Boeing a remporté l’appel d’offres portant sur la livraison d’avions ravitailleurs à l’armée de l’air américaine au détriment d’Airbus, la filiale d’EADS, a annoncé jeudi soir le Pentagone.Lors d’une conférence de presse, le secrétaire à l’US Air Force, Michael Donley, a précisé que le contrat attribué à l’américain représentait une valeur supérieure à 30 milliards de dollars (21,73 milliards d’euros)

Le secrétaire adjoint à la Défense, William Lynn, a garanti que la compétition avait été juste et qu’aucun camp n’avait été favorisé.

L’action Boeing a immédiatement profité de l’annonce et gagnait 3,9% dans les transactions électroniques.

La décision sur l’attribution du contrat marque un tournant dans ce dossier. Mais selon les analystes, rien ne garantit que le conflit entre Boeing et Airbus s’arrête là.

Le groupe européen dispose d’un délai de dix jours pour contester formellement la décision annoncée jeudi soir, mais les parlementaires représentant les Etats américains qui auraient bénéficié de l’attribution du contrat à Airbus pourraient tenter de l’infirmer par la voie juridique.

Pour le Pentagone, EADS a certes le droit de protester, mais rien ne le justifierait.

TENSIONS TRANSATLANTIQUES

L’armée de l’air américaine veut engager le remplacement de sa flotte de KC-135 Stratotankers, vieille de 50 ans, qui ravitaille chasseurs et autres avions en plein vol afin d’élargir le champ des opérations militaires.

La concurrence pour la fourniture de ces 179 « tankers » a provoqué des tensions de part et d’autre de l’Atlantique, et des conflits entre parlementaires américains soucieux de créer des emplois dans leur Etat.

Airbus et Boeing, concurrents sur le marché des avions de transport de passagers, se sont publiquement affrontés sur ce dossier, à grand renfort d’encarts publicitaires, pendant que leurs partisans s’opposaient via des conférences de presse.

Boeing et Airbus, via sa filiale nord-américaine, proposaient tous les deux une version spécialement adaptée de leurs appareils de transport existants, le Boeing 767 et l’A330.

Le feuilleton remonte à 2001. Un premier projet de 23,5 milliards de dollars pour louer puis acheter 100 Boeing 767 transformés en ravitailleurs avait échoué en 2004, en raison d’un conflit d’intérêt qui s’était traduit par des peines de prison pour le directeur financier de Boeing et le numéro deux des achats de l’armée de l’air de l’époque.

Par la suite, EADS, en partenariat avec le groupe américain Northrop Grumman, a remporté en février 2008 un deuxième appel d’offres portant sur 179 appareils. L’opération a elle aussi été annulée, les autorités américaines ayant retenu certains des arguments avancés par Boeing pour contester l’attribution du contrat.

Andrea Shalal-Esa et Tim Hepher, Nicolas Delame et Florent Le Quintrec pour le service français

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Une bataille de dix ans pour le contrat du siècle

Boeing et EADS se sont affrontés avec violence. Récit des rebondissements autour de cet appel d’offres de l’armée américaine, gagné tour-à-tour par Boeing et EADS.

11 septembre 2001. L’Amérique est frappée par des attentats terroristes. Les Américains se lancent dans la guerre contre le «mal». Le Congrès vote le Patriot Act. Phil Condit, président de Boeing, souhaite développer une version militaire du B767 conçu dans les années 1970. En novembre 2001, il convainc Jim Roche, secrétaire général de l’armée de l’air américaine, d’inscrire dans le Patriot Act une disposition pour négocier sans compétition une location-vente de 100 B767 pour 23,3 milliards de dollars.

Un élu américain s’oppose à ce choix: John Mc Cain, sénateur républicain de l’Arizona et membre influent de la commission de la défense au Congrès. Celle-ci lance une enquête et estime que le surcoût du contrat est d’au moins 6 milliards de dollars. Une fuite dans le quotidien Washington Post met le feu aux poudres. Jim Roche assure que le Pentagone n’a pas le choix puisque Boeing est le seul avionneur capable de construire un ravitailleur.

Airbus se lance dans la compétition fin 2001

A Paris, les dirigeants d’EADS ne sont pas de cet avis. Airbus, filiale d’EADS, dispose d’un avion adapté à cette mission, son long-courrier A330. Entre Noël 2001 et le premier de l’an 2002, les équipes de la filiale américaine d’EADS décryptent les évenements. Jean-Louis Gergorin, alors directeur de la stratégie d’EADS, adresse une lettre à Jim Roche et une copie de cette lettre à Bob Nowak, éditorialiste vedette du Washington Post: Airbus est capable de fournir un avion ravitailleur moderne. Le Washington Post publie la lettre. La polémique est relancée. Le Pentagone, premier acheteur de matériels militaires au monde, lance une demande d’informations et décide d’ouvrir le marché à l’européen Airbus.

Au printemps 2002, Airbus essuie un premier échec. le Pentagone l’exclut de la compétition. La raison? Un problème technique affecte la perche de l’A330 militarisé qui permet de ravitailler les avions en vol. Boeing emporte le contrat. Mais il est soupçonné d’avoir tenté de connaître le prix proposé par Airbus. Le sénateur américain Mc Cain fait saisir des documents échangés entre des dirigeants de Boeing et le Pentagone. Le groupe américian a corrompu un fonctionnaire des armées, Darleen Druyun, responsable des achats au Pentagone. Mark Sears, directeur financier de Boeing, a passé un accord avec la jeune femme en lui promettant de l’embaucher dans de très bonnes conditions si elle favorise l’offre de Boeing. Un avocat payé par l’avionneur lui a offert un bon prix pour son appartement. Darleen Druyun est condamnée à neuf mois de prison ferme et à donner 150 heures de cours d’éthique à des jeunes des quartiers défavorisés de Washington. Et Mark Sears écope de quatre mois de prison ferme.

En mai 2004, Boeing perd le contrat. Empêtré dans les scandales à répétition, Phil Condit démissionner en février 2005. L’avionneur américain paie une amende de 625 millions de dollars.

EADS recrute des Américains pour gagner

Après l’échec du printemps 2002, EADS a remis tout à plat aux Etats-Unis. Car pour gagner aux Etats-Unis, il faut recruter des Américains. Ralf Crosby, un des directeurs généraux de Northrop Grumann, qui connaît le Pentagone comme sa poche, rejoint la filiale américaine d’EADS. Il signe le 7 septembre 2005 un accord avec Northrop Grumann pour porter l’offre des ravitailleurs. Les équipes d’EADS répondent à l’appel d’offres que le Pentagone a relancé en 2006.

Les Américains d’EADS mènent la danse. Boeing baisse ses prix de 40%. L’avion européen marque des points. Les dirigeants politiques européens s’engagent. Gordon Brown, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy soutiennent le projet. Le vendredi 28 février 2008, le Pentagone choisit de s’équiper de 179 Airbus A330 pour un montant de 35 milliards de dollars. Cette décision signe l’arrêt de mort du Boeing B767.

La Cour des comptes américaine bouleverse la donne
Airbus n’a pas de temps de savourer son succès. Le 18 juin 2008, la cour des comptes américaine, le GAO, une agence indépendante qui dépend du Congrès et qui est chargée d’enquêter sur les litiges des appels d’offres du gouvernement fédéral, remet tout en cause. Saisie d’un recours par Boeing, elle donne raison au constructeur américain en affirmant que des erreurs ont été commises dans la procédure d’attribution du contrat. La Cour demande à l’US Air Force de lancer un nouvel appel d’offres.

Ce rebondissement intervient à quelques mois des élections présidentielles américaines de novembre 2008. Les avions ravitailleurs sont un enjeu électoral pour les deux candidats à la Maison Blanche: le démocrate Barack Obama et le républicain John Mc Cain. Soulignant que le contrat «a d’énorme implications sur la sécurité nationale des Etats-Unis», Barack Obama, sénateur de l’Illinois, état où Boeing a son siège à Chicago, est favorable à un nouvel appel d’offres.

Un nouvel appel d’offres est lancé le 9 juillet. Boeing exige six mois de délais. Il est prêt à jeter l’éponge. Mais sa défection obligerait le Pentagone à tout geler.Boeing parie sur la victoire de Barack Obama. Le 10 septembre2008, à 16 heures, heure de Paris, le secrétaire américain à la défense Robert Gate annonce l’annulation de l’appel d’offres. Il explique que la décision est «trop sensible et trop complexe» pour être prise par le gouvernement Bush «dans un climat très chargé». Boeing et ses partisans ont gagné.

La décision était prévisible. Le Pentagone ne pouvait pas courir le risque d’attribuer le plus important contrat de tous les temps à son rival en pleine campagne pour la Maison Blanche. C’était condamné Boeing à se retirer de l’aéronautique militaire. Le Pentagone lance un nouvel appel d’offres le 20 septembre 2009. Et pendant ce temps, l’armée de l’air américaine continue d’utiliser de vieux avions dont certains ont plus de cinquante ans.

Le FIGARO.Fr

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stephane

Les US ont une politique industrielle et il est évident que dans un contexte de restriction des budgets, le pentagone ne peut pas se payer le luxe de disperser son effort financier en soutenant la concurrence. Il n’y a que les dirigeants européens d’EADS pour être assez fous pour penser le contraire. Je dirais qu’il s’agit d’une bonne nouvelle pour l’industrie européenne car l’ambition cachée d’EADS était de prendre pieds aux états-unis pour pouvoir produire à terme une partie des avions commerciaux sur le sol US. Il suffit de se rappeler des discours récents d’Yves Gallois se plaindre des taux de changes défavorables de l’euro face au dollar….
Et puis à plus long terme, ce contrat, s’il avait été attribué à EADS se serait accompagné de compensation sur d’autres contrats car il est évident que les européens auraient été redevable de quelque chose vis à vis de nos partenaires US….