Un maire juif dans une ville arabe

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Taïbeh, une ville arabe tout en contrastes non loin de Netanya à la frange des territoires palestiniens. Avec des anciens quartiers dont les rues sont étroites et les maisons collées les unes aux autres, où l’on retrouve la vie traditionnelle, religieuse, pauvre, et plus loin des villas modernes et riches. Une ville où le meilleur et le pire se côtoient. A première vue, cette ville, au centre d’Israël, avec ses 37 000 habitants, semble avoir tout pour plaire : des antiquités, des affaires prospères, des cafés traditionnels et même une bonne équipe de foot. Plusieurs médecins, avocats, pharmaciens, membres de la Knesset sont originaires de là.

Et pourtant Taïbeh est actuellement en crise, avec d’énormes problèmes financiers, sociaux, et une criminologie en pointe. Ayant perdu, ces dernières années, ses traditions et les valeurs morales portées par les générations précédentes, cette ville va à la dérive.

En regardant de plus près, on découvre une population composée de deux grandes familles influentes et opposées. Aux élections municipales, le combat n’est pas entre deux partis politiques, mais entre ces deux familles en conflit. La municipalité est donc formée par la famille gagnante favorisant « les siens » au détriment de l’autre clan qui perd ainsi tous ses droits. D’où un climat d’injustice et de ségrégation. Il s’en suit une mauvaise gestion, du désordre, de la corruption, et une faillite morale et économique dans tous les secteurs. La population vit dès lors dans la crainte et la désespérance. D’autre part, malgré les efforts de certains, les jeunes, les enfants même, sont souvent dans la rue. Pas de clubs, de théâtre, de centre communautaire et éducatif, pas de bibliothèque offrant aux jeunes des centres d’intérêts.

Les élections municipales ne pouvant, dans ce cas, résoudre le problème, c’est le ministère de l’Intérieur qui, fin 2007, nomma un maire juif à la tête de la municipalité. Celui-ci, n’habitant pas sur place, partit un bout d’un an. En septembre 2008, le ministre de l’Intérieur demande alors à Hami Doron, 52 ans, de reprendre le flambeau. Doron, né en Israël d’une famille israélienne depuis cinq générations, vient de Rishon LeTsion et possède une formation académique pour la gestion des municipalités. Après 25 ans dans les affaires et 10 ans comme membre du conseil municipal de sa ville, puis membre de la Knesset du Likoud, il quitte la politique en 2006 pour enseigner aux étudiants bédouins à l’université de Beershéva, comment gérer une municipalité.

Chemi Doron accepte de s’installer à Taïbeh, et, à partir de là, considère cette ville arabe comme « sa » ville ; il reçoit ce poste comme une véritable « mission », se consacrant 100% à sa nouvelle tâche. Il arrive dans une municipalité en pleine faillite, avec un billion de shekels qu’elle doit au gouvernement et au sein d’une population ayant une dette de 200 millions de shekels envers la municipalité.
Ce nouveau maire juif qui, tout en étant israélien, pouvait paraître un étranger dans cette population arabe israélienne, fut, dans l’ensemble, bien accueilli : les gens voulant un changement, les jeunes aspirant à une vie meilleure.

Dans une interview, Doron parle de ses premières réalisations et de ses projets futurs : « Déjà les rues sont propres. En septembre 2009, nous ouvrirons un Centre éducatif. Pour la scolarisation, mon but est clair : je ne veux pas qu’un seul enfant ou adolescent de moins de 18 ans traîne désoeuvré dans la ville pendant les heures de classe. Je m’engage à trouver pour chacun une place dans un établissement scolaire de la ville. Et pour les enfants à risques, il y aura une prise en charge adaptée. En septembre nous ouvrirons une nouvelle école. Pour les loisirs, nous avons déjà installé quatre terrains de jeux, et la construction d’un centre communautaire est en bonne voie. » Un des premiers efforts de ce nouveau maire sera d’installer le tout-à-l’égout dans chaque maison.

Le gros problème reste le financement. Comment faire rentrer de l’argent dans la municipalité ? Peu d’entreprises israéliennes ou étrangères acceptent d’investir dans le secteur arabe en Israël. Et même si les citadins payent leurs impôts locaux, cela servira uniquement à rembourser les dettes précédentes.

Ce qui est fondamental pour Doron, c’est d’être considéré comme le maire de tous, sans préférences. « Pour moi l’égalité entre les citoyens est un principe de base. Cela, pour la ville de Taïbeh, mais aussi pour tout le pays. En Israël, le secteur arabe devrait avoir les mêmes privilèges que le secteur juif. Juifs et Arabes israéliens ont les mêmes droits. Je me sens chez moi, à Taïbeh, c’est ma ville.- C’est « notre » ville, à nous Arabes et Juifs, » aime-t-il à répéter.

Ce nouveau maire va tout faire pour que, dans 5 ans, Taïbeh soit une ville touristique très visitée et appréciée par les Israéliens et les étrangers qui viendront là faire leurs emplettes, et siroter aux terrasses des cafés. Une ville dont les habitants seront fiers.

Source : Jérusalem Post 28 mai 2009

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