Vaincre Daesh nécessite de réconcilier Sunnites et Chiites

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Les forces sous commandement américain évincent l’EI mais la victoire pourrait ne pas durer

Analyse: Malgré la déclaration de mercredi du président américain Donald Trump, crier victoire dans la lutte anti-Daesh semble prématuré ; le problème consiste maintenant à atteindre l’objectif politique de réconcilier des groupes internes rivaux dans la région – un défi auquel l’Amérique a déjà dû faire face auparavant en Afghanistan et en Irak et qui s’est révélé compliqué
Au cours d’une campagne qui a duré cinq ans et deux présidences américaines, qui ont déclenché plus de 100 000 bombes et tué un nombre incalculable de civils, l’armée américaine a organisé la destruction de l’empire autoproclamé du groupe État islamique en Irak et en Syrie.

C’est un succès militaire, mais il n’est pas nécessairement durable. 

Batailles contre l'Etat islamique à Mossoul, en Irak (Photo: AFP)

Batailles contre l’Etat islamique à Mossoul, en Irak (Photo: AFP)

 

Le groupe État islamique est mis à terre, mais ce n’est pas gagné pour autant.


Le président américain Donald Trump a présenté mercredi une carte codée en couleurs illustrant ce qu’il a appelé la disparition imminente Daesh dans son dernier confetti de territoire syrien. À son apogée, en 2014-15, il contrôlait une zone de la taille de la Grande-Bretagne à travers la Syrie et l’Irak et avait lancé une série d’attaques terroristes dans le monde entier. 

Sa suggestion de finalité atteinte dans la lutte contre Daesh semblait cependant prématurée. 

Si l’histoire peut servir de guide, la reconquête du territoire contrôlé par Daesh risque de constituer une victoire de courte durée, à moins que l’Iraq et la Syrie ne règlent le problème à l’origine du mouvement extrémiste : celui des gouvernements qui opposent un groupe ethnique ou sectaire à un autre.


L’armée américaine s’est déjà retrouvé coincée dans ce scénario. En 2001, après les attaques du 11 septembre contre New York et Washington, les États-Unis ont envahi l’Afghanistan, renversé le régime taliban au pouvoir en quelques semaines et installé Hamid Karzaï à la tête du pays. La guerre semblait terminée. Mais les talibans se sont regroupés alors que Washington se concentrait sur Saddam Hussein (Irak) et, en 2009, le commandant en chef des États-Unis à Kaboul a dû déclarer que la guerre était dans l’impasse. 

L’armée américaine est toujours en Afghanistan dans des perspectives de paix incertaines. 

L’expérience irakienne a suivi un chemin similaire. L’armée américaine avait apparemment vaincu l’insurrection sunnite en Irak en 2011 après huit ans de guerre. Les forces américaines sont parties, mais les tensions interconfessionnelles ont repris et ont permis aux membres de Daesh basés en Syrie de prendre le contrôle d’une grande partie de l’Irak en 2014. 

Comme le général d’armée Lloyd Austin, l’architecte du plan visant à vaincre Daesh en Irak et en Syrie, l’exprimait en 2015, la majorité des sunnites en Irak ont, ​​tout simplement, refusé de se battre pour leur gouvernement lorsque Daesh a balayé l’Euphrate et pris le contrôle d’une grande partie du nord et de l’ouest du pays. 

“Ils ont permis – et dans certains cas, facilité – la percée de l’Etat islamique à travers le pays”, a déclaré Austin. La raison de leur complicité, bien qu’il ne l’ait pas dit, était une profonde méfiance sunnite envers le Premier ministre chiite Nouri al-Maliki. 

Le président Barack Obama, qui avait qualifié d’erreur l’invasion américaine de 2003, a renvoyé un petit nombre de conseillers militaires américains en Irak à l’été 2014, geste suivi par une campagne aérienne. Cette fois, une nouvelle approche a été adoptée : former et équiper les Irakiens au combat, plutôt que de se battre pour eux. Ainsi est née une stratégie anti-Daesh qui a finalement prévalu en Irak et en Syrie.

Le problème consiste maintenant à atteindre l’objectif politique de réconcilier les groupes internes rivaux dans les deux pays. 

Stephen Biddle, professeur en affaires internationales et publiques à l’Université Columbia, estime qu’il est fort probable que le groupe État Islamique reste une menace insurgée en Iraq et en Syrie avec une intensité susceptible de croître 

"L'armée américaine est toujours en Afghanistan alors que les perspectives de paix sont incertaines" - Les forces américaines en Afghanistan (Photo: Reuters)

“L’armée américaine est toujours en Afghanistan alors que les perspectives de paix sont incertaines” – Les forces américaines en Afghanistan (Photo: Reuters)

 

“Si la situation empire, ce qui sera probablement le cas, je suppose que si on y réfléchit en 2025, les analystes verront l’expulsion de l’Etat islamique de son dernier territoire contigu et les célébrations américaines associées comme un autre exemple de réactions trop étroites et à courte vue, qui se focalisent sur des événements secondaires “, a écrit Biddle dans un échange de courrier électronique. 

Brett McGurk, ancien envoyé spécial des Etats-Unis auprès de la coalition contre l’Etat islamique, a écrit sur Twitter mercredi que le groupe État islamique était “presque achevé” en Syrie “grâce au plan de campagne conçu sous Obama et poursuivi sous Trump”. McGurk, qui a démissionné en décembre après que Trump a brusquement déclaré que les forces américaines se retireraient complètement, a déclaré que le succès militaire “nécessite un suivi”. 

Selon une nouvelle analyse de l’Institut d’étude de guerre, Daesh est en train de rétablir les réseaux d’insurgés dans les fiefs historiques du nord de l’Irak et de préparer le terrain pour de futures attaques contre le gouvernement irakien. 

“Les États-Unis et leurs partenaires ne doivent pas considérer la sécurité relative actuelle à Bagdad comme une confirmation de la défaite de l’Etat islamique”, a écrit Brandon Wallace, de l’Institut, dans une analyse récente. 

Le général Joseph Votel, qui supervise les opérations militaires américaines au Moyen-Orient en tant que commandant du commandement central, a déclaré au Congrès, en début de ce mois-ci que l’extrémisme en Irak et en Syrie est un “problème de génération”. 

Lorsque l’armée américaine a commencé sa campagne contre Daesh, elle s’est principalement concentrée sur l’Irak, en partie parce que Bagdad elle-même semblait en danger. Les opérations ont été lentes et en mai 2015, tous les efforts ont été mis en doute lorsque les défenseurs irakiens ont été mis en déroute à Ramadi. Le secrétaire américain à la Défense à l’époque, Ash Carter, a douté de la volonté des Irakiens de se battre, mais peu à peu, le vent a tourné en leur faveur. 

La campagne pour la Syrie a également commencé lentement et a été marquée par des revers effrayants. En septembre 2015, Austin, le commandant du Commandement Central US, a reconnu, lors d’un témoignage devant le Congrès, que malgré les espoirs de mettre plusieurs milliers de rebelles syriens soutenus par les États-Unis au combat contre Daesh, ils n’en avaient géré que quatre ou cinq (mille hommes).

“C’est un échec total”, a déclaré prématurément le sénateur Jeff Sessions (D-Ala). Mais l’effort a pris de l’ampleur et, au début de 2016, les États-Unis avaient recruté et organisé ce que l’on a appelé les Forces démocratiques syriennes, que les troupes des opérations spéciales américaines ont entraînées, conseillées et assistées. En dépit de nouvelles complications sur le champ de bataille, telles que l’entrée de la Russie dans le conflit, la campagne a méthodiquement repris le territoire de l’Etat islamique et tranché dans la ligne de vie des extrémistes. 

AP | Publié: 03.21.19, 08:43 
Adaptation : Marc Brzustowski

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