Le droit d’informer et d’être informé s’est dégradé en 2013, aussi bien dans des pays marqués par des conflits que dans certaines démocraties qui “utilisent abusivement l’argument sécuritaire”, affirme Reporters sans frontières (RSF) à l’occasion de la publication de son classement mondial annuel, portant sur 180 pays. Israël progresse notablement mais fait de nouveau l’objet de critiques partiales de la part de l’organisation.
Si l’année 2013 a été moins meurtrière pour les journalistes que la précédente, marquée par une hécatombe pour la profession, les agressions et menaces ont été plus nombreuses, indique RSF.
Pays jugé le plus dangereux au monde pour les journalistes par RSF, la Syrie est classée 177e sur 180, figurant comme l’an dernier juste devant le trio inchangé : Turkménistan (178e), Corée du Nord (179e) et Érythrée (180e). Pour la quatrième année, la Finlande conserve son rang de meilleur élève, suivie comme l’an dernier des Pays-Bas et de la Norvège.
Israël gagne 17 places et se classe en 96ème position. Une des plus importantes progressions de ce classement. Toutefois, l’organisation relativise cette évolution conséquente.
“La liberté de l’information reste soumise à l’argument sécuritaire. Si la presse israélienne bénéficie d’une liberté de ton, les médias situés en « territoire israélien » (selon la conception israélienne) doivent composer avec la censure militaire préalable et les « gag orders » (ordres de censure). Les enquêtes sensibles, touchant à la sécurité nationale, ne sont pas les bienvenues”, déplore RSF.
“Les exactions de l’armée israélienne contre les professionnels de l’information palestiniens et étrangers restent extrêmement fréquentes, notamment lors des manifestations hebdomadaires devant le Mur de séparation.”, ajoute l’organisation.
Pourtant, Israël est en conformité avec les standards internationaux d’une véritable presse libre et indépendante (pluralisme, indépendance des médias, autocensure, cadre légal, transparence et infrastructures) voir même au-dessus de ces standards. Pour preuve, RSF reconnaît que les journalistes qui couvrent les évènements en Israël bénéficient d’une véritable liberté de ton malgré l’existence de la « censure militaire ».
RSF utilise sciemment le terme de « censure militaire », renvoyant ainsi notre inconscient collectif à de véritables censures militaires, telles que celles exercées dans des états dictatoriaux ou dans des juntes militaires.
Or, l’interdiction de publier ou d’informer en Israël relève d’une interdiction judiciaire fondée sur une législation d’urgence des autorités britanniques transférée dans le droit israélien. Elle est le fruit d’un accord entre le comité des éditeurs des journaux hébraïques et l’armée, étendu par la suite au reste des médias.
Un système d’appel, le « comité des trois », représentant les éditeurs, la justice et l’armée, n’a cessé de réduire le périmètre de l’interdiction de publier ou d’informer et, en derniers recours, faisant même appel devant la Cour Suprême.
En 1953, la Cour commence par rappeler que ces interdictions s’exercent dans le cadre d’un régime démocratique. En 1989, elle réaffirme un critère interprété de façon de plus en plus restrictif pour justifier ces interdictions : seule peut être contrôlée une information pouvant causer avec une «quasi-certitude » de « graves dommages » à la sécurité nationale.
Eric Hazan – © Le Monde Juif .info Article original
© Photos : DR
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