La résistible ascension de Kim Jong Un
Par Michel Rozenblum
Les tirs de missiles balistiques succèdent aux essais nucléaires. Aux missiles à moyenne portée succèdent les missiles intercontinentaux, capable d’atteindre les Etats-Unis (et la France). A la bombe atomique succède la bombe « H » à hydrogène. Le tout assorti de menaces contre les Etats-Unis et leurs alliés. Ces agissements font le bonheur des journaux et commentateurs politiques qui trouvent le moyen d’alimenter leurs colonnes d’informations-frissons.
Le commentateur donneur de leçons Bernard Guetta y trouve l’inspiration pour ses commentaires « politiquement corrects » : Trois possibilités, selon lui, l’attaque nucléaire préventive, avec ses conséquences incalculables, l’alourdissement du boycott, non moins porteur de menaces, ou le dialogue, qu’il privilégie. Il s’agit de montrer à ce « respectable » dictateur que l’on ne menace pas son régime sanguinaire, qu’il ne doit surtout pas s’inquiéter et qu’il n’a plus besoin de créer ses « joujoux atomiques » pour dissuader ses « ennemis » mortels.
Au crédit du commentateur de France Inter, il faut reconnaître que le problème posé par le dictateur Nord Coréen est très complexe.
La question paraît simple à certains va-en-guerre des Etats-Unis : agir tant qu’il est encore temps face à une menace verbal avérée par des actions concrètes bellicistes.
La première réminiscence qui vient à l’esprit est l’attitude des gouvernements occidentaux face à la montée en puissance de Hitler.
Si les Etats-occidentaux étaient intervenus, dès l’invasion de la Rhénanie, pour éliminer la faction nationaliste et raciste d’Hitler, la guerre, et le génocide, auraient, peut-être, été évités.
Au lieu de cela, en refusant d’intervenir, alors que quelques années plus tôt la France avait fait une démonstration de force face à une menace de non remboursement de la dette allemande ; en restant l’arme au pied lors de l’invasion des Sudètes ; en acceptant lâchement et hypocritement l’allégation nazie de mauvais traitements infligés par les Tchèques à la minorité allemande, les Etats occidentaux avaient encouragé les ambitions expansionnistes et colonialistes du militarisme allemand.
Mais à l’époque, l’Allemagne ne disposait pas de la bombe atomique et des missiles pour la délivrer sur ses ennemis. Pas plus ne bénéficiait-elle de pays allié prêt à envoyer ses troupes en renfort en cas d’agression et à mettre en œuvre les armes les plus dévastatrices.
L’approche du spécialiste politique de la chaîne radiophonique n’est pas une analyse isolée : elle est la manifestation d’un consensus qui se manifeste jusqu’au sommet de l’Etat. Ainsi que parmi les élites d’autres pays occidentaux.
Dans le cas d’Hitler, ses objectifs à moyen et long terme étaient pourtant clairs et auraient dû éveiller l’instinct de survie de ses voisins.
Les commentateurs politiques « politiquement corrects » prennent indirectement la défense de l’Arturo Hui coréen : il a la hantise d’une attaque contre son pouvoir et l’accès à la « missilerie » intercontinentale et à l’arme atomique n’est que le moyen de se rassurer. C’est tout. On vous l’assure ! Rassurons-le et il n’ira pas plus loin. Promis juré ! D’ailleurs, n’a-t-on pas eu raison lorsque l’on n’est pas intervenu dans l’affaire des Sudètes et que l’on a au contraire fait pression, en lui donnant honte en plus, au président Tchécoslovaque de l’époque, pour qu’il abandonne cette province sans combattre ?
Le président nord-coréen actuel est la troisième génération d’une dynastie paranoïaque et militariste qui écrase son pays depuis près de 70 ans. La menace d’une attaque préventive ou de riposte de nature atomique peut-elle le dissuader de poursuivre son armement démentiel ?
Si l’on doute de sa volonté inébranlable et de son mépris de la sécurité de sa population, il suffit de rappeler l’abominable famine subie par son pays, dans les années 1994-1998 qui fit entre 1,5 et 3,5 millions de morts sur 22 millions d’habitants. L’efficacité du système répressif est telle que l’on ne connaît pas le chiffre exact des morts. Un pays qui est sans pitié pour ses habitants peut-il être impressionné par une menace de bombardement dévastateur ?
Rien ne transpire dans la presse de ses ambitions, et de celles de ses prédécesseurs.
A défaut d’écrits, comme le Mein Kampf d’Hitler, on peut s’appuyer sur des faits récurrents :
- Creusement régulier, au travers de la ligne d’armistice, de larges tunnels permettant de faire passer des divisions entières et parfois des véhicules de l’autre côté, pour prendre à revers les forces coréennes du sud.
- Bombardements surprises sur des positions sud-coréennes
- Torpillage d’un navire militaire sud-coréen
- Développement de missiles de théâtre et de missiles intercontinentaux
- Développement de bombes de plus en plus destructrices
Le leader nord-coréen sait que la Chine ne tolèrerait pas que le régime communiste nord-coréen cède le pas à une démocratie alliée des Etats-Unis. Ce qui avait motivé l’intervention chinoise pendant la guerre de Corée est toujours valable aujourd’hui.
De plus, il semble que la Corée du Sud craigne la déstabilisation de son économie et l’impact politique d’une réunification avec un pays dont l’économie est essentiellement à but militaire et où des générations de coréens ont été fanatisées dans un communisme dur.
A quelques reprises, les précédents leaders nord-coréens avaient fait état de leur ambition de réunifier la Corée sous leur botte.
Peut-on être assez naïf pour ne pas voir que derrière cette paranoïa, il y a aussi une ambition à moyen ou long terme belliciste ?
La question d’une attaque préventive peut paraître séduisante : le nombre de vecteurs de transport et de bombes atomiques disponibles est pour l’instant réduit. A notre connaissance, les missiles ne sont pas encore en mesure de porter plusieurs ogives simultanément, dispositif qui rendrait plus problématique l’interception. Plus il y aura de missiles et plus il y aura d’ogives par missile, plus le risque que des missiles échappent à l’interception, grâce à la saturation des défenses adverses.
Mais comme on l’a constaté sur les images des lancements, les lanceurs sont mobiles, contrairement aux premières générations de missiles des grandes puissances. Ils sont facilement dissimulables. Des faux lanceurs attireront la plupart des frappes occidentales. L’expérience de la guerre aérienne contre la Serbie est là pour nous rappeler la faible efficacité des bombardements ciblés face à un adversaire capable de masquer ses armes et de créer des leurres.
L’autre obstacle est la réaction de la Chine et, dans une moindre mesure, celle de la Russie. En s’opposant au dictateur nord-coréen de façon frontale, la Chine risquerait, soit d’être la cible des missiles de la Corée du Nord, soit de se retrouver avec des bases américaines à sa frontière. Lui demander d’intervenir contre son voisin encombrant, avec lequel elle a d’ailleurs parfois des incidents frontaliers, est du domaine du rêve.
La possession de l’arme atomique en quantité et des moyens de la délivrer de l’autre côté du monde permettra au dirigeant coréen, de faire un chantage en cas de boycott, mais aussi de lancer, un jour, une attaque massive contre la Corée du Sud.
Les matériels « classiques » de la Corée du Nord sont pour une bonne partie obsolète, mais avec une armée d’un million d’hommes, sans compter le reste de la population mobilisable, la surprise, et la couverture nucléaire, voire l’utilisation de bombes tactiques, il se pourrait que la Corée du Sud s’effondre rapidement et que les pays occidentaux ne soient paralysés, de crainte d’une riposte nucléaire sur leurs populations en cas d’intervention au secours de la Corée du Sud.
Pour l’instant, les menaces ne sont que paroles : le nombre de bombes atomiques et de vecteurs à longue portée disponibles est encore limité. Mais le « bouclier » atomique a vocation de monter en puissance. La Corée du Nord ne survit que par un régime hyper répressif qui s’appuie sur le sentiment de menace venue de l’Occident qu’il diffuse en permanence dans l’esprit de ses citoyens. La menace extérieure permanente est le pilier, la raison d’être de ce régime. Pour l’instant aucune agression majeure n’a été réalisée, seulement des « incidents », avec morts d’hommes toutefois.
Que se passera-t-il quand le dictateur disposera d’une panoplie telle qu’il se pensera à l’abri de toute attaque, quelle que soit son activité guerrière. Il est de bon ton de dire que la possession de l’arme nucléaire oblige les pays qui en sont dotés à être raisonnables. Quel est le degré de « raisonnable » dans l’esprit du dirigeant Nord-Coréen ?
Au-delà de la Corée du Nord, il y a l’Iran qui convoite des champs pétroliers dans le Golfe Persique et essaie de créer en même temps un axe Golfe Persique, mer Méditerranée. La détention de la bombe atomique et des missiles pour la délivrer en suffisance pour saturer les défenses adverses, même les plus denses (il serait illusoire de penser qu’une défense anti missiles soit capable d’intercepter la totalité d’une pluie de missiles à têtes multiples) peut inciter son détenteur à l’aventure militaire.
La leçon de l’impuissance du monde, c’est que l’on doit s’attendre à une multiplication dans le proche avenir des tentatives de pays de se doter de l’arme nucléaire. Au risque de perdre tout contrôle.
Voilà le véritable enjeu de cette course aux armements.
La leçon de l’impuissance du monde, c’est que l’on doit s’attendre à une multiplication dans le proche avenir des tentatives de pays de se doter de l’arme nucléaire. Au risque de perdre tout contrôle.
Voilà le véritable enjeu de cette course aux armements.
Amos Yadlin, ancien chef des renseignements militaires de l’armée israélienne et actuel président de l’Institut d’études sécuritaires nationales, un think-tank basé à l’université de Tel Aviv ajoute une dimension à cette confrontation qui ne concerne pas que la Corée du Nord : l’Iran observe la situation et les réactions des Occidentaux par rapport au chantage de Kim Jong, la possession de l’arme atomique la rendra insensible aux menaces de l’Occident et ses ambitions de conquête dans sa région seront exacerbées.
Par ailleurs, il ne sera pas difficile de comparer le résultat de la politique nord-coréenne avec celles de Kadhafi et de l’Ukraine : les deux pays avaient renoncé à la bombe atomique. Le deuxième en contrepartie d’une garantie de ses frontières. Kadhafi a été éliminé grâce à une intervention occidentale. L’Est de l’Ukraine est occupé par l’armée russe.
Moralité : un « bad boy » a plus de chances de survie qu’un « gentil garçon » ! Nul doute qu’un certain nombre de pays, dont l’Iran, sauront tirer la leçon de la paralysie du monde face à la dissémination atomique (agressive en l’occurrence).
Inexorablement, les conditions d’un conflit mondial se rapprochent. Face aux périls, la parole s’envole mais la passivité reste la règle sur le terrain. La seule inconnue est quand il se déclenchera, quelles armes seront utilisées alors que l’arme atomique se démocratise, quels pays seront touchés et avec combien de victimes.
Les actions préventives israéliennes contre le nucléaire irakien et syrien n’en sont que plus méritoires mais elles restent des cas isolés, dans un contexte où il n’y avait pas un voisin comme la Chine. Et ces actions ont trouvé leurs limites avec l’Iran qui, à l’issue de la période de transition, n’aura besoin que de quelques mois pour tester sa première bombe atomique et disposera déjà des vecteurs pour la transporter.
Ce qui se passe en Asie n’est pas un cas isolé, mais l’indication d’une tendance dont il y a lieu de s’inquiéter.
Et face à ces menaces, il est terrifiant de constater que les démocraties sont impuissantes…
Michel Rozenblum
Institut international de Stratégie et de Simulation (I.S.I.S.)
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A souligner, l’Iran, n’a pas la protection, d’un empire comme la Chine à ses cotés.
Le régime, n’est pas tout à fait le même non plus, l’un se disant communiste, comme la Chine et l’Iran, religieux, la Chine, ce n’est pas le cas, ni les Russes. Autan, ces derniers, jouent la carte avec l’Iran, dans un cas bien précis, mais je ne pense pas que les Russes vont s’investir pour défendre cet Iran fanatique & religieux…
Israël, même petit rapporte plus aux Russes, par sa stabilité son non expansionnisme & sa structure étatique, contrairement aux Iraniens, qui ne rêve qu’une chose récréer l’empire Perse…