Balkany : son argent vient de son père rescapé d’Auschwitz

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Procès Balkany : « J’aurais préféré prendre un café avec vous »

Comme il l’avait promis mardi, Patrick Balkany n’a pas gardé le silence mercredi.

par Pierre-Antoine Souchard le 16 mai 2019

Presque intarissable fut l’édile de Levallois-Perret. L’homme rongeait son frein depuis l’ouverture du procès lundi devant la 32e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Son épouse, également poursuivie, est hospitalisée après une tentative de suicide. Cette première semaine est consacrée au volet fraude fiscale du dossier (v. Dalloz actualité, 15 mai 2019, art. P.-A. Souchard) .

Pour l’administration fiscale, il y a une inadéquation entre le train de vie des époux Balkany, leurs revenus déclarés et la détention, via des sociétés off shore dans des paradis fiscaux plus ou moins exotiques, d’un patrimoine immobilier.

Patrick Balkany, costume bleu roi, cravate bleu pâle et teint alternant entre le rosé et le rouge, s’est attaché à démontrer que ni sa femme ni lui n’étaient d’horribles fraudeurs. Mais commençons par le début. Le père de Patrick, Gyula.

« Je vais vous expliquer beaucoup de choses monsieur le président. Il est important que je vous explique d’où vient cet argent et pourquoi cet argent était à l’étranger. Pour ça, il faut que je vous parle de mon père ». Son père, juif Hongrois, résistant en France, rescapé d’Auschwitz où il fut déporté en octobre 1942, a fait fortune après guerre. Gyula Balkany a racheté, avec l’un de ses cousins, le matériel dont les troupes américaines se débarrassaient avant de rentrer au pays.

Une fois fortune faite, le père a ouvert des magasins de vêtements de luxe. Les fonds paternels étaient placés en Suisse. Pour expliquer le cash qui a pu circuler au sein de leur couple, M. Balkany avance une explication très simple. « Mon père avait une manie. Il achetait des lingots d’or ». Et d’expliquer qu’en payant un peu plus cher, l’acheteur pouvait rester anonyme. « J’aurais pu les déclarer à la mort de mon père, à la mort de ma mère ». Mais il ne l’a pas fait. « Je crois qu’il n’ y a pas beaucoup de Français, n’en déplaise à l’administration fiscale (regard appuyé du prévenu à l’avocat du fisc Me Normand-Bodard), qui déclarent ce qu’il y a sous le matelas ».

Comme M. Balkany l’a également rappelé, lui et son épouse sont issus de familles juives fortunées qui, après la guerre, conservaient des espèces pour partir au plus vite au cas où les heures noires reviendraient.

« Je n’ai jamais été corrompu par personne. J’ai horreur de la corruption »

Alors lui reprocher, comme le fait le fisc, d’avoir minoré ses déclarations fiscales, caché son patrimoine, c’en est trop. La fortune de leur couple est identifiable. Pour lui, c’est très simple. En 1986, il rapatrie six millions de francs de Suisse. En 1988, une fois député, il décide de vendre ses parts de la société familiale, Laine et Soie Réty, à une société étrangère. Trente trois millions de francs. Une opération qui a intrigué la justice dans les années 90. À l’époque, les commissions rogatoires internationales en Suisse ou au Liechtenstein sont restées sans réponses.

Ensuite, il a hérité de biens immobiliers de ses parents. Quant à son épouse Isabelle, sa fortune provient d’achats d’actions par ses frères et sœurs au milieu des années 80, de vente de mobilier de son père en 2008 pour près de 2 millions d’euros. Et de la revente de leur appartement commun de Levallois en 1996. « C’est vrai que nous avons mangé notre capital. On a bien vécu ». Et pour bien mettre les choses au clair, Patrick Balkany assure à la barre du tribunal: « Je n’ai jamais été corrompu par personne. J’ai horreur de la corruption ». Voilà donc d’où vient leur fortune.

Le couple Balkany s’est marié en 1976, séparé brièvement en 1995, « le syndrome de la quarantaine », selon le prévenu, avant de se rabibocher. Mais, depuis leur brève séparation, ils souscrivent des déclarations fiscales séparées. « Ce n’est pas moi qui fait les déclarations fiscales », maugrée M. Balkany. À Levallois, où le couple est connu comme le loup blanc, l’administration fiscale ne leur a rien dit. Il est vrai que madame dépendait du centre des impôts de l’Eure et Monsieur des Hauts-de-Seine.

« Est-ce une négligence de votre part », lui demande le président Benjamin Blanchet ? « Non, je pense que c’est une négligence des services fiscaux et une erreur de notre conseiller fiscal. Il n’y a pas malice », répond le maire de Levallois. Entre Patrick Balkany et l’administration fiscale, c’est « je t’aime, moi non plus ». À l’en croire, le fisc a surestimé leurs biens. Le moulin de Cossy, à Giverny, ne vaut pas les quelques 4,7 millions d’euros qu’avancent les experts. Tout au plus quatre chambres et pas onze, comme l’affirme l’accusation. « La piscine est à refaire et le terrain de tennis est envahi par les mauvaises herbes ». Et si l’on parle de la distance, « Giverny, c’est loin », dit M. Balkany. Et ce n’est pas les centaines de japonais qui viennent visiter le musée Claude Monet « qui vont acheter le moulin ». La propriété, donnée à leurs enfants, a été saisie par la justice.

Ne parlons pas de la Villa Pamplemousse aux Antilles, propriété de Mme Balkany. Là encore, surestimée, selon lui, par le fisc. Un gouffre financier en raison des conditions climatiques de l’île. Et en plus, elle est sur la colline, donc moins cotée que celles en bord de mer. Cette villa a été achetée via une société au Liechtenstein via des fonds versés de Suisse par le frère et la soeur de Madame Balkany pour régler un litige d’héritage. Soit dix millions de francs.

Quant à la villa de Marrakech, le prévenu s’emporte. « Nous ne sommes absolument pas propriétaire de cette propriété. Monsieur le président, je veux bien vous raconter toute l’histoire mais je vais me faire engueuler par mon avocat. C’est dans l’autre dossier, je le ferais la semaine prochaine ». Depuis lundi, les avocats de Mme et M Balkany, respectivement, Pierre-Olivier Sur et Éric Dupond-Moretti, demandent la jonction des deux dossiers qui se nourrissent l’un l’autre.

La villa marocaine s’appelle dar Gyucy. Une contraction de Gyula, prénom du père et de l’un des petits-fils du couple, et Lucy, prénom de l’une de leurs petites-filles. À l’un des procureurs financiers qui lui demandait qui avait choisi le nom, la langue de M. Balkany a fourché avant de se reprendre. « C’est pas au moment où on l’a acheté. C’est pas au moment de l’acquisition… On a loué une maison à la demande de son propriétaire. Il n’avait pas de nom ».

Plaidoirie de la partie civile, réquisitoire et défense sont prévus jeudi.

dalloz-actualite.fr

3 COMMENTS

  1. Le problème n’est pas qu’il soit fortuné, après tout ça n’est pas le seul Français dans ce cas., mais qu’il triche dans sa fiscalité ça c’est répréhensible ! et encore est-il le seul ???

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