Il y a 77 ans, la dernière rafle de juifs de l’Yonne avait lieu

Il y a 77 ans, la dernière rafle de juifs de l'Yonne avait lieu

Henriette et Roger Hess (en haut à gauche) et la famille Azernitski (en bas à gauche), font partie des victimes des rafles de l’Yonne. Le camp de Pithiviers (Loiret) faisait partie des lieux de transit des déportés (à droite). Montage Marion Boisjot, archives La République du Centre, Jean Bernard, Arory (archives privées) © Marion Boisjot

Dans l’Yonne, plus de cent cinquante Juifs ont été arrêtés et déportés dans des camps d’extermination au cours de rafles lors de la Seconde Guerre mondiale. À la Libération, peu d’entre eux sont revenus. La dernière de ces rafles a eu lieu le 24 février 1944.

C’était il y a 77 ans. Le 24 février 1944, on frappait aux portes de plusieurs maisons dans l’Yonne. À Sens, Fouchères, Bussy-en-Othe, à la ferme abbaye de Vauluisant. On arrêtait hommes, femmes et enfants, on prenait les clés de leurs logements. Direction le camp d’internement de Drancy, en région parisienne, puis Auschwitz. Une rafle de Juifs. La troisième dans le département, la dernière aussi.

Une opération éclair, organisée dans l’urgence. Le préfet du département, situé en zone occupée, avait reçu la veille l’ordre, venu de la police de sûreté allemande, d’arrêter et de transférer cinquante-huit Juifs au camp de Drancy avec le concours des forces de police et de gendarmerie.

Au moins 156 juifs déportés dans l’Yonne

L’Association pour la recherche sur l’Occupation et la Résistance dans l’Yonne (Arory) cite ainsi les mots du commissaire de police de Sens dans une lettre destinée au préfet. « Ce matin, à sept heures, j’ai procédé à l’ouverture du pli que vous m’avez fait parvenir hier soir. J’ai immédiatement donné des instructions pour que l’on prévienne à leur domicile mes quatre inspecteurs. » À huit heures, les arrestations commençaient.

La rafle de 1944 visait les juifs français. Les deux précédentes visaient des Juifs qualifiés par les nazis “d’apatrides”, ou “d’étrangers”, explique l’historien Joël Drogland, vice-président de l’Arory. Même les gendarmes ont trouvé scandaleux de devoir en arrêter certains. La solidarité était plus importante entre Français. Beaucoup de Juifs qui auraient dû être déportés ont été sauvés, on a pu en retrouver un certain nombre dans l’Yonne. » À Fouchères, le petit Fernand Sebag, cinq ans, fils d’un professeur de mathématiques du lycée de Sens, était ainsi « absent » au moment de l’arrestation de ses parents. « Un témoignage rédigé après la Libération nous apprend que c’est en réalité la bienveillance du brigadier de gendarmerie qui a permis au jeune Fernand de ne pas être arrêté. » À Courlon, la famille Avram aurait quitté clandestinement sa maison dans la nuit précédant la rafle. « Soit les gendarmes organisaient des fuites, soient les gens partaient se cacher. »

Un projet d’installation de « pavés de mémoire » en souvenir de la déportation des juifs est en réflexion dans l’Yonne, porté par le président fondateur de l’Association du musée mémorial résistance Yonne nord

Seulement cinq survivants

D’autres n’ont pas eu cette chance. L’association estime qu’au moins cent cinquante-six Juifs auraient été victimes des déportations dans l’Yonne entre 1942 et 1944, sur une population, recensée dès septembre 1940, de trois cent vingt personnes. Seulement cinq en seraient revenus. « La proportion de juifs déportés qui sont décédés est plus importante dans l’Yonne que la moyenne nationale. » Elle serait de 47 % dans le département, contre 25 % en France. Un écart important, même si les chiffres réels sont « très difficiles à connaître ».

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« Les rafles ont malheureusement été très efficaces dans l’Yonne » explique Joël Drogland, qui évoque également la ruralité du département, et donc peu de connaissances vers lesquelles se tourner pour trouver de l’aide. « Ces convois partaient pour des camps d’extermination. Il n’y avait généralement pas de tri pour prendre des travailleurs, ils étaient tous gazés à la sortie du train. »

Lors de la première rafle, les 12 et 13 juillet 1942, ils étaient quarante-trois, des Juifs polonais pour la plupart. Puis trente-sept, lors de la rafle du 8 octobre 1942. Des arrestations plus sporadiques ont également eu lieu avant la dernière rafle de février 1944, la plus importante mais également la plus dure. Les Français ne sont plus épargnés, les personnes âgées, les malades, les enfants?; tous sont emmenés. Comme Henriette Hess, 10 ans, et son frère de 9 ans, Roger, dont les parents avaient été arrêtés en 1942 et qui, finalement, prendront eux aussi un convoi en direction de Drancy deux ans plus tard. Comme Simone Lévy, 13 ans, remise entre les mains des gendarmes avec ses parents et son grand frère à Bussy-en-Othe. Comme Adolphe Javal, 70 ans, infirme, déporté quelque temps après la rafle, suivant ainsi le reste de sa famille à Auschwitz. Et comme tant d’autres.

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Myriam Lebret
myriam.lebret@centrefrance.com

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