La mobilisation pour Fabien Azoulay, Français détenu en Turquie depuis 2017 et victime de sévices, s’intensifie

Fabien Azoulay est juif. Il est gay. Il est français. C’était un touriste, comme beaucoup d’autres, venu en Turquie, il y a quatre ans, pour y prendre des vacances et se faire greffer des implants capillaires. Et, ayant commis l’erreur de se faire livrer à son hôtel, par Internet, une pharmacopée dont il ignorait qu’elle n’était plus en vente libre depuis quelques mois, il a été arrêté, condamné à seize ans de prison et croupit dans une geôle, à 800 kilomètres d’Istanbul, loin des siens, isolé, torturé, livré à des codétenus qui semblent ne lui avoir épargné aucune humiliation. Pour les amis des droits de l’homme à qui parvient – au bout de quatre ans ! – l’écho de ce calvaire insensé et qui répète, dans le réel, l’histoire de Midnight Express, c’est l’éternel dilemme. Cet homme qui appelle à l’aide est-il une preuve ou un scandale ? Un exemple ou une exception ? Faut-il dire : « voilà ; tout est dit ; c’est une illustration de plus, pour ceux qui en doutaient encore, de la nature liberticide du régime d’Erdogan ; et c’est, après la transformation de Sainte-Sophie en mosquée, l’humiliation de Mme Van der Leyen reléguée sur son divan, le massacre des Kurdes syriens, etc., un nouvel épisode, particulièrement éloquent, de la guerre de longue durée que mène la Turquie néo-ottomane contre les démocraties et à laquelle il faut riposter, nous aussi, sans compromis ni merci » ? Ou, au contraire : « sortons Fabien Azoulay de ce jeu ; appelons-en à ce qui reste d’humanité ou, simplement, de rationalité dans la tête d’un Erdogan dont on prétend qu’il ne serait pas hostile à l’idée de normaliser, un peu, ses relations avec la France ; et profitons-en pour arracher un innocent, un au moins, à la machine en train de le broyer » ? J’opte pour la seconde option. La Turquie a un nouvel ambassadeur à Paris. Il est, dit-on, « jeune » et « ouvert », ancien condisciple du président Macron à l’ENA. Nombreux sont les défenseurs d’Azoulay qui sont prêts, si l’ambassadeur le veut, à venir plaider sa cause.

Bernard Henri LEVY

  • Fabien Azoulay a été condamné en Turquie à 16 ans et 8 mois de prison pour avoir acheté du GBL, un solvant classé comme stupéfiant dans le pays.
  • Homosexuel et de confession juive, l’homme de 43 ans est victime, depuis son incarcération, de multiples sévices physiques et psychologiques.
  • Ses avocats et ses proches en appellent désormais au chef de l’Etat pour faire aboutir sa demande de transfèrement en France.

Pendant plus de trois ans, les proches et avocats de Fabien Azoulay ont gardé le silence. « On a joué le jeu de la justice et celui de la diplomatie. Mais rien ne bouge », fustige Me Carole-Olivia Montenot. Alors le 8 avril dernier, ils ont décidé de lever le voile sur le calvaire enduré par ce Français de 43 ans, incarcéré depuis septembre 2017 dans les geôles de Turquie. Condamné à 16 ans et 8 mois de prison pour avoir acheté du GBL, un solvant classé comme stupéfiant par les autorités locales lors d’un séjour à Istanbul, Fabien Azoulay a été victime de sévices physiques et psychologiques lors de sa détention.

« Son état est très inquiétant. Pour lui, c’est impossible de tenir une quatrième année », souffle Sophie Wiesenfeld, docteure en droit et présidente du comité de soutien du quadragénaire. Après sa condamnation, Fabien Azoulay a demandé son transfèrement en France. Mais selon ses proches, cette demande est restée lettre morte côté turc. « C’est une victime collatérale des mauvaises relations diplomatiques entre la France et la Turquie », analyse la présidente du comité de soutien. Pour mobiliser l’opinion publique, une pétition a été lancée la semaine dernière et son entourage en appelle désormais au chef de l’Etat.

« Il prend énormément de médicaments »

Fabien Azoulay n’aurait dû rester que quelques jours à Istanbul. Comme beaucoup de Français, ce gérant d’un spa à New York a fait le déplacement pour une greffe d’implants capillaires. À son arrivée à l’hôtel, il commande sur Internet du GBL. Ce solvant industriel, utilisé également comme excitant sexuel, a été classifié quelques mois auparavant comme stupéfiant par la Turquie. « Il ne le savait pas. Le produit a été intercepté par les douanes, les policiers ont suivi le colis et quand Fabien a voulu le récupérer, il a été interpellé », raconte Carole-Olivia Montenot, l’une de ses avocates. Le 27 février 2018, la justice turque le condamne à une peine de 20 ans de prison, ramenée à 16 ans et 8 mois

 

Incarcéré à proximité de la capitale turque, Fabien Azoulay a fait l’objet de violences aggravées de la part de son codétenu. Homosexuel et de confession juive, le Français a été brûlé et son codétenu condamné pour les sévices qu’il lui a infligés. Depuis, Fabien Azoulay a été transféré dans une prison située à Giresun, à 800 kilomètres d’Istanbul. Mais son état et ses conditions de détention restent très préoccupants, dénonce la présidente de son comité de soutien : « Il prend énormément de médicaments, des antidépresseurs. Il envoie des lettres bouleversantes, insoutenables. Beaucoup d’islamistes sont détenus dans le même établissement, il est régulièrement sommé par ses codétenus de se convertir à l’islam », détaille-t-elle.

« Rien n’a bougé »

Inquiets pour sa vie, ses avocats réclament désormais une solution humanitaire. Officialisée depuis novembre 2019, sa demande de transfèrement « n’a connu aucune évolution », pointaient ses conseils dans leur communiqué de presse diffusé le 8 avril dernier. « On a été reçu au Quai d’Orsay qui nous a promis que ce dossier serait traité en priorité. Mais lors d’une dernière réunion en mars, on a constaté que rien n’avait bougé », justifie Carole-Olivia Montenot.

Contactée par 20 Minutes, une source diplomatique française assure de son côté que « les services du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères à Paris et notre ambassade en Turquie se sont pleinement mobilisés […] et dès le début de son incarcération, il a pu ainsi bénéficier de visites consulaires ». « Soucieuses de lui garantir de meilleures conditions de sécurité en détention, les autorités françaises sont intervenues rapidement auprès des autorités locales pour que notre compatriote puisse bénéficier d’un transfert vers une nouvelle prison turque en janvier 2020 », ajoute-t-elle, précisant que les services consulaires étaient « en contact régulier » avec les autorités turques « pour s’enquérir de sa situation et de l’évolution de sa demande de transfèrement en France ».

Depuis la médiatisation de cette affaire, la mobilisation s’intensifie en France. La pétition de soutien à Fabien Azoulay a d’ores et déjà recueilli plus de 40.000 signatures. Des élus de tous bords, des associations de lutte contre l’antisémitisme et de défense des droits des LGBTQ + se sont aussi émues de cette situation ce week-end sur les réseaux sociaux, appelant Emmanuel Macron à agir. « On veut des résultats concrets. On ne demande pas à la France de contester la peine rendue par la justice turque. Tout ce qu’on veut, c’est que Fabien puisse la purger en France, près des siens », conclut Sophie Wiesenfeld.

SIGNEZ LA PETITION POUR LA LIBERATION DE FABIEN AZOULAY

 

 

5 Commentaires

  1. Peu importe pour quelle raison, il est allé en Turquie. Il doit être libéré et n’aurait jamais dû être emprisonné. Je compte sur Mesdames Merkel, VanderLeyden et Messieurs Macron et Michel pour obtenir de Monsieur Erdogan cette libération.

    On a beaucoup parlé de la « torture » de Mme VanderLeyden obligée de s’asseoir sur un sofa mais la véritable torture quotidienne de cet européen, Français, homosexuel,…. n’intéresse visiblement pas les médias ni les politiques ni même les organisations homosexuelles ou bien elles ne parviennent pas à se faire entendre .

    Une seule conclusion s’impose: ne voyager que dans de véritables démocraties.

  2. Le Gay d’Orsay, vu l’orientation d’une majorité de ses effectifs, devrait être «sensible à la détresse de ce jeune homme !
    Autrement, il faut contacter Jacques Langue, ami des musulmans et des minorités LGBT, donc au croisement de deux mondes, pour aider à sortir ce jeune, sachant que tout ce qu’entreprend Jacques a une fâcheuse tendance à ne pas marcher, à part le développement de ses avoirs bancaires !
    Il faut mieux éviter l’aide de BHL (demander pourquoi aux bosniaques et aux Lybiens, ils vous expliqueront).

  3. Qu’allait-il donc faire en Turquie… en partant de New York où il « gérait un Spa »? Le « pauvre homme »!
    On ne fait pas d’implants capillaires aux USA? 4000km sur 2500km …..en prenant le Greyhound c’est pas cher.
    On ne va pas en Turquie il y a 2 ans….. quand on est « homoéroticiste juif ».
    J’ai connu la Turquie en 1982 et 1993-94….en navigant dans les iles de la Mer Égée… »pinaillages risqué de Pavillons » entre les iles et la côte turque…. et ambiance de Gestapo, au passage terre>>mer> Rhodes pour prendre un avion vers Athènes…
    Alors….en 2018…tout le monde a le droit de se suicider comme il aime.

    • 1 – faire des implants en Turquie c’est nettement moins cher qu’aux US
      2 – Gay ou pas la sentence est excessive
      3 – subir la torture est inhumain mais en Turquie c’est dans les mœurs
      4 – choisir la Turquie était une grave erreur et une décision irresponsable
      mais pour quelles raisons personnelles a t-il choisi ce pays ? Lui seul peut le dire
      Il existe d’autres pays qui offrent les mêmes services !

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