AVERTISSEMENT.

Nous mettons en ligne le témoignage d’un des participants de l’opération Free Gaza. Ce témoignage est intéressant à plus d’un titre.

Son auteur semble totalement sincère vis-à-vis de la cause qu’il défend. Sans doute, est-il un doux rêveur manipulé, ne connaissant rien du Hamas, ou préférant voir dans son action le soulagement des populations civiles otages d’un pouvoir politique sanguinaire.

L’image qu’il a d’Israël est une caricature, et démontre d’une totale méconnaissance. Mais cette diabolisation sert de moteur à toutes ses motivations. Il trouve dans les différents conflits d’Israël avec ses voisins des motifs pour alimenter cette diabolisation. À vrai dire, les erreurs commises, souvent de bonne foi, n’ont guère arrangé les choses.

La détermination est sans conteste un élément à prendre en compte, et il est fort à parier que de telles initiatives vont se reproduire, ne serait-ce que pour détériorer plus encore l’image d’Israël.

Mais ce qui frappe le plus est sans nul doute la vision héroïque, qu’il confère à son action celle du faible face au fort, celle de l’humanité face à ce qu’il prétend être l’inhumanité.

Parmi tous ces hommes et toutes ces femmes convaincues de leurs causes, les réponses militaires ne seront que des justifications offertes, qui desserviront Israël, et renforceront nos ennemis.

Les sages nous enseignent la chose suivante : « Qui est le sage (ézéhou hakhakham) celui qui prévoit les conséquences de ses actes (haroé eth hanolad) ».

Au moment où les condamnations sont unanimes. Après avoir vu et revu les vidéos, de toutes natures, sachant que toute cette opération était une provocation, un piège avec ses grosses ficelles, la réponse ne pouvait pas ne devait pas être celle que l’on a eue. Oui, ils avaient des haches et des couteaux voire des pistolets. Mais Israël restera une armée face à des gens dont l’armement restera ridicule, et cette asymétrie sera toujours en faveur « du plus faible».

Immobiliser le bateau était chose sans doute faisable, et le remorquer jusqu’à Ashdod, (en s’en prenant aux hélices du bateau, ou toute autre solution similaire pour l’immobiliser). Cette chose me paraît incongrue à dire, mais elle semble être de nature à ne pas engendrer de pareilles réactions.

Il y a une question de fond qui reste posée. Ma profonde admiration d’Israël et de Tsahal pour la qualité des hommes et des femmes en charge des questions délicates, et qui d’une manière générale sont traitées avec une très grande intelligence, me conduit à penser outre que l’erreur est possible, mais qu’elle est là pour avoir une incidence sur l’Histoire.

Au moment où les négociations avaient péniblement repris, voilà que cette affaire vient mettre tout à plat. Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Il y a eu beaucoup d’occasions manquées. Comme si l’histoire nous échappait et que nous n’étions pas maîtres des concessions auxquelles, pourtant nous restons dans notre majorité prêts à faire. Cette étrange situation, nous l’attribuons souvent à nos interlocuteurs, et leur incapacité à conclure des accords. Or pendant ce temps bien des choses semblent devenir irréversibles comme la judaïsation de Jérusalem-Est.

Il n’en demeure pas moins que tous les clignotants se mettent au rouge les uns après les autres. Que nos amis nous lâchent petit à petit, et que les dangers se font plus sérieux de jour en jour. La vigilance ne peut plus reposer sur nos certitudes, il faut plus de lucidité. Il nous faut donc apprendre à mieux écouter nos ennemis et nos amis.

M. COHEN SABBAN

Ecrite avant la rencontre de l’armée israélienne en mer face à Ghaza

Lettre de Thomas Sommer-Houdeville depuis un bateau de la flottille de la liberté

En voici le texte que Thomas Sommer-Houdeville, coordinateur des missions civiles, avait écrit, hier soir, depuis le cargo grec faisant partie de la flottille de la liberté.

Thomas a participé, depuis 3 mois en Grèce à la préparation de la flottille et était venu en France pour élargir la participation, il est intervenu entre autre dans une réunion du collectif national pour présenter l’initiative.

L’occasion ici de rendre un fervent hommage à la petite délégation française composée de 7 personnes

Le dernier set

29 mai 2010 – de Thomas Sommer-Houdeville*, depuis l’un des bateaux de la flottille de Gaza

Un jour ou l’autre peut-être, quelqu’un écrira l’histoire complète de cette aventure. Il y aura beaucoup de rires, de véritables cris et quelques larmes. Mais ce que je peux dire maintenant, c’est que nous n’avions jamais imaginé que nous ferions flipper Israël comme ça. Enfin, peut-être dans certains de nos plus beaux rêves…. Tout d’abord, ils ont créé une équipe spéciale d’urgence réunissant le ministère israélien des Affaires étrangères, le commando de marine israélien et les autorités pénitentiaires pour contrer la menace existentielle que nous et nos quelques bateaux remplis d’aide humanitaire représentent. Puis, Ehud Barak lui-même a pris le temps, malgré son agenda chargé, de nous mettre en garde à travers les médias israéliens. Ils nous annoncent maintenant qu’ils nous enverront dans la pire de prisons israéliennes, dans le désert près de Beersheva.

Ce sont des annonces pour nous faire peur. Et d’une certaine façon nous avons peur. Nous avons peur de leurs navires de guerre, peur de leurs Apaches et de leur commando tout noir. Qui n’en aurait pas peur ? Nous avons peur qu’ils saisissent notre cargaison et toute l’aide médicale, les matériaux de construction, les maisons préfabriquées, les kits scolaires, et qu’ils les détruisent. Toute cette solidarité patiemment rassemblée dans de si nombreux pays pendant plus d’un an. Tous ces efforts et cette vague d’amour et d’espoir envoyés par des gens normaux, d’humbles citoyens de Grèce, Suède, Turquie, Irlande, France, Italie, Algérie, Malaisie. Tout ceci pris comme un trophée par un ?tat agissant comme un vulgaire pirate des îles. Qui ne sentirait pas un certain sentiment de responsabilité et de peur de ne pas être capable d’accomplir notre mission et livrer nos marchandises à la population emprisonnée de Gaza ?

Mais nous savons que la peur est aussi de l’autre côté. Parce que depuis le début de notre coalition, l’Etat d’Israël fait tout ce qu’il peut pour éviter la confrontation avec nous. Depuis le début ils ont essayé de nous empêcher de partir, de regrouper nos forces et de prendre le large tous ensemble vers Gaza. Ils ont essayé de nous briser. Leur scénario idéal était de nous diviser, les Irlandais d’un côté, les Grecs et Suédois d’un autre, les Américains d’un autre encore et les Turcs tout seuls. Bien sûr, ils savaient qu’ils ne pourraient pas mettre la pression sur la Turquie, ni agir directement là-bas. Alors ils ont concentré leurs attaques sur les parties irlandaises et grecques de notre coalition.

Le premier set a commencé il y a deux semaines quand ils ont saboté le cargo irlandais, l’obligeant à retarder son départ pour près d’une semaine. Mais, les Irlandais ont réparé aussi vite qu’ils le pouvaient et maintenant ils sont à un ou deux jours derrière nous. Puis ils ont mis une pression énorme sur le gouvernement grec, affaibli par la crise économique, pour l’obliger à ne pas laisser partir le cargo grec et le bateau de passagers greco-suédois. A cause de ces pressions, nous avons dû retarder notre voyage deux fois et demander aux Turcs, à leurs 500 passagers et aux amis américains qui étaient prêts à partir de nous attendre. C’est ce qu’ils ont fait heureusement ! Jusqu’à la dernière minute avant leur départ de Grèce, nous ne savions pas si les deux bateaux auraient l’autorisation du gouvernement grec, mais finalement le gouvernement grec a décidé de prendre ses responsabilités en agissant comme un Etat souverain et a laissé le cargo et le bateau de passagers quitter le port du Pirée à Athènes.

Le deuxième set a eu lieu hier, dans la partie grecque de Chypre, là où nous avions négocié avec le gouvernement d’embarquer une délégation VIP de parlementaires européens et nationaux de Suède, d’Angleterre, de Grèce et de Chypre. Alors que les deux bateaux de Grèce, le bateau américain venant de Crète et les 4 bateaux turcs étaient déjà au point de rendez-vous attendant que la délégation VIP arrive et embarque à notre bord, nous avons reçu la nouvelle que notre délégation était encerclée par la police chypriote dans le port de Larnaka et interdite de bouger où que ce soit. Chypre, un pays européen, était en train d’interdire a des parlementaires européens de se déplacer librement sur son sol, en rupture complète de toute législation et réglementations européennes ! Alors que nous commencions à négocier avec le gouvernement chypriote, nous avons clairement compris que ce changement soudain d’attitude envers nous était dicté directement par Israël. De sept heures du matin jusqu’au soir, le gouvernement de Chypre nous mentait, disant que c’était un malentendu que les VIP aient été autorisés à embarquer pour n’importe quelle direction qu’ils souhaitaient, que c’était juste une question bureaucratique à résoudre. Mais rien ne s’est passé et nos parlementaires ont été pris au piège.

Le gouvernement chypriote agissait comme un auxiliaire d’Israël et nous a fait perdre un temps crucial. Ce matin, la délégation VIP a décidé que le seul choix qui restait était d’aller au port de Formogossa dans le Nord de Chypre sous contrôle turc, et de là prendre un bateau rapide pour nous rejoindre au point de rendez-vous. Bien sûr, parce que notre coalition est formée de Turcs et de Grecs et de Chypriotes, la Chypre du Nord qui est sous occupation turque, est une question politique très importante. Et envoyer notre délégation prendre un bateau dans le port de Formogossa, encore sous embargo des Nations Unies, est une question politique encore plus importante. Cela aurait pu briser le dos de nos amis grecs et chypriotes de la coalition. Ce fut presque le cas. Mais c’est le contraire qui s’est révélé. Notre coalition tient toujours. C’est le parti chypriote au pouvoir qui est sur le point de se briser, et les 7 parlementaires grecs et chypriotes qui faisaient partie de la délégation et ne pouvaient pas aller au nord de Chypre sont furieux contre le gouvernement chypriote. Un immense débat a toujours lieu en ce moment en Grèce et à Chypre sur ce qui s’est passé et sur notre flottille pour Gaza. Dans une heure ou deux, 80% de notre délégation VIP embarquera sur nos bateaux et nous partirons pour Gaza comme prévu. Donc nous pouvons dire qu’Israël a perdu les deux sets qu’il a joués.

Dans quelques heures, le dernier set, crucial, commencera quand nous entrerons dans les eaux de Gaza. Bien sûr, matériellement, il serait très facile pour Israël de nous stopper et nous arrêter, mais le coût politique qu’ils auront à payer sera énorme. Vraiment énorme, à tel point que toutes les ruses et les pièges qu’ils ont tenté de mettre sur notre route ont réussi à faire une seule chose : sensibiliser de plus en plus de gens partout dans le monde sur notre flottille et sur la situation de Gaza. Et de tout ça, nous apprenons quelque chose : la peur n’est pas de notre côté, mais du côté d’Israël. Ils ont peur de nous parce que nous représentons la colère des gens tout autour du monde. Les gens qui sont mécontents de ce que l’Etat criminel d’Israël fait aux Palestiniens et à chaque amoureux de la paix qui ose prendre le parti des opprimés. Ils ont peur de nous parce qu’ils savent que, dans un proche avenir il y aura encore plus de bateaux à venir à Gaza comme il y a de plus en plus de personnes à décider de boycotter Israël chaque jour.

COMPLEMENT D’INFORMATION

TOULOUSE, 1 juin 2010 (AFP)

La mère d’un Français de 32 ans qui se trouvait à bord de la flottille pour Gaza attendait mardi avec inquiétude des nouvelles de son fils dont elle est sans nouvelles, a-t-on appris de sources concordantes. Sept Français faisaient partie de l’opération humanitaire, selon le Quai d’Orsay. « L’attente est dure. Pour le moment, on n’a pas de nouvelles de Thomas. Ils sont plus de 500 à être emprisonnés et selon mes informations ils devraient pouvoir rencontrer leur avocat (mercredi) après-midi », a déclaré à l’AFP la mère de Thomas Sommer Houdeville, qui réside à Colomiers, près de Toulouse.

La radio militaire israélienne a informé mardi que 480 membres de la flottille humanitaire internationale étaient détenus dans une prison du sud d’Israël. Ils sont originaires de 38 pays. « Tous ces gens, ce sont des pacifistes, ce ne ne sont pas du tout des terroristes, insiste-t-elle, en plus ils étaient dans les eaux internationales » lorsque l’armée israélienne a lancé son opération, qui a fait au moins 9 morts.

D’après elle, le Quai d’Orsay n’a pas de nouvelles de son fils car beaucoup de personnes interpellées ont refusé de décliner leur identité aux autorités israéliennes, en signe de protestation. Elle a ajouté qu’elle attendait l’arrivée à Paris du premier Français expulsé, prévue mardi en fin de matinée, pour avoir des précisions sur la situation de son fils.

« Tout ce que je veux, c’est qu’il rentre à la maison (…) Mon fils n’est pas un terroriste, il est parti avec d’autres civils apporter du matériel médical et des matériaux de construction pour un hôpital », avait-elle dit plus tôt à La Dépêche du Midi. Thomas Sommer Houdeville est salarié de l’ONG Focus on Global South, basé à New Delhi depuis quelques mois, et militant pacifiste de la cause palestinienne, précise une amie de la famille, la conseillère régionale PS de Midi-Pyrénées Nadia Pellefigue.

En tant que porte-parole de la Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP), il informait les médias depuis le navire à bord duquel il se dirigeait vers Gaza. Pour Mme Pellefigue, « ce qui est rassurant, c’est qu’il était normalement sur le bateau grec et pas sur le bateau turc », qui a été la cible du commando israélien. A la suite d’une mise en garde de l’Etat israélien, l’humanitaire écrivait le 29 mai dans un texte publié par La feuille de Chou: « D’une certaine façon nous avons peur. Nous avons peur de leurs navires de guerre, peur de leurs Apaches et de leur commando tout noir. Qui n’en aurait pas peur? » « Il serait très facile pour Israël de nous stopper et nous arrêter, mais le coût politique qu’ils auront à payer sera énorme, estimait-il l’avant-veille de l’intervention. Toutes les ruses et les pièges qu’ils ont tenté de mettre sur notre route ont réussi à faire une seule chose: sensibiliser de plus en plus de gens partout dans le monde sur notre flottille et sur la situation de Gaza ».

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires