays, pour cibler ses forces.

Le ministre indien de l’Intérieur, Rajnath Singh, n’y est d’ailleurs pas allé de main morte, accusant ce dimanche le Pakistan d’être un « Etat terroriste ». Il a mis en cause le « soutien continu et direct du Pakistan au terrorisme et à des groupes terroristes ». Après sa mort, Burhan Wani avait été décrété martyr par le Premier ministre pakistanais.

Les relations bilatérales vont mal entre l’Inde et le Pakistan

Gilles Boquerat, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique, souligne sur les antennes de RFI que le climat s’est fortement dégradé entre les deux pays : « Ça fait un petit moment que les relations entre New Delhi et Islamabad sont tendues. Delhi a notamment décidé d’adopter une politique de fermeté vis-à-vis de la conférence sur Riyad, qui réunit un certain nombre de groupes autonomistes, voire indépendantistes cachemiris », rappelle-t-il.

« Le parti au pouvoir à Delhi, le BJP du Premier ministre Modi, a toujours été hostile à l’article 370 de la Constitution, qui historiquement donnait une très large autonomie à l’Etat du Jammu-et-Cachemire, ajoute M. Boquerat. D’ailleurs, régulièrement, le BJP demande l’abrogation de cet article, mais pour cela il faudrait qu’ils aient une majorité de deux tiers au Parlement, ce qu’ils n’ont pas encore. »

« Les relations bilatérales vont mal entre l’Inde et le Pakistan, et généralement, quand elles vont mal, ça se traduit aussi par une reprise des tensions au Cachemire, instrumentalisées forcément par aussi certains groupes au Pakistan », conclut le chercheur.

rfi.fr

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