Conseil de Paris Ian Brossat, conseiller et sénateur

À l’Hôtel de Ville, l’accueil sportif vire au message militant

L’accueil de quatorze jeunes footballeurs palestiniens à l’Hôtel de Ville de Paris aurait pu rester une séquence consensuelle : des adolescents venus représenter leur équipe dans une compétition internationale, reçus dans un lieu prestigieux de la République municipale. Selon des publications relayées autour de l’événement, ces jeunes appartiennent à l’équipe Rawahel et devaient participer à la Gothia Cup, tournoi international de football de jeunes organisé en Suède.

Mais la vidéo de cette visite montre un moment plus délicat. Les jeunes sont conduits dans la salle du Conseil de Paris, présentée comme le “parlement de la ville”. Le cadre n’est donc pas neutre : il s’agit d’un lieu institutionnel, chargé symboliquement, où siègent les élus parisiens. C’est précisément dans cet espace qu’une intervenante prend la parole et fait basculer la visite d’un accueil sportif vers un registre nettement militant.

Dans son intervention, elle évoque notamment l’obtention de la citoyenneté d’honneur accordée par Paris aux Palestiniens. Le Conseil de Paris a effectivement voté, en juin, une citoyenneté d’honneur en faveur des populations civiles et des journalistes palestiniens, dans un contexte politique déjà très tendu autour du conflit au Proche-Orient. Mais la suite du discours franchit une autre ligne : l’intervenante parle de “continuer le combat” et de soutenir “le peuple palestinien dans sa juste lutte”. Elle évoque aussi des bateaux rassemblant des militants internationaux, formulation qui renvoie au vocabulaire des flottilles pour Gaza.

Le problème n’est pas l’accueil de jeunes Palestiniens. Une ville peut recevoir des sportifs étrangers, leur témoigner de la solidarité, leur offrir une reconnaissance symbolique. Le problème est ailleurs : dans l’utilisation d’un lieu officiel pour adresser à des mineurs un discours de mobilisation politique. La salle du Conseil de Paris n’est pas une salle associative, ni une tribune militante. Elle appartient à tous les Parisiens, y compris à ceux qui ne partagent pas cette lecture du conflit.

Dans un contexte aussi inflammable, les mots comptent. “Combat”, “lutte”, “militants” ne sont pas des termes anodins, surtout lorsqu’ils sont prononcés devant de jeunes adolescents et dans une enceinte institutionnelle. La mairie peut défendre une position humanitaire ; elle prend un risque sérieux lorsqu’elle laisse cette position se confondre avec une rhétorique de mobilisation politique.

Cette séquence pose donc une question simple : jusqu’où une collectivité locale peut-elle aller dans l’expression d’un engagement international sans transformer ses lieux républicains en espaces de militantisme ? L’accueil des jeunes footballeurs n’était pas en cause. Ce qui interroge, c’est le mélange des genres entre hospitalité sportive, symbole municipal et discours de combat.

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