« Tsahal se prépare à des scénarios d’attaques où des centaines de terroristes déferleraient du Sinaï »

Cette semaine, le Colonel HaCohen mettra un terme à son mandat en tant que Commandant de la Brigade Sagi.

HaCohen a travaillé tout au long de ces deux dernières années à préparer la Brigade à des scénarios auxquels Tsahal n’avait jamais pensé auparavant.

La Brigade Sagi surveille une bande de terrain de 170 kms de long sur la frontière israélo-égyptienne. Appartenant à la Division Rouge, positionnée au sein du Commandement Sud, cette brigade est responsable de la surveillance du Neguev occidental.

La Brigade, qui a pris le nom du Mont Sagi, a été fondée en 2007, à la suite du constat d’une augmentation des infiltrations et de la contrebande provenant du Sinaï.

Depuis ces deux dernières années, cette division suit à la trace la nouvelle menace qui monte du Sinaï, l’organisation terroriste globale de l’Etat Islamique, qui a transformé toute la région en un défi sécuritaire complexe.

Les jours précédant ses adieux à la brigade et avant de reprendre ses études au Collège de Sécurité Nationale, HaCohen a rencontré un journaliste de la publication jumelle du Jérusalem Post, Ma’ariv, sur un poste d’observation du Sinaï à la frontière égyptienne.

Au cœur du désert, apparemment calme et tranquille, se tapit l’organisation terroriste la plus brutale au monde. Personne n’en doute, une attaque peut survenir à n’importe quel moment.

Au sein du territoire contrôlé par la Division Gaza, on trouve cinq communautés, dont la plupart est composée de fermiers résidents, certains autres travaillant dans le tourisme. Bien qu’on voit rarement du blé pousser, de l’autre côté égyptien de la frontière, le côté israélien est florissant, ne matière d’agriculture et de boutiques qui vendent du vin.

Le centre de détention de Holot, hébergeant des centaines de migrants, est également situé à l’intérieur des limites de la division.

 » Quand vous regardez le Sinaï, vous pouvez constater que les implantations se trouvent près des points d’eau », explique HaCohen.

« Où on trouve de l’eau, on trouve des gens. Ce qui est étrange, c’est que le Sinaï n’a jamais vraiment intéressé les Egyptiens. L’Egypte a 90 millions d’habitants, ici il y a environ 350.000 Bédouins, mais les Egyptiens ont toujours dépensé leurs ressources limitées en Egypte elle-même » (hors-Sinaï).

« Le Sinaï a commencé à intéresser l’Egypte quand nous sommes arrivés et que nous avons commencé à le développer ; brusquement, ils se sont rendus compte que le Sinaï pouvait offrir d’immenses ressources », ajoute t-il.

La moitié du Sinaï est souvent considérée comme problématique.

« Cette zone s’est créée sans souveraineté établie et comme un espace sans la moindre présence d’un service de sécurité gouvernemental, ce qui a nourri le terrain et l’a rendu propice au terrorisme », postule HaCohen.

« Al Qaïda a aménagé ses bases terroristes dans le Sinaï et ensuite, il y a eu quelques petites organisations terroristes, la plus importante d’entre elles étant Ansar Bayt al Maqdis, responsable d’attaques à la roquette contre Eilat, qu’il a pris pour cible depuis des années, en essayant de porter des coups contre ceux qu’ils perçoit comme des Infidèles à la foi… ces djihadistes ne se préoccupent pas de savoir comment nous vivons, ils ne s’inquiètent que de sanctifier leur idéologie ».

« Au cours de l’année et demie qui vient de s’écouler, leurs méthodes ont changé. Des éléments ont amené l’idéologie de l’Etat Islamique dans le Sinaï. Le concept a changé, ils ne cherchent pas juste à nous attaquer. Actuellement, ils commencent d’abord par s’en prendre à ceux qu’ils considèrent comme des Infidèles parmi eux, et ensuite, à ceux qui sont de l’autre côté (Non-musulmans) », fait remarquer HaCohen.

« Daesh pense qu’il faut d’abord se purifier tout en étendant la surface de son territoire. Il agit comme s’il était encore au Moyen-Âge. Il occupe des territoires et décapite publiquement ceux qui refusent de plier et de se joindre à eux et le reste, automatiquement, suit ».

« Il contrôle l’essentiel des ressources comme le gaz et il fait du trafic humain. Il vend les gens en les réduisant en esclavage pour acheter des armes avec cet argent », ajoute t-il.

En attendant le F-35

Les gens ont commencé à s’inquiéter de la présence de ce groupe terroriste dans le Sinaï après qu’un avion de transport russe ait été abattu, en utilisant simplement une canette de soda bourrée d’explosifs. Daesh a revendiqué cet attentat peu de temps après, et l’Egypte craint que l’organisation ne risque bientôt de récidiver.

HaCohen rappelle que ce n’est que très récemment qu’on a commencé à comprendre ce qu’est Daesh et à tirer partie de ses points faibles.

« Daesh commence à s’enraciner dans les pays occidentaux. Ce qu’il doit comprendre, nous concernant, c’est que bientôt nous allons disposer du F-35 et mettre un terme à tous ses fantasmes », déclare HaCohen avec confiance.

HaCohen poursuit : « A partir du moment où n’avons plus constitué leur principal objectif, ils ont commencé à intensifier leurs activités. En nombre, ils ne sont pas énormément, seulement 1.000 membres, mais ils sont capables de mener presque quotidiennement des attaques contre l’Armée Egyptienne. Les Egyptiens travaillent activement à les réduire, mais ils continuent à réussir des attaques importantes ».

HaCohen continue : « Nous ne faisons pas que les observer et analyser leur comportement, nous préparons nos troupes. Ce n’est pas comme les coups de poignard à la porte de Damas (Jérusalem), ces scénarios impliquent des centaines de terroristes tirant, avec une artillerie à trajectoire haute ainsi que des missiles anti-tanks. C’est ce que nous devons prendre en compte quand nous réfléchissons aux changements survenus dans la zone ».

Le côté égyptien de la frontière a aussi ajusté ses moyens de réplique à la menace croissante.

« Les Egyptiens comprennent qu’ils ont affaire à du terrorisme doté de moyens avancés, alors qu’ils sont, eux-mêmes, restés coincés aux années 1973 (guerre du Kippour) », poursuit HaCohen.

« Ils ont entrepris des changements significatifs en un très court laps de temps. Nous savons comment combattre la terreur, alors que pour les Egyptiens, culturellement, c’est assez nouveau. Nous savons comment chercher une fourmi dans un village (une aiguille dans une botte de foin), pour eux cela reste difficile », dit HaCohen, ajoutant : « Cela ne les empêche pas de remporter des succès contre les terroristes, cela dit ».

« Il est important de comprendre que les Egyptiens ne peuvent pas perdre ce combat. Ils veulent être les leaders du monde arabe, alors que la Turquie se bat aussi pour décrocher ce titre. Même si la région ne les intéresse pas, ils doivent absolument régler ce problème ».

« Les Forces de Sécurité égyptiennes sont parvenues à réduire l’écart, en terme d’années de retard dans la lutte contre le terrorisme. Ils ont acquis des tonnes de connaissances. Vous pouvez voir leurs bases, les nouvelles par rapport aux précédentes. Brusquement, on voit pousser des bases avec des systèmes d’observation et de surveillance et des fortifications avec des sacs de sable, démontrant une façon de pensée stratégique nouvelle. Ils comprennent qu’ils doivent gagner, ils doivent infléchir la courbe du terrorisme dans le Sinaï avant qu’il ne pénètre trop en Egypte (le cœur du pays) ».

La Guerre Bédouine

Le Commandant de Brigade parle aussi d’un autre changement intervenu récemment et qu’il a observé dans la conduite de l’organisation terroriste. « Les terroristes comprennent qu’ils doivent frapper l’Occident dans le but de provoquer une dynamique pour leur mouvement. C’est ce qu’on constate, dans l’attaque contre l’avion de ligne russe. Ils se créent une aura et embarrassent l’Egypte, montrant au monde qu’ils peuvent réussir à implanter des cellules terroristes dans ce pays ».

« A la fin 2015, l’organisation a diffusé un manifeste résumant ses activités. S’il s’agissait d’une compétition au sein de Daesh pour savoir quelle région est la meilleure, ils auraient des chances de l’emporter. Ils ont réussi  (leur coup) dans un nombre remarquable d’attaques, laissant derrière eux des centaines de morts et des milliers de blessés… De ce point de vue, on peut dire qu’ils sont assez forts ».

« Nous avons aussi assisté à des tentatives de domination sur les Bédouins. Mais les Bédouins ne se sont laissés convaincre. Le trafic de drogue est très lucratif dans le Sinaï et les Bédouins ne vont pas y renoncer aussi facilement ».

« Il y a eu des combats entre eux et Daesh », révèle HaCohen. « Il y a eu des périodes où tout le monde tire sur n’importe qui et personne ne sait vraiment sur qui il tire. Dans cette bataille, les Bédouins l’emportent sur les zones à découvert (hommes du désert), alors que Daesh triomphe dans les villes » (guérilla urbaine).

HaCohen remarque que les changements réalisés au sein de l’armée égyptienne, jusqu’à présent, ont montré des résultats impressionnants. Au cours de ces derniers mois, son efficacité, dans le combat contre l’organisation terroriste nichée dans le Sinaï, a augmenté de façon considérable.

« On constate que même si Daesh attaque quotidiennement, son organisation s’affaiblit’, explique HaCohen.

« Par le passé, nous avons vu des choses comme des tirs de missiles anti-tank et anti-aériens en même temps. Ce genre d’attaques à plusieurs niveaux simultanés s’est arrêté ».

HaCohen avertit, cependant, que l’Etat Islamique ne sera pas aussi facilement éradiqué de la Péninsule du Sinaï.

« Je pense que cette organisation va demeurer ici longtemps, même si pour cela, elle doit se mettre en veilleuse ».

Des attaques à tous moments

HaCohen a déclaré à Ma’ariv que Daesh sait pertinemment que les Egyptiens ont amélioré leur stratégie et il est convaincu qu’il arrivera bien un moment où Daesh se retournera contre Israël.

« Ils se disent : D’abord on va en finir avec les Infidèles, et ensuite on s’occupera des chiens« … Nous sommes un cran en-dessous des Infidèles, selon eux… ».

« La seule raison pour laquelle ils ne l’ont pas encore fait, c’est la dissuasion. Ils peuvent mener des attaques contre nous à n’importe quel moment, mais ils se demandent si ça vaut vraiment la peine. Ils savent qu’on peut passer à l’action contre n’importe qui. Cela ne veut pas dire qu’ils n’essaieront pas à l’avenir. En tout cas, nous ne comptons pas seulement sur le fait que nous sommes capables de dissuasion, on se prépare à n’importe quel scénario ».

HaCohen fait cependant remarquer qu’Israël est confronté à un dilemme : quels sont les principaux points faibles sur lesquels mettre l’accent chez Daesh et où devrions-nous concentrer nos ressources pour frapper?

« C’est une organisation à laquelle nous n’avons pas encore été confronté, mais à laquelle nous nous attendons à être confrontés dans un proche avenir », explique HaCohen. « Nous observons leurs activités et leurs victoires, nous étudions et analysons leur doctrine militaire ».

« Bien sûr que je pourrai détailler sur la carte les points critiques, comme la protection de nos communautés. A certains endroits, un membre de Daesh sera sûrement stoppé en combattant à la frontière et parfois, il rencontrera un autre obstacle qu’il pourra réussir à surmonter ».

« Toute cette histoire sera terminée avec le F-35. A certains endroits, cela prend quatre heures à Daesh pour arriver jusqu’ici et on peut les vaincre à cet endroit ».

Tsahal se prépare, mais espère encore que ce jour n’arrivera pas. En Israël, le pays cherche à prévenir et non à entrer en conflit dans un combat dont les termes auraient été déterminés à l’avance par l’ennemi. Autant en Syrie qu’à la frontière jordanienne et à la frontière égyptienne.

Récemment le Premier Ministre Binyamin Netanyahu a déclaré qu’Israël aide le monde dans sa lutte contre « l’Etat Islamique ».

Dès cette semaine, un nouvel officier supérieur prendra en charge la Brigade Sagi, le Colonel Avi Rahamim. Sous sa direction, elle veillera à continuer de voir les fermes fleurir dans le Neguev et les caves à vins prospérer et c’est le bruit sourd des tire-bouchons ouvrant les bonnes bouteilles qui régnera, pas celui  des bombes et des roquettes.

Par Noam Amir, Ma’ariv Hashavua/ JPost

jpost.com

Adaptation : Marc Brzustowski

4 Commentaires

  1. Je peux comprendre l’intérêt du F35, contre l’Iran,
    le Hezbollah, ou la Russie, les S300…
    Mais je n’en vois pas contre les terroristes dans le Sinaï !
    Est-ce qu’il y a quelque chose, que je n’aurai pas compris ?!

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