Présidence de LR : le dilemme de Laurent Wauquiez

Le patron de la région Auvergne-Rhône-Alpes hésite à reprendre le poste qu’il a laissé en 2019. Qu’il se lance ou pas, aucune solution n’est sans risque.

Que faire ? Tel Lénine dans son célèbre traité politique, dans lequel il réfléchissait au début du siècle dernier sur la stratégie révolutionnaire, Laurent Wauquiez s’interroge sur le meilleur moyen d’accéder au pouvoir en 2027. La question se pose sans attendre, puisque Christian Jacob a laissé la présidence de LR.
Toujours discret sur la scène nationale, le patron de la région Auvergne-Rhône-Alpes est tenté de reprendre les rênes du parti qu’il a laissé en 2019 . Il consulte, écoute, mais ne dit mot sur ses intentions. « Il n’a pas tranché », assure son entourage, selon lequel il pourrait révéler sa décision « en juillet ».

Vote à l’automne

S’il est candidat, personne ne doute qu’il l’emportera, tant il a la cote parmi les militants, appelés à voter à l’automne. Il est l’homme fort de la droite. « Le seul qui reste », résume un élu. Contrairement à Xavier Bertrand et plus encore Valérie Pécresse , Laurent Wauquiez n’est pas sorti abîmé de la séquence présidentielle. Et il a marqué des points aux législatives : 19 députés LR sur 62 sont élus dans sa région. Et son ancienne circonscription en Haute-Loire, où il s’est présenté comme suppléant, n’a pas basculé. Il peut aussi se réjouir de l’élection à la tête des députés LR d’Olivier Marleix, avec lequel il entretient de bonnes relations, plutôt que Julien Dive, un proche de Xavier Bertrand.

« On l’a déjà testé »

Sa décision ne va pas de soi. « Le lundi, je pense qu’il doit y aller ; le mardi, je me dis l’inverse », soupire un de ses soutiens. Même si le parti est affaibli et l’étiquette LR démonétisée, revenir à la tête du parti le remettrait au cœur du jeu, avec les moyens de l’appareil et l’espoir que soit réglée la question du leadership. Mais un bégaiement de l’histoire pourrait réactiver le rejet de sa personne (le poste de président de parti impose souvent de forcer les traits), voire lui faire subir le même sort qu’au premier essai.
D’autant plus que la prochaine échéance électorale est la même que celle qui avait précipité son départ : les européennes, qui se tiendront en 2024. « Wauquiez, on l’a déjà testé. Ça a fait 8,5 % ! », tacle un député, en référence au crash de la liste emmenée en 2019 par le très conservateur François-Xavier Bellamy, que le chef des Républicains avait imposé dans un concert de grincements de dents. « Il n’est pas obligé de faire les mêmes erreurs », glisse un élu qui le connaît bien.

« Le seul leader »

Passer la main n’est pas plus simple. Cela lui donnerait certes une plus grande liberté de manœuvre pour avancer ses pions comme il l’entend. Mais ce serait prendre le risque que la machine lui échappe et de se faire doubler au final. « Quand quelqu’un d’autre s’installe, il peut être difficile de le déloger. Aujourd’hui, Wauquiez est le seul leader. Mais on oublie vite. Dans deux ou trois ans, rien ne dit qu’il n’y en aura pas d’autre », alerte un de ses soutiens.
A LR, beaucoup le poussent à reprendre le gouvernail. « La présidentielle a montré qu’être un président de région reconnu ne suffit pas. A force de ne pas y aller, il faut faire attention », prévient un cadre du parti, alors que Laurent Wauquiez a renoncé à briguer l’investiture pour la dernière présidentielle. « A un moment donné, il faut prendre son risque », insiste un autre. S’il se dérobe, l’ex-ministre devra veiller à ce que celui qui prendra le parti ne le gêne pas. Le nom de Michel Barnier est fréquemment cité. Le brouillard est encore épais. La seule certitude, c’est que Laurent Wauquiez, âgé de 47 ans, n’a renoncé à rien.

Par Pierre-Alain Furbury  www.lesechos.fr

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