L’abandon, la lune et les cons, le franc-parler de Caroline Fourest

Caroline Fourest
par Caroline Fourest

L’accueil réservé à L’Abandon afflige et rassure à la fois. Avant tout, il faut se réjouir de son existence. Dans un milieu du cinéma terrorisé par son ombre, fragile économiquement, où il est si difficile de monter des films, rien n’est plus courageux que de toucher au sujet de la caricature et des attentats. Même en s’emparant d’une histoire vraie. Le réalisateur Vincent Garenq l’a fait avec sa méticulosité habituelle, en décortiquant de façon chirurgicale la mécanique de la calomnie et de la peur ayant mis en danger Samuel Paty.

L’abandon n’est pas tant celui des pouvoirs publics que cette incapacité collective à pouvoir arrêter un emballement qui se transforme en meute et trouve un assassin pour porter le coup fatal.
On peut juger le titre injuste pour tous les efforts déployés par la directrice du collège de Samuel Paty (remarquablement interprétée par Emmanuelle Bercot), quelques parents et quelques collègues.
Mais c’est justement ce film qui nous permet de mesurer cette mécanique, et de comprendre que cela n’a pas suffi. La scène qui illustre le mieux cet abandon, c’est le moment où deux professeurs enfoncent leur collègue au lieu de le défendre, lui et le droit d’enseigner.
Ces scènes continuent, elles sont même plus nombreuses et bien plus violentes depuis la décapitation de Paty. D’où l’intérêt, vital, de ce film, écrit avec une précision irréprochable.
Antoine Reinartz y campe un professeur dévoué, d’une humanité sublime. Et l’on imagine la peur, la pression, avant d’accepter un tel rôle.
Tout comme il faut saluer le courage de ses producteurs et de son distributeur, UGC, qui a pris un vrai risque. Mais il y a pire que les menaces quand on ose… Il y a les grincheux, les mesquins, et les censeurs au petit pied.

La première critique est venue du chroniqueur culture du Huffington Post qui, sans signer son forfait ni rougir de honte, a tout de même osé expliquer que ni le scénario, ni la réalisation, ni le jeu des acteurs ne posait « problème », mais qu’il était tout simplement « indécent » de traiter de ce sujet (six ans après ce drame) et même douteux (parce qu’adapté d’un livre d’un journaliste proche de CNews).
Cette incapacité à juger une œuvre pour elle-même révèle un tempérament de censeur sinistre. Et bien sûr, Libération a enchaîné en pointant un risque de « récupération ».

Il ne manquait que l’entrée en scène des influenceurs pour voir le bal des salauds reproduire exactement la même mécanique de mise en danger dénoncée par le film : crier à « l’islamophobie »… Le plus affligeant étant, de très loin, cette vidéo réalisée à la sortie de la projection à Cannes où un abruti aux cheveux rouges tend le micro à un crétin en smoking, très satisfait de lui, parlant d’un film « rempli de préjugés » envers les musulmans… Parce qu’à la fin le tueur crie « Allahou akbar ! ». Alors qu’il s’agit d’une histoire vraie et d’un cri qui a tué. « Quand le sage montre la lune, le con regarde le doigt. » Jamais cet adage n’avait trouvé si parfaite illustration.
À Cannes, fort heureusement, on a vu la lune. Le film a été applaudi, pendant sept longues minutes.

JForum.fr avec www.franc-tireur.fr

 

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