La feuille de route pour Gaza : un fantasme diplomatique qui maintient le Hamas au pouvoir

par Khaled Abu Toameh

Plus de deux ans et demi après le massacre perpétré par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023, le groupe terroriste islamiste est toujours fermement implanté dans la bande de Gaza.

Le dernier exemple en date nous vient de Nickolay Mladenov, ancien coordinateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, qui a présenté au Conseil de sécurité de l’ONU une « feuille de route en 15 points pour achever la mise en œuvre du plan global du président Trump pour Gaza ».

Mladenov préside le soi-disant « Conseil de la paix », une organisation internationale créée par Trump dans le but affiché de superviser les processus de son plan de paix pour Gaza.

Mladenov a exhorté le Conseil de sécurité à utiliser « tous les moyens à sa disposition » pour contraindre le Hamas à désarmer et a appelé Israël à respecter ses engagements de cessez-le-feu. « Il n’y a pas de troisième voie », a-t-il déclaré. « Il n’y en a jamais eu, et la population de Gaza ne devrait pas être contrainte d’attendre pendant que certains font semblant du contraire. » Mladenov a ajouté que le principal obstacle à la pleine mise en œuvre du cessez-le-feu demeure « le refus du Hamas d’accepter un désarmement vérifié, de renoncer à son contrôle coercitif et de permettre une véritable transition civile à Gaza. »

Au cœur de la proposition de Mladenov se trouve une hypothèse étonnante : que le Hamas puisse être persuadé, mis sous pression ou amené diplomatiquement à rendre les armes et à renoncer au pouvoir.

Le Hamas demeure armé, organisé et déterminé à atteindre son objectif déclaré de destruction d’Israël par le djihad (guerre sainte). Pourtant, au lieu d’affronter cette réalité, les diplomates internationaux persistent à se complaire dans de dangereuses illusions quant à la possibilité de négocier l’élimination du Hamas.

[Nickolay] Mladenov [ancien coordinateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient] a ajouté que le plus grand obstacle à la pleine mise en œuvre du cessez-le-feu demeure « le refus du Hamas d’accepter un désarmement vérifié, de renoncer au contrôle coercitif et de permettre une véritable transition civile à Gaza ».

Le fait que Mladenov fasse appel au Conseil de sécurité de l’ONU pour faire pression sur le Hamas révèle le défaut fondamental de toute cette approche : le « Conseil de la paix » et ses parrains internationaux continuent de considérer le Hamas comme un acteur politique rationnel plutôt que pour ce qu’il est réellement : un groupe terroriste djihadiste.

La feuille de route de Mladenov parle à plusieurs reprises de « réciprocité », de « vérification », de « mécanismes de mise en œuvre » et de « démantèlement progressif ».

La charte du Hamas stipule qu’« Israël continuera d’exister jusqu’à ce que l’islam l’anéantisse » et prescrit le djihad comme un devoir religieux et individuel pour tous les musulmans afin de « libérer la Palestine ».

Le Hamas [dans la « feuille de route »] est même autorisé à rester armé et influent durant les premières étapes du processus de transition…

Ceci est inacceptable et contredit l’esprit même de la résolution 2803 du Conseil de sécurité des Nations unies, sur laquelle la feuille de route prétend se fonder. Cette résolution autorise la création d’une Force internationale de stabilisation temporaire et exige la démilitarisation complète de la bande de Gaza, y compris le désarmement total du Hamas et la destruction de toutes ses infrastructures militaires.

Le message adressé au Hamas est sans équivoque : continuez à détenir vos armes, continuez à gouverner la bande de Gaza par l’intimidation et la terreur, et la communauté internationale continuera de négocier avec vous.

La dernière feuille de route précise explicitement que la proposition « n’appelle ni à une capitulation immédiate ni à un désarmement unilatéral ». Elle décrit plutôt un « processus progressif, mené par les Palestiniens et vérifié internationalement ».

Le Hamas a déjà clairement indiqué qu’il rejetait catégoriquement cette proposition.

Le Hamas affirme une fois de plus ouvertement au monde entier qu’il n’a aucune intention de désarmer. Il souhaite se maintenir au pouvoir afin de poursuivre, avec l’aide du régime iranien, son djihad contre Israël.

Le Hamas semble également avoir compris une chose que nombre de diplomates et de responsables occidentaux refusent d’admettre : les groupes islamistes armés ne sont pas éliminés par des conférences, des comités ou des résolutions de l’ONU. Ils le sont par la force. Seuls Israël et les États-Unis sont capables de déloger le Hamas militairement.

Pendant que les diplomates tiennent des réunions au Caire, à New York, à Doha et à Ankara, le Hamas profite de ce temps pour se retrancher, se réarmer, se regrouper, recruter et renforcer son contrôle sur la population de la bande de Gaza.

Malgré la reconnaissance de cette réalité, la solution proposée reste la diplomatie, les négociations et les mécanismes de mise en œuvre par étapes.

La nouvelle feuille de route n’apporte aucune réponse sérieuse car elle repose sur la fausse prémisse que le Hamas acceptera de désarmer et de renoncer au pouvoir par la voie de négociations et de la diplomatie.

Il existe une autre réalité, tout aussi grave, que beaucoup préfèrent ignorer. Certains des principaux médiateurs de la région sont eux-mêmes profondément favorables au Hamas. Le Qatar et la Turquie ne sont pas des acteurs neutres véritablement engagés dans le démantèlement de l’appareil militaire du Hamas.

S’attendre à ce que le Qatar ou la Turquie aident à chasser le Hamas du pouvoir, c’est comme s’attendre à ce que l’Iran démantèle son allié libanais, le Hezbollah.

La dure réalité est que le Hamas ne désarmera pas volontairement. Il ne se transformera pas en un mouvement politique pacifique. Il n’abandonnera pas son idéologie djihadiste en raison de résolutions de l’ONU ou de conférences internationales.

Lorsque la feuille de route de Mladenov s’effondrera inévitablement sous le refus catégorique du Hamas, le monde sera peut-être enfin contraint d’admettre ce qui aurait dû être évident depuis longtemps : les négociations ne permettent pas de vaincre les groupes terroristes islamistes. Comme en Afghanistan et en Iran, renoncer à les vaincre ne fait que les renforcer.

Khaled Abu Toameh est un journaliste primé basé à Jérusalem.

JForum.fr avec gatestoneinstitute.org

 Photo : Terroristes du Hamas dans le camp de réfugiés de Jabalia, dans la bande de Gaza, le 1er décembre 2025. (Photo : Omar Al-Qataa/AFP via Getty Images)

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