Pour l’anniversaire de Reconquête, Zemmour souffle la bougie et enflamme son discours

L’ex-polémiste a réuni 4 000 militants au palais des sports de Paris, un an après le meeting de Villepinte, lancement de sa campagne présidentielle. Il a tenté de remobiliser sa base en faisant feu sur « l’hétérogénéité » ethnique du pays.

Est-ce un meeting politique, une boum d’anniversaire, une fête d’avant-match, une fan-zone, une séance de team building, une commémoration, une reconstitution XS du meeting de Villepinte, une preuve de vie ou plus simplement le lancement d’une campagne de réadhésion ? Un peu de tout ça sans doute.

Éric Zemmour a réuni 4 000 militants (10 euros l’entrée) ce dimanche au palais des sports de Paris. Un an tout juste après l’imposant meeting de Villepinte, qui avait réuni 12 000 participants et transformé le polémiste en homme politique, Éric Zemmour veut démontrer qu’il bouge encore.

En décembre 2021, il était l’homme qui captait l’attention, faisant trembler le paysage politique et affoler les boussoles sondagières, relayant Marine Le Pen dans l’ornière médiatique. Un an et un gros groupe parlementaire RN plus tard, c’est au tour d’Éric Zemmour de se voir menacé d’invisibilisation.

Les cadres veulent croire que « la dynamique est toujours là »

D’où ce rendez-vous militant, en dehors de tout agenda électoral. Premier objectif : faire réadhérer les 130 000 militants revendiqués. Une gageure après de multiples désillusions électorales.

Les bulletins d’affiliation à Reconquête (à partir de 300 euros pour une adhésion « mécène ») sont d’ailleurs disposés sur les travées qui se remplissent lentement. « En général, 50 % des membres d’un parti ne réadhèrent pas après une année électorale, on doit montrer l’intérêt à réadhérer », décrypte-t-on dans le premier cercle d’Éric Zemmour. 20 000 personnes auraient d’ailleurs déjà réaffirmé leur soutien, souffle-t-on à la direction de Reconquête.

« La dynamique est toujours là. Malgré la grève SNCF et le match du Mondial, la salle est pleine. Il n’y a que nous qui sommes capables, avec LFI, de faire cela. On montre qu’on existe ! », s’enflamme Philippe Vardon, ex-RN et dernière « recrue » zemmouriste.

« Aujourd’hui, c’est de la mobilisation ! Les militants vont repartir à bloc ! » veut croire Stanislas Rigault, membre du bureau exécutif alors que « L’envie » de Johnny sature les basses.

Rien n’est trop beau pour célébrer dignement ce premier anniversaire pour lequel Reconquête a déboursé la coquette somme de 160 000 euros : ni le « best of des musiques de la campagne » introduit par Olivier Ubéda, le grand metteur en scène de la campagne présidentielle, ni le « reconcake » aux bougies étincelantes, accueilli par un vibrant « joyeux anniversaire » de la salle.

À défaut de victoires électorales, des victoires culturelles

Pour démontrer que Reconquête, malgré ses défaites, n’est pas une coquille vide, une vidéo rappelle, sur fond de rock viril, les derniers faits d’armes d’une formation désormais engagée dans l’agit-prop : expulsion d’un imam radicalisé à Saint-Chamond (Loire), manifestation contre Éric Dupond-Moretti, l’invention du néologisme « francocide », la création du réseau « parents vigilants » contre de supposées dérives éducatives à l’école, la mobilisation à Callac (Côtes-d’Armor) contre un foyer de migrants, la dénonciation d’une femme voilée dans le calendrier de l’armée, etc.

« Enfin un parti qui agit », conclut la vidéo avant qu’Éric Zemmour n’enchaîne sur un discours de près de 40 minutes, calibré pour ne pas empiéter sur le huitième de finale de la France.

« Qui ignore aujourd’hui ce qu’est le grand remplacement ? », se félicite le président de Reconquête qui, à défaut de victoire électorale, se targue de victoires culturelles. « Si l’on ne se soucie que des idées, on devient un pur mouvement d’intellectuels. Et rassurez-vous, je n’ai pas quitté ma position pour refaire la même chose ! Mais si on ne se soucie pas des idées, on devient comme les autres, des ambitieux sans convictions, à la seule recherche de la place, du poste, du mandat, prêts à toutes les habiletés tactiques », théorise celui qui envisage de « saisir la justice pour atteinte à la neutralité de l’enseignement » après qu’une professeure a envisagé« une sortie scolaire auprès des migrants à Calais ».

« L’hétérogénéité ethnique » comme nouveau concept

Pour ne pas disparaître, Éric Zemmour monte aussi le son sur le fond de son discours, pointant du doigt « l’hétérogénéité ethnique de notre société », là où il attaquait jusqu’alors le multiculturalisme.

« Plus une société est hétérogène ethniquement, plus elle est violente et conflictuelle », ajoute l’ancien journaliste, portant à la liste des moteurs de la violence un « excès de jeunesse masculine et donc un excès de testostérone » (rappelant que la Seine-Saint-Denis comme l’Afrique battent des records de jeunesse et de fécondité), « l’attitude revancharde de ceux que nous accueillons » et « l’affrontement millénaire entre le monde chrétien et le monde musulman ».

Évoquant l’interview d’Emmanuel Macron au Parisien, dans laquelle le président rappelle que « la France a toujours été une terre d’immigration », Éric Zemmour réplique, dans des lignes qui ont été ajoutées au discours initial : « Non monsieur Macron, les immigrés européens du XIXe et du XXe siècle n’ont rien à voir avec les immigrés maghrébins et africains d’aujourd’hui ».

« Refusons ensemble la mélancolie qui désespère ! Surmontons ensemble nos colères et nos doutes ! », implore pour conclure l’ancien candidat à la présidentielle. Fin de discours et Marseillaise. Éric Zemmour s’éclipse dans un bistrot voisin pour regarder le match. Et applaudir une équipe de France loin d’être « ethniquement » homogène.

Le Parisien

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