Le débat sur l’immigration en Suisse s’exporte en France.Le vote suisse dimanche en faveur d’une limitation de l’immigration a fait réagir les responsables français. Si le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a regretté « une mauvaise nouvelle« , l’ex-Premier ministre François Fillon propose de reprendre ce système de quotas.

A une courte majorité, les Suisses ont approuvé dimanche la lutte « contre l’immigration de masse ». Un vote en forme de désaveu pour la classe politique nationale, à l’exception du parti populiste de droite UDC, à l’initiative de ce référendum. En France aussi, la question fait débat et les réactions après cette votation sont diverses. A droite, l’ancien Premier ministre François Fillon a ainsi jugé lundi « parfaitement naturel » la revendication de la Suisse de réduire le nombre d’étrangers sur son territoire. « Je propose depuis des mois que la France ou l’Europe – les deux peuvent être possibles – adoptent le même système », a déclaré sur RMC et BFMTV le dirigeant de l’UMP.

Et l’ex-chef de gouvernement de détailler cette méthode de quotas qu’il voudrait voir appliquer. Il s’agirait selon lui de « décider chaque année, en fonction de la capacité d’intégration du pays – son économie, les logements disponibles, la capacité d’accueil des services publics, les écoles, etc. – combien de personnes extérieures on peut accueillir ». Car, pour François Fillon, la France fait actuellement face à « un problème de surcapacité, un blocage de l’intégration lié au nombre » d’étrangers accueillis.

« La Suisse veut se replier sur elle-même »

Moins enthousiaste, Jean-François Copé a jugé « préoccupante » la victoire du oui. « Ce sont les ressortissants européens et, notamment, les travailleurs transfrontaliers français, qui vont être concernés au premier chef et se trouver dans une situation d’insécurité juridique majeure par la remise en cause du principe de libre-circulation », estime le président de l’UMP dans un communiqué, qui rappelle être favorable à « une politique d’immigration choisie et non subie (…) en ce qui concerne l’immigration hors Union européenne ».

Proche de François Fillon, la députée UMP Valérie Pécresse s’est elle aussi montrée sur BFMTV plus sévère que l’ex-Premier ministre. Pour l’ancienne ministre, ce référendum est « une dénonciation unilatérale des accords de libre circulation entre l’Union européenne et la Suisse ». Or, ce pays ne peut pas « prétendre profiter de toute une série d’accords de libre-échange avec l’Europe et en même temps fermer ses frontières aux travailleurs européens », a-t-elle dit dimanche. Et au-delà de ce cas spécifique, l’élue perçoit « un raidissement identitaire de tous les peuples européens ».

Une analyse qui semble partagée par le gouvernement. « Ce référendum est un signe préoccupant d’un repli sur soi, a estimé lundi le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. « Les quotas uniformes sont la pire des solutions parce qu’ils sont inefficaces, contraires au droit et aux intérêts économiques » et peuvent nuire au « rayonnement de ceux qui les pratiquent », a-t-il aussi affirmé, interrogé sur les déclarations de François Fillon. « C’est une mauvaise nouvelle à mon avis à la fois pour l’Europe et pour les Suisses, parce que la Suisse refermée sur elle-même, ça va les pénaliser », a également dit sur RTL le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius. Le ministre a même promis que la France allait « revoir (ses) relations avec la Suisse », après cette décision.

« Beaucoup de bon sens »

Les dirigeants du FN sont sur une toute autre position. « Les Suisses font preuve de beaucoup de bon sens, et j’aimerais bien qu’on les suive d’ailleurs », a affirmé Marine Le Pen sur Europe 1. La leader frontiste a même prédit un succès similaire en France, si un référendum était organisé sur ce sujet. « Il ne s’agit pas de mettre un mur, mais une porte. On l’ouvre ou on la ferme, selon l’intérêt du peuple. Cela s’appelle la souveraineté », a-t-elle plaidé. « Ça fait toujours plaisir quand l’Union européenne se prend en boomerang son arrogance et son mépris de la démocratie », a abondé sur RFI le numéro deux du FN, Florian Philippot, alors que la Commission européenne a « regretté » dimanche la décision des Suisses.

« Quand Marine Le Pen est d’accord avec cela, elle choisi son idéologie nationaliste et anti-européenne contre l’intérêt des travailleurs frontaliers français et contre les intérêts de la France », a déclaré le porte-parole du PS, David Assouline. « Elle préfère la solidarité des nationalismes en Europe, contre la solidarité des travailleurs en Europe. C’est bien ça le Front national », a déclaré devant la presse le sénateur de Paris. La centriste Rama Yade a elle aussi estimé que le FN devrait « avoir honte de se féliciter d’un référendum qui va priver des centaines milliers de Français de leur emploi, notamment les transfrontaliers, les expatriés ».

Sur France 2, l’ex-secrétaire d’Etat, aujourd’hui à l’UDI, a toutefois jugé « qu’un pays est tout à fait légitime à choisir les flux d’émigrés » puisque « même la France le fait d’une certaine manière avec l’immigration choisie souhaitée par le précédent gouvernement ». Mais « les Suisses se sont tirés une balle dans le pied », a-t-elle dit, puisque leur pays « vit largement de l’immigration économique, et notamment de l’immigration européenne ».

lejdd.fr Article original/

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