Avec la Turquie contre l’Égypte, Israël devrait se préparer à ce que Erdogan sorte de ses gonds – analyse

La Turquie et l’Égypte étant peut-être au bord de la guerre en Libye, une tentative d’annexion israélienne risque de faire cracher des flammes de l’enfer à Erdogan.

Le président turc Tayyip Erdogan prononce un discours lors de la réouverture de la mosquée Yildiz Hamidiye de l'époque ottomane à Istanbul, Turquie, le 4 août 2017 (crédit photo: MURAD SEZER / REUTERS)
Le président turc Tayyip Erdogan prononce un discours lors de la réouverture de la mosquée Yildiz Hamidiye de l’ère ottomane à Istanbul, Turquie, le 4 août 2017 (crédit photo: MURAD SEZER / REUTERS)

Même si rien d’autre ne se passait dans le monde aujourd’hui, le président turc Recep Tayyip Erdogan devrait réagir avec fureur à tout mouvement israélien le 1er juillet pour étendre sa souveraineté à certaines parties de la Judée-Samarie/Cisjordanie.

Mais maintenant, la Turquie et l’Égypte étant peut-être au bord de la guerre en Libye, alors que chaque pays soutient les parties adverses dans la guerre civile meurtrière là-bas, une décision d’annexion israélienne est susceptible de provoquer Erdogan au point de cracher les feux de l’enfer.

Pourquoi? Parce que les deux pays musulmans se battront pour s’attirer l’opinion publique dans le monde arabe et musulman, et s’il y a une chose qu’Erdogan a perfectionnée pendant ses 17 ans de règne en Turquie, c’est d’utiliser des positions et de la rhétorique anti-israéliennes et antisémites pour renforcer sa stature dans ces deux sphères d’influence.

En Libye, très simplement, la Turquie et le Qatar – deux pays parfois qualifiés de «Frères musulmans» et qui nourrissent des groupes islamiques tels que le Hamas – soutiennent le gouvernement libyen d’accord national (GNA) contre les forces de campagne de l’armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar, soutenu entre autres par l’Égypte, ainsi que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Les Frères musulmans ont beaucoup de pouvoir à l’intérieur du GNA, tandis que Haftar est opposé à cette forme d’islam politique. La Libye n’est donc qu’un des théâtres régionaux où se joue la rivalité entre les forces politiques islamistes et les États sunnites plus modérés.

Alors, qu’est-ce que cela a à voir avec une décision israélienne d’étendre sa loi sur Ma’aleh Adumim et Alon Shvut?

Si Erdogan peut remodeler son image par une rhétorique antisémite et antisioniste ardente en tant que champion des Palestiniens, et essayer de dépeindre l’Égypte comme une sorte de laquais israélien – en raison de son traité de paix et de ses relations de sécurité étroites avec l’État juif – alors peut-être que le leader turc peut gagner des points dans le monde arabe, même s’il affronte militairement – directement ou par procuration – la nation la plus peuplée et la plus importante du monde arabe.

Ce que cela pourrait éventuellement provoquer, c’est forcer le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi à prendre une position beaucoup plus véhémente contre une décision israélienne qu’il ne l’aurait souhaité s’il n’y avait été forcé – pour ainsi dire – et de se montrer plus royaliste que le roi (Erdogan) sur la question israélo-palestinienne.

Si les deux pays s’affrontent en Libye, les deux voudront s’attirer les suffrages de la rue arabe proverbiale, et s’il y a une chose qui marche exceptionnellement bien dans cette rue, c’est le dénigrement systématique d’Israël.

Erdogan le sait bien, l’ayant transformé en une forme d’art diplomatique, qui a conduit Israël à dénoncer une popularité sans précédent pour un leader turc dans le monde arabe, il y a plus d’une décennie.

Une première indication de la manière dont Erdogan pourrait à nouveau utiliserait Israël pour imposer ses lettres de créance dans le monde arabe a eu lieu en 2004, après qu’Israël a tué le chef du Hamas Ahmed Yassin au plus fort de la deuxième Intifada, un geste qu’Erdogan – qui est devenu Premier ministre un an plus tôt et président en 2014 – a appelé un acte de «terrorisme d’État».

Cinq ans plus tard, l’ambassadeur d’Israël en Turquie à l’époque, Gabby Levy, a été cité dans un câble révélé par Wikileaks comme disant qu’Erdogan était un « fondamentaliste » qui « nous déteste religieusement ». Et sa haine, disait alors Levy, « se propage ».

La première grande vague de popularité qu’Erdogan a ressentie pour avoir fustigé Israël est survenue au Forum économique mondial de Davos en janvier 2009, quand il a fustigé le président Shimon Peres pour les actions d’Israël pendant l’opération Plomb durci quelques semaines plus tôt, puis a pris d’assaut la scène. Il a été largement salué dans les médias arabes pour «avoir mis Peres à sa place».

Et ce n’était que le début: il a reçu des applaudissements pour avoir extorqué des excuses du vice-ministre des Affaires étrangères de l’époque, Danny Ayalon, qui a réprimandé l’ambassadeur de Turquie en Israël pour une série télévisée turque antisémite tout en le faisant asseoir sur un canapé plus bas. Et Erdogan a été salué comme un héros pour avoir rappelé l’ambassadeur de Turquie et expulsé l’envoyé d’Israël d’Ankara, après l’incident de Mavi Marmara en 2010.

À la suite de cet incident, Erdogan a laissé entendre qu’il enverrait des navires de guerre pour accompagner les navires «d’aide» à Gaza afin de lever le blocus de Gaza, a menacé d’effectuer une visite triomphale à Gaza et a affirmé sur les panneaux publicitaires d’Ankara avoir mis à genoux le Premier ministre Binyamin Netanyahu après que Netanyahu a présenté ses excuses – à la demande du président américain Barack Obama – pour des « erreurs opérationnelles » lors du raid de Mavi Marmara.

Plus Erdogan frappait Israël de façon virulente, plus sa popularité montait en flèche – du moins dans le monde arabe.

Les exemples où Erdogan a utilisé une rhétorique antisémite et vitriolique antisioniste sont trop nombreux pour être énumérés, alors voici quelques faits saillants:

  • En 2011, il a accusé «le peuple israélien de génocide» [lui qui ne prend aucun recul sur le génocide arménien].
  • En 2013, il a accusé Israël d’avoir orchestré le coup d’État du 3 juillet qui a amené Sissi au pouvoir en Égypte. Cette année-là, il a également qualifié le sionisme de «crime contre l’humanité».
  • En 2014, à la suite de l’opération Bordure protectrice à Gaza, Erdogan a comparé les actions militaires israéliennes à Gaza à Hitler, en déclarant: «Ils tuent des femmes pour qu’elles ne donnent pas naissance à des Palestiniens; ils tuent des bébés pour ne pas les voir grandir; ils tuent des hommes pour qu’ils ne puissent pas défendre leur pays … Ils vont se noyer dans le sang qu’ils ont versé. »
  • En 2015, un jour avant une élection élargie de ses pouvoirs exécutifs en 2015, Erdogan a déclaré que « la capitale juive » manipulait le New York Times et The Guardian , qui avaient écrit des éditoriaux négatifs à son sujet.
  • En 2017, il a tenté de délégitimer le référendum sur l’indépendance au Kurdistan irakien en alléguant que le Mossad était impliqué. La même année, il était également la principale voix dans le monde musulman contre la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël, qualifiant Israël d’ «  État terroriste  ».
  • En 2019, il a déclaré lors d’une réunion de dirigeants musulmans en marge de la réunion de l’Assemblée générale des Nations Unies que «nous considérons la Shoah de la même manière que nous considérons ceux qui assiègent Gaza et y commettent des massacres».

Non seulement ces commentaires n’ont pas nui à la position d’Erdogan chez lui ou dans le monde musulman, mais on peut faire valoir qu’ils l’ont en fait améliorée.

Il est donc acquis qu’il va vilipender Israël dans les termes les plus durs pour l’extension de souveraineté. Et quoi qu’il ait dit dans des circonstances normales, il le dira sûrement avec encore plus de vitriol, alors que la Turquie est au bord d’une confrontation militaire avec l’Égypte en Libye. Parce que s’il y a une chose qu’Erdogan a apprise, c’est que l’un des moyens de gagner en popularité dans le monde arabe – dont il aura besoin pour combattre l’Egypte – est de fustiger Israël et les Juifs sans retenue.

Préparez-vous pour un Erdogan déchaîné et odieux sur Israël, style Roger Waters.

Adaptation : Marc Brzustowski

2 Commentaires

  1. Et comment prevenir une operation maritime de la Turquie visant a empecher le pompage par Israel de son gaz offshore ? ou une operation maritime francaise visant a attribuer de facto au Liban les ressources du triangle conteste entre Israel et le Liban ?

  2. Questions simples : La Turquie, la Chine,la Russie s’opposent au niveau international et de façon permanente à Israël., pourquoi garder des relations diplomatiques avec ces 3 pays ? Dans le passé c’est ce qu’ont fait les gouvernements précédents.

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