L’Union européenne s’inquiète de la dégradation des rapports entre la majorité juive et la minorité arabe en Israël, selon un « document de travail » interne élaboré par les ambassadeurs européens en poste à Tel-Aviv et dont le quotidien Haaretz publie vendredi des extraits.
Ce document souligne que l’absence de perspective de relance du processus de paix avec les Palestiniens menace l’intégration des Arabes dans la société israélienne.
« Le blocage du processus de paix et la prolongation de l’occupation (israélienne) ont inévitablement un effet négatif sur le sentiment d’appartenance à Israël des Arabes israéliens », note ce document dont l’existence a été confirmée à l’AFP de source diplomatique.
Les ambassadeurs considèrent qu’il est « de l’intérêt même des Israéliens de faire la preuve que l’Etat n’est pas seulement juif et démocratique, mais tolérant et ouvert » à la minorité arabe.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu demande qu’Israël soit reconnu par les Palestiniens comme « l’Etat du peuple juif ».
Mais les Palestiniens rejettent cette revendication, arguant que reconnaître Israël comme « Etat juif » reviendrait à renoncer inconditionnellement au droit au retour des réfugiés palestiniens chassés de leur terre lors de la création d’Israël en 1948, une des questions centrales du conflit.
Ils estiment aussi que cela porterait atteinte aux droits de la minorité arabe d’Israël (plus d’1,3 million de personnes), composée des descendants des 160.000 Palestiniens restés eux sur place en 1948, qui représente aujourd’hui près de 20% de la population.
Le document de l’UE, qui se présente comme un simple « texte de réflexion », ne recommande aucune mesure spécifique, suite à divergences entre pays européens sur le bien-fondé d’une telle intervention, selon le journal.
Un haut responsable israélien, interrogé, a refusé de se prononcer sur son contenu aussi longtemps qu’il n’a pas été porté officiellement à la connaissance d’Israël.
Parlant sous couvert de l’anonymat, il s’est toutefois élevé par avance contre une possible « ingérence européenne » dans les affaires intérieures de l’Etat hébreu.
Les rapports entre Juifs et Arabes ont continué à se dégrader en 2010, a indiqué un sondage de l’Université de Haïfa (nord d’Israël) publié en mai 2011.
Selon ce sondage, 32,5% des Juifs interrogés l’an dernier se déclaraient en faveur de la suppression du droit de vote des citoyens arabes, alors qu’ils n’étaient que 24% de cette opinion en 1985.
Du côté arabe, 62,5% des personnes sondées considéraient les Juifs comme « des éléments étrangers qui en fin de compte retourneront dans leur pays d’origine » (61,5% étaient de cet avis en 2003).
Toutefois, une très large majorité de Juifs (77%) et d’Arabes (64%) estiment que « Juifs et Arabes doivent disposer des mêmes droits et avoir les mêmes obligations envers l’Etat en Israël ».
La communauté arabe israélienne dispose du droit de vote et bénéficie d’un niveau de vie bien supérieur à celui des Palestiniens mais elle reste victime de graves discriminations, notamment dans l’habitat et l’emploi.
JERUSALEM, 16 déc 2011 (AFP)
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