• L’échec des dernières négociations avec l’Iran concernant ses ambitions nucléaires révèle une position intransigeante de ce pays à court et à long terme.

• Les pourparlers tenus en Turquie ont prouvé que la domination occidentale a cédé le pas à l’hégémonie islamique sous le leadership iranien.

• Le comportement de l’Iran lors des pourparlers à Istanbul a une fois de plus démontré les limites du dialogue et les engagements avec ce régime.

• Les sanctions économiques internationales peuvent endommager l’économie iranienne et entraver le processus du programme nucléaire, mais ils ne peuvent empêcher le dirigeant iranien d’atteindre son objectif et acquérir une bombe nucléaire. La réunion du 21-22 janvier dernier à Istanbul entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (plus l’Allemagne) (le P5+1) a tenté en vain d’obtenir certains accords concernant le programme nucléaire iranien. L’échec fut cuisant et retentissant.

Au cours de cette réunion, le chef de la délégation iranienne, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale, a fixé deux conditions préalables : l’arrêt des sanctions contre l’Iran, et la reconnaissance de ses droits au combustible nucléaire et à son enrichissement. En fait, ces conditions préalables ont rendu cette rencontre inutile. « Ces conditions préalables ne sont pas une façon de procéder, » a souligné Catherine Ashton, chef de la politique étrangère de l’UE. La position iranienne était prévisible. Téhéran avant et au cours des pourparlers, ne souhaitait pas traiter de la question nucléaire mais de l’ensemble des problèmes régionaux et internationaux.

Cet exemple témoigne de la confiance iranienne à l’égard de ses intentions et projets. En dépit des pressions exercées par l’Occident, l’Iran tire profit de ses progrès au Liban et en Irak, et du fait de l’impasse du processus de paix avec les Palestiniens. Conscient d’être un acteur régional majeur, il semble que Téhéran poursuit ses ambitions nucléaires et persiste dans ses provocations contre l’Occident sans payer aucun prix.

A la veille de la réunion à Istanbul, l’Iran a conduit une campagne de propagande destinée à prouver au monde que son programme nucléaire est destiné à des fins pacifiques et qu’il autorisait la transparence sur ses installations nucléaires. Les autorités iraniennes ont même invité les ambassadeurs accrédités à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) excluant les représentants des Etats-Unis, de l’Allemagne, la France et la Grande Bretagne – le site du réacteur d’eau lourde de 40 mégawatts à Arak (au stade de construction) et les installations d’enrichissement d’uranium à Natanz. Les représentants de l’Union européenne ont affirmé que ce sont les inspecteurs et non les diplomates qui devraient visiter les lieux. Dans la même veine, la Russie a signalé que l’invitation iranienne est en soi « digne d’intention », mais qu’elle ne pouvait se substituer à l’inspection adéquate de l’AIEA.

En invitant ces parties à ses installations nucléaires, l’Iran a espéré démontrer que son pays n’est pas isolé sur l’arène internationale. Il est capable de recruter les grands « blocs » internationaux tel que les pays non alignés et les Etats islamiques en contrepoids à l’influence américaine au Moyen-Orient et en Amérique latine.

Suite à la réunion d’Istanbul, le Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad a souligné qu’il était prêt à poursuivre le dialogue.

« On ne peut pas résoudre tous les problèmes au cours d’une séance ou deux. » dit-il en ajoutant que l’Occident doit se réconcilier avec le nucléaire iranien comme fait accompli et que personne ne pourra déloger l’Iran de devenir une puissance nucléaire. Il a appelé les membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne de ne pas se soumettre aux pressions sionistes s’ils souhaitaient réaliser vraiment des progrès dans les négociations.

L’Iran a actuellement suffisamment d’uranium enrichi de faible puissance pour pouvoir produire une bombe nucléaire ou deux. Si le dirigeant iranien devait décider, sur la base de considérations stratégiques, dans son pays ou à l’étranger, il pourrait enrichir l’uranium à un niveau élevé pour pouvoir se doter d’armes nucléaires. (L’Iran prétend actuellement qu’il peut déjà enrichir à un niveau de 20%)

Les informations concernant un retard dans le progrès nucléaire iranien dû aux dégâts infligés par le virus informatique Suxnet ont renforcé la position iranienne, et ont permis de continuer de plus belle le programme nucléaire militaire clandestin.

L’Iran prouve par ses agissements qu’il est capable d’influer aux enjeux politiques régionaux (le processus de paix israélo palestinien) et la stabilité régionale (au Liban en Irak, Arabie saoudite, Bahreïn et Afghanistan). L’Iran pense inspirer le réveil démocratique dans le monde arabe (Egypte, Tunisie, Jordanie) observant les événements en Egypte comme une suite logique directe de la révolution islamiste d’ayatollah Khomeiny en 1979.

Rappelons que l’Iran a également été impliqué dans les activités liées au terrorisme en Amérique latine et a laissé entendre qu’il aiderait la promotion des programmes nucléaires partout dans le monde.

L’adoption d’une ligne plus dure envers l’Iran et notamment une véritable menace pour une action militaire contre les installations nucléaires serait une réponse plus effective à un Etat qui nuit systématiquement aux intérêts américains au Moyen Orient. Une politique cohérente et intransigeante contre l’Iran jetterait également les bases pour un meilleur traitement de la question palestinienne et la démocratisation des pays de la région. L’alternative serait néfaste et impliquerait la donne suivante: Affaiblissement du camp arabe modéré, renforcement du « camp du refus» (l’Iran, la Syrie, le Hezbollah, le Hamas, et les autres organisations palestiniennes terroristes influencées par l’Iran), et forte baisse d’influence américaine dans la région. Comme l’a affirmé justement la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton,  » nous avons le temps, mais pas assez ».

Michael Segall, le Cape de Jerusalem

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