Réeh: Savoir faire pencher la balance du bon côté (vidéo)

Caroline Elishéva REBOUH le 11.08.2020

Comme souvent, la formulation des versets et surtout du premier verset pose problème aux brillants exégètes de toutes les époques.

La question qu’ils essaient de résoudre pour ce premier verset est : pourquoi HaShem commence-t-IL ce premier verset par un verbe au singulier pour continuer au pluriel ?

« VOIS » : רְאֵה, אָנֹכִי נֹתֵן לִפְנֵיכֶם–הַיּוֹם: בְּרָכָה, וּקְלָלָה. Vois, JE vous propose en ce jour, d’une part, la bénédiction, la malédiction de l’autre: Vois est à la deuxième personne du singulier puis il est inscrit VOUS propose (deuxième personne du pluriel).

Tout se passe comme si HaShem s’adresse à une personne responsable d’une collectivité en quelque sorte… comme si l’individu est responsable de la communauté… comme si les individus, le peuple dans son intégralité, avaient la capacité d’influencer la collectivité. Chaque électron étant libre mais se trouvant impliqué chez l’Autre.

Les plus grands classiques parmi nos commentateurs comprennent la chose de la façon suivante : à n’importe quel moment, lorsque le peuple se trouve en état de jugement, n’importe quel acte, n’importe quelle parole peut influer sur le jugement et faire basculer l’un ou l’autre des plateaux de la balance en le faisant tout-à-coup remporter par le bien. L’individu est responsable de lui-même comme des autres. C’est la raison pour laquelle l’Eternel S’adresse à l’individu qui par un acte ou une prière peut sauver un autre individu ou une collectivité.

HaShem s’exprime de manière mystérieuse au sujet du lieu où sera érigé le Temple. Pourtant s’interrogent les Exégètes, nous avons où est le Mont Moriah et, à la lumière des enseignements de notre Histoire, écrivent Rabbénou Behayé et le Rambam, entre autres, nous savons que les premiers sacrifices furent présentés au Mont Moriah, Noé en descendant de l’Arche offrit son premier holocauste au mont Moriah….

Abraham voulut sacrifier son fils au Mont Moriah et même sans parler véritablement de sacrifice, lors du déplacement vers Haran, Jacob fit le rêve de l’échelle au Mont Moriah. Dès lors, pour quelle raison dans le texte de notre péricope est-il fait mystère de l’emplacement que D choisira pour ériger le Temple, un peu comme si l’Eternel n’avait pas encore choisi ?

En réponse à cette question certains rabbins prétendent que si dans le texte même de la Torah il n’est pas fait mention d’un lieu exact c’est pour éviter que des idolâtres ne décident d’ériger en ce point un temple dédié à des idoles. Si on désire actualiser : on voit bien que sur l’esplanade de notre Temple a bel et bien été construit une mosquée !…

Mais, il y a d’autres motifs qui se cachent derrière tout cela : il faut tout d’abord constater plusieurs points : David désirait ardemment élever ce Temple par lui-même tant il révérait et adorait le Créateur mais, il y avait un point qui ne lui permettait point de le faire : il avait trop guerroyé et trop de sang avait été versé sous son règne.

Ce fut donc à Salomon qu’échut l’honneur de construire cet édifice en l’honneur du Maître du Monde. Rashi et Rabbénou Behayé dévoilent que le terrain du futur Temple a été acquis par le Roi David : 50 shekels –de l’époque- d’un Jébuséen.

Par ailleurs on trouvera que le montant total de l’achat fut de 600 shekels et il ne s’agit pas d’une erreur ! David paya 600 shekels à raison de 50 shekels par tribu ! Pour quelle raison seul le Saint des Saints se trouve-t-il sur le territoire de la tribu de Benjamin ?

Le fait est que Benjamin a le mérite d’avoir « accumulé » des droits qu’aucun de ses autres frères n’a eu :
1 – Il est le seul fils de Jacob à être né en Israël (Judée/Canaân).
2 – Il est le seul de tous les fils de Jacob à ne pas s’être incliné devant Esaü puisqu’il n’était pas encore né.
3 – Il est le seul à ne pas avoir pris une part dans la vente de Joseph.
4 – Il luttait de toutes ses forces contre l’idolâtrie comme nous le constaterons dans les lignes ci-dessous.

Lorsque lui et ses frères sont sortis d’Egypte et que les officiers de Joseph ont découvert dans le sac de Binyamine la coupe de Joseph, les dix autres frères se sont précipité sur leur jeune frère et lui ont asséné des coups dans le dos (gav en hébreu) en l’insultant « ganav ben ganévet » (autrement dit voleur fils de voleuse) !

Pour bien comprendre de quoi il s’agit il nous faut nous reporter au récit du départ de Jacob, ses épouses et ses enfants de chez Laban lorsque celui-ci s’étonne plus de la disparition de ses « pénates » que du départ de ses filles. La Torah a précisé que Rahel avait « volé » les pénates de son père.

De quoi est-il question ? Les exégètes éclairent nos lanternes : les idolâtres avaient coutume de pratiquer un culte avec des idoles mais ils prenaient possession d’un cadavre, l’embaumaient avec toutes sortes de produits puis inscrivaient sur une bandelettes des noms d’esprits en plaçant ces bandelettes dans la bouche du cadavre.

Moyennant ce procédé ils avaient la possibilité d’entrer en possession d’innombrables informations et, si Laban avait voulu savoir ce que faisait Jacob il aurait pu constamment le savoir. Aussi, Rahel, avait-elle subtilisé cette bandelette en luttant en même temps contre ce procédé interdit dans le judaïsme. En apercevant la coupe de Joseph qui disait ses servir du récipient pour la divination, les frères crurent que Binyamine avait subtilisé la coupe pour empêcher la divination en quelque sorte dans le même esprit que sa mère !

Il s’avère donc que Binyamine a des mérites incontournables mais pourquoi avoir choisi le mont Moriah pour établir le Temple et non pas dans une montagne plus haute ou dans la plaine ?

En entrant en Canaân, Josué dut procéder à la « purification »du territoire en détruisant tous les autels idolâtres et en détruisant tous les lieux les plus divers dont les habitants se servaient pour rendre un culte tels les sous-bois ou des sommets. Lors, le lieu idéal était un site peu élevé (gavenoun) en rapport avec le dos de Benjamin qui reçut tous les coups admonestés par ses frères !

Le Yalkout Shimôni, termine cette discussion par une parabole : un roi avait de nombreux enfants qui invitaient leur père royal très souvent en se disputant tous l’honneur de le recevoir mais, après avoir honoré chacun de ses fils lors d’un repas, le soir, il se retirait chez le plus jeune de ses fils qui avait besoin de lui. Dès lors, il est clair qu’après avoir reçu les offrandes de toutes les tribus, HaShem aime à se retrouver dans Sa Demeure établie sur le territoire de Benjamin.

Dans cette sidra il est aussi question de l’installation en Canaân/Judée et, si la formulation n’est pas sur le mode d’une ordonnance, il n’en demeure pas moins que le fait d’habiter en Judée est une mitsva.

Caroline Elishéva REBOUH

L’une d’elles est la Tsedaka (« charité ») qui dans ce contexte revêt une importance particulière

En effet,  cette sidra se trouve généralement aux alentours du Rosh hodesh Eloul ce qui signifie que l’on se trouve à une quarantaine de jours de Yom Kippour.

Le nom de ce mois, ELOUL, en hébreu : אלו »ל , est commenté de diverses façons dont celle-ci, traditionnelle : אני לדודי ודודי לי  Ani Ledodi Vedodi Li : Je suis à mon Bien-Aimé et mon Bien Aimé est à Moi.

Cette époque est celle des retrouvailles de l’époux et de son épouse (de manière allégorique D. est l’Epoux et Israël l’épouse) c’est-à-dire qu’en ces jours de Selihoth,  Israël,  fait Teshouva et examine sa conduite en se rapprochant du Créateur pour pouvoir se rapprocher tout-à-fait pendant ces jours de pénitence se terminant par les dix jours « redoutables » de Rosh Hashana à Kippour.

Cependant il est une autre façon de commenter ce nom du mois Eloul : איש לרעהו ומתנות לאביונים  Ish Lerééhou Oumatanot  Laévyonim : Chacun vis-à-vis de son prochain et des offrandes pour les pauvres.

Dans les Proverbes de Salomon on trouve à deux reprises l’affirmation selon laquelle « faire la tsedaka sauve de la mort » ; Maïmonide lui-même consacre quelques chapitres aux règles de la parnassa et, les Hazal dans la guemara  de Baba Batra nous aident à mieux saisir le message :

Tout d’abord pourquoi Shlomo  HaMelekh insiste-t-il sur le fait que la tsedaka sauve de la mort  en inscrivant ces mots une deuxième fois ?

C’est pour nous apprendre deux principes : lorsqu’un  quémandeur tend la main pour y recevoir la charité, cela le met mal à  l’aise et, en conséquence il faut répondre positivement et   généreusement sans avoir pour ceci à se soumettre à un effort  considérable (לפתוח את היד ובלי לאמץ את ליבו –לבבו- ou : ouvrir sa main sans faire  un effort) : en effet, lorsque l’on fait la tsedaka, il ne faut pas penser que l’on possède moins  d’argent après, car la récompense se calcule non pas seulement en argent mais encore en mérites.

D. procure au donateur la possibilité de donner d’avantage d’argent et de recevoir des mérites qui se calculeront en années de vie par exemple.

A ce propos, il est bon de signaler que souvent dans la Torah,  D donne un commandement formulé par le double emploi d’un terme (forme emphatique) comme par exemple ici : Patouah tiftah, ou bien naton titen, héânek taânik  et bien d’autres encore c’est pour mettre l’accent sur la mitsva à faire, sans rechigner car, aller demander de l’argent à quelqu’un est humiliant et Rashi précise que le manque dont fait preuve le pauvre est suffisant, donc patouah tiftah eth yadekha nous enseigne qu’il faut donner et donner encore et même ne pas attendre qu’on nous demande mais aller au-devant et pourquoi insister sur le mot main ?

C’est ici une allusion : lorsque la main est fermée, tous les doigts sont à la même hauteur alors que lorsque la main est ouverte la différence entre les cinq doigts est flagrante et c’est ce que nous ordonne la Torah : considère celui à qui tu donnes car ses besoins ne sont pas les mêmes que ceux d’un autre : à un ancien riche, il faut donner plus car il a été habitué à d’avantage.

Le pauvre a les yeux tournés vers le ciel en une supplique,  et le ciel considère celui qui donne généreusement, en se conduisant comme un frère envers celui qui est dans le besoin, comme quelqu’un qui peut être sauvé puisqu’il a tendu la main à son prochain.

La tsedaka sauve de la mort dit Shlomo HaMelekh car, si l’heure d’un homme est venue et qu’il ne veut pas mourir car il désire encore étudier ou faire des mitsvoth ou donner encore d’avantage de tsedaka, le seul procureur qui peut arriver à faire différer l’heure de la mort est la tsedaka, c’est la seule mitsva……….. Les autres seront prises en compte bien entendu mais celle-ci  a une double portée celle citée précédemment et aussi, celle d’éviter les jugements de la Géhenne (guéhinom).

Lorsque D. a voulu créer l’homme, il est écrit dans le midrash que HaShem S’est entouré de l’avis des Anges du Service Céleste et en particulier : de la Vérité (Emet), de la Paix (Shalom) et de la Vertu (Hessed)  et de la Charité (Tsedaka). Il y eut deux voix pour et deux voix contre.

Les deux voix contre étaient celles de la vérité et de la paix car la vérité a dénoncé le fait que l’homme saurait mentir et la Paix que l’homme serait querelleur. D.  écarta la Vérité et, Il créa l’homme pour que celui-ci pratiquât la Tsedaka et se conduisît avec Hessed.

Pour en revenir au mois d’Eloul, il faut souligner que l’homme vertueux doit redoubler dans sa tsedaka de rosh hodesh eloul jusqu’après yom kippour car, cette mitsva indique que D. est proche de Ses créatures encore bien plus que pendant les autres périodes de l’année comme le précisent les rabbins du Talmud : Pourquoi D n’a-t-IL pas fixé Rosh Hashana pendant la période des semailles et des différentes récoltes ?

C’est parce qu’il aurait été préoccupé tandis qu’après les récoltes, il a tout le loisir de procéder à un examen de conscience et d’opérer en lui des changements dans son comportement et ses habitudes. Se concentrer sur l’esprit de la Tsedaka est important car il est écrit : וצדקה תהיה לנו כי…,  à la terminaison de ces quatre mots se trouvent les lettres du Tétragramme.

Le verset des tehilim :   אבן מה עשו הבונים הייתה לראש פנה    Les Hakhamim ont fait remarquer que les trois lettres du  mot “pina”    פנהsont les initiales des trois mitsvoth : « patouah  tiftah » de « naton titen » et de « haânek taânik »   ouvre ta main, donne et procure.  Les trois lettres du verbe « natan »   noun-tav-noun  faisant allusion au fait que nous sommes tous garants les uns pour les autres : nefesh tahat nafesh.

Caroline Elishéva REBOUH

 

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