« Une vie » : l’histoire vraie de Nicholas Winton, le Schindler britannique qui a sauvé 669 enfants

En 1939, Nicholas Winton a sauvé 669 enfants tchèques des griffes des nazis. Ce « Schindler britannique » est mis en lumière dans un biopic intitulé « Une vie », en salles à partir de mercredi 21 février. Allez voir ce film magnifique, bouleversant..

Qui était Nicholas Winton ?

Né à Londres le 19 mai 1909, Nicholas Wertheim grandit dans une famille d’origine allemande, juive, mais non pratiquante. Ses parents se convertissent et l’élèvent dans une nouvelle foi : le christianisme anglican. Ils s’imaginent que sa vie sera plus facile ainsi, ils ont tristement raison. Autre idée visant à améliorer leur intégration dans leur pays d’adoption, la famille change de nom. Celui de « Wertheim » a une consonance trop germanique après la Première Guerre mondiale, et surtout au moment des accords de Munich de 1938.

Nicholas, qui se fait désormais appeler « Winton » est alors banquier à la City de Londres. En décembre de cette année-là, il s’apprête à partir skier en Suisse avec des amis quand il reçoit un coup de téléphone qui va changer le cours de sa vie : son ami Martin Blake, en poste à l’ambassade britannique de Prague, lui dit avoir besoin de lui.

À l’heure où il lui parle, 250.000 réfugiés d’Allemagne, d’Autriche et de la région des Sudètes annexée par Hitler s’entassent dans des ghettos en Tchécoslovaquie. Une situation insoutenable, encore plus difficile à voir qu’à entendre.

Les missions de sauvetage de Winton

Nicholas Winton, 29 ans, se rend dans la capitale tchèque. La visite des camps et la vue des enfants, décharnés, affamés, mourants, le bouleverse. Les nazis vont bientôt envahir la ville et leur sort n’en sera que plus terrible.

Voici la véritable histoire de Nicholas Winton, le héros du film « Une vie » qui sauva - Les Herbiers.maville.com

Nicholas Winton (1909-2015) en 1938. © Photo : Associated Press

Au péril de sa vie, le jeune banquier va les aider en organisant des missions de sauvetage pour les faire passer en Angleterre. Dans son hôtel de la place Venceslas, à Prague, il reçoit les parents désespérés, récupère les papiers d’identité des enfants – en crée de faux si besoin – leur obtient un visa pour la Grande-Bretagne et leur trouve des familles prêtes à les accueillir sur place. Une fois l’administratif fait, il trouve de l’argent pour organiser les convois. Impossible d’accomplir ces tâches seul. Heureusement, Nicholas Winton peut compter sur le soutien de sa mère, Babi, et l’aide précieuse de Trevor Chadwick et Doreen Warriner.

Hanté par le dernier convoi

À la gare de Prague, parents et enfants se quittent dans des adieux déchirants. Ils se disent « à bientôt », mais ne se reverront jamais. L’équipe de sauvetage parvient à évacuer huit trains vers l’Angleterre. En mars 1939, les Allemands envahissent la Tchécoslovaquie. Un neuvième convoi est prévu le 3 septembre 1939. Mais ce jour-là, l’Allemagne envahit la Pologne et la Grande-Bretagne entre en guerre. Le convoi est bloqué. Ce sont 250 enfants qui ne pourront pas être sauvés. Nicholas Winton ne se le pardonnera jamais. Alors même qu’il a sauvé 669 enfants tchèques d’une mort certaine, il pensera sans cesse à ce dernier convoi.

Engagé dans la Royal Air Force pendant la guerre, il continue à militer pour les réfugiés. Et puis le conflit se termine. La vie reprend son cours. Nicholas Winton se marie en 1948, a 3 enfants et reprend son métier de banquier. Pendant 50 ans, il garde sous silence son action de sauvetage. Un jour, son épouse tombe sur le journal dans lequel sont consignés, lettres, contacts, articles de presse, listes et photos des enfants. Son histoire commence à sortir de l’ombre.

Pour la première fois, la BBC met en lumière le héros

C’est la BBC qui met pour la première fois, littéralement, les projecteurs sur Nicholas Winton en l’invitant à participer à l’émission That’s Life en février 1988. Alors que la présentatrice revient sur ses exploits, elle lui révèle en direct que les personnes du public sont les enfants qu’il a sauvés. L’émotion est immense, sur le plateau, mais aussi chez plus d’une dizaine de millions de téléspectateurs britanniques.

En Grande-Bretagne et en République tchèque, Nicholas Winton reçoit enfin les honneurs qu’il mérite. En 1998, le président tchèque Václav Havel lui remet la médaille de l’Ordre de Tomáš Garrigue Masaryk, la plus haute distinction civile en République tchèque, pour son rôle dans le sauvetage des enfants juifs tchèques pendant l’Holocauste. En 2003, il est anobli par la reine Elisabeth II pour services rendus à l’humanité. À la toute fin de sa longue vie, les récompenses continuent à pleuvoir.

À l’âge de 105 ans, en 2014, Sir Nicholas Winton est décoré de l’Ordre de la République tchèque, la plus haute distinction de l’État tchèque, par le président Miloš Zeman.

L’exploit de Nicholas Winton au cinéma

Quand il meurt l’année suivante, à l’âge de 106 ans, on considère que 6.000 personnes sont en vie grâce à lui. « Le monde a perdu un grand homme », déplore David Cameron.

Nous ne devons jamais oublier l’humanité dont a fait preuve Sir Nicholas Winton en sauvant tant d’enfants de l’Holocauste.
Il se disait « européen, socialiste et agnostique », il était avant tout humain, considérant que tous les Hommes étaient égaux et que chaque vie méritait d’être sauvée. « Qui sauve une seule vie, sauve le monde », rappelle un proverbe hébreu.

En 1993, après la sortie aux États-Unis de la Liste de Schindler, chef-d’oeuvre de Steven Spielberg qui met en lumière un industriel allemand qui a sauvé 1.200 juifs durant la guerre, Nicholas Winton reçoit le surnom de « Schindler britannique ». Mais son histoire à lui reste assez peu connue du grand public. Si quelques films on déjà raconté son exploit (All My Loves Ones (1999), The Power of Good (2002), et La Famille de Nicki (2011)), le biopic réalisé par James Hawes, au cinéma le 21 février 2024, devrait avoir l’écho mérité par celui qui refusait qu’on le définisse comme un « héros ».

Nicholas Winton à Prague en 2007Nicholas Winton à Prague en 2007Li-sung for Wikicommon

Fidèle à l’histoire, le film a été réalisé avec l’aide de la fille de Nicholas, Barbara Winton. Fidèle à l’Histoire, il restitue parfaitement les atmosphères des deux époques, 1938 et 1988, auxquelles se déroulent le film. La production a réussi à retrouver la trace de ceux qui se sont surnommés les « enfants de Nicky » et leur a proposé de participer au tournage. Ainsi, dans le public de l’émission reconstituée peut-on voir des personnes qui doivent réellement leur vie à Nicholas Winton.

La sortie du film Une vie de James Hawes intervient dans un contexte marqué par l’actualité alors que le nombre actuel de réfugiés dans le monde atteint des proportions inédites depuis la Seconde Guerre mondiale. L’antisémitisme dans le monde a explosé depuis l’attaque terrible du hamas contre Israël depuis le 7 octobre. Les juifs et Israël subissent un isolement international insupportable….

JForum.fr www.geo.fr CHARLOTTE CHAULIN

Anthony Hopkins dans “Une vie”. ©SND

 

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Marco 22

Cet homme par humilité a caché ces actes héroïques pendant des dizaines d’années. Mais l’Éternel n’a pas oublié; et ce qui devait être mis à la lumière, fut mis à la lumière.

Histoire très émouvante.