Marine Le Pen, a fini sa dédiabolisation. Elle entame maintenant une vraie conquête du pouvoir, et utilise toutes les ficelles de la politique, pour piéger les uns et les autres.

Le système est assez rudimentaire, il s’agit d’utiliser les contradictions de ses adversaires, les mettre en exergue par des coups politiques et médiatiques, et les décrédibiliser ainsi. La première victime, la Nupes et sa motion de censure inutile, en attendant les LR, et ainsi de suite. Quand elle aura montré à la France, le côté grotesque des prises de position à son encontre, elle aura normalisé son parti, qui aura alors un boulevard devant lui. Les avant-dernières victimes de cette stratégie ont été les Klarsfeld qui ont accepté une distinction de Louis Aliot Maire RN de Perpignan. Alors Serge Klarsfeld pourra toujours se justifier, mais ceux qui étaient infréquentables hier le sont aujourd’hui. Avec cette stratégie, ni la Nupes ni les LR ne pourront plus cracher sur les voix du RN, qui sera devenu non pas un parti de droite, mais du centre par ses prises de position en faveur des plus défavorisés. Marine Le Pen n’aura pas montré qu’elle est la plus intelligente, mais que les autres nagent en pleine contradiction, et ce sera largement suffisant.

Motion de censure, la vraie histoire : comment la Nupes s’est fait piéger par Le Pen 

La gauche devrait-elle se réjouir de pouvoir compter pour sa motion de censure sur les voix du RN ou se pincer le nez ?

Au sein de la Nupes, les stratégies divergent.

Qui Marine Le Pen voulait-elle piéger en annonçant le 24 octobre, contre toute attente, que ses députés du Rassemblement national voteraient la motion de censure de la Nupes ? Les Républicains, à l’évidence, accusés d’être des supplétifs du gouvernement. Mais l’alliance de la gauche a tout autant pâti de ce « coup » politique signé de la patronne du RN. Ses 89 députés n’ont pas manqué à l’appel et ont voté le texte de la gauche visant à faire tomber le gouvernement, en vain. De quoi embarrasser une bonne partie de la Nupes, divisée quant à sa stratégie vis-à-vis du parti d’extrême droite et de ses députés.

L’affaire s’est emballée, à la faveur du réveil de quelques vieux éléphants du Parti socialiste. François Kalfon, opposant à la Nupes et à Olivier Faure au sein du parti rose, a le premier dégainé une rumeur explosive sur Twitter : « On me dit dans l’oreillette que LFI a fait retirer toute mention positive à l’immigration, pourtant présente dans la motion de censure de la gauche pour permettre au RN de la voter… Et c’est extrêmement grave ! »

Concubinage secret ?

Jean-Christophe Cambadélis lui a emboîté le pas et a appelé la direction du PS à « faire la lumière sur le fait que LFI ait retiré de la motion de censure de la Nupes toute référence positive à l’immigration pour permettre le vote du RN. » Même le président de la République Emmanuel Macron, lors de son interview sur France 2 dans l’émission L’Evènement a sauté sur l’occasion : « Vous pensez que nos compatriotes qui ont voté pour un député socialiste ou écologiste lui ont demandé de porter une majorité avec des députés du Rassemblement national et lui ont demandé de déposer une motion de censure qui a, à dessein, été changée par cette coalition baroque de la Nupes ? »

Alors que s’est-il donc réellement passé entre la Nupes et le RN ?

Une alliance de circonstance ? Un concubinage secret ? La Nupes a-t-elle voulu séduire Le Pen ? Au total, ce ne sont pas moins de huit versions du texte qui ont circulé et été débattues par les députés de la gauche. L’Express les a consultées et à aucun moment il n’a été fait mention de l’immigration dans ces travaux préparatoires – comme l’a aussi révélé L’Humanité – pas plus que dans les débats entre les cadres de chaque groupe.

Ne pas « trop politiser » le texte

C’est aux écologistes qu’est revenue la mission d’écrire une motion de censure au nom de la Nupes. De l’aveu même des Insoumis, des socialistes et des communistes : « La première version du texte n’était vraiment pas bonne. » « Il manquait des marqueurs sur la justice sociale notamment et la motion a été retravaillée intégralement », explique un député du PS. Les roses, appuyés par les communistes et quelques Insoumis, réclamaient un texte rappelant les fondamentaux de gauche. « On a demandé que le texte soit identitaire, au sens noble du terme, raconte le même parlementaire. Il fallait qu’il soit de gauche affirmée et assumée. Bref, définir notre ligne, parler notamment de justice fiscale redistributive. »

Chez les Insoumis, la seule consigne donnée est de ne pas « trop politiser » le texte et permettre aux voix des autres oppositions, y compris LR ou le RN, de voter la motion, si elles le souhaitent. « Je ne me suis jamais caché sur nos intentions. Quand on dépose une motion de censure, c’est pour qu’elle soit votée par une majorité de députés », justifie Manuel Bompard, député de Marseille et directeur de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon.

La phrase qui coince

Il n’empêche, il a bien été question alors de s’assurer du non-vote des députés du RN. Plusieurs députés ayant participé aux négociations confirment que les socialistes ont insisté pour glisser « un ou plusieurs répulsifs à RN », notamment une phrase rappelant que les 89 députés du RN n’étaient pas « républicains ». Un argument que les Insoumis rechignaient à valider. « Ils voulaient quelque chose de plus global, de plus consensuel. Mais on n’a jamais parlé d’immigration, parce que ça n’a aucun rapport avec le projet de loi de finances, confirme un député socialiste. Il s’agissait de s’assurer que ce soit suffisamment à gauche, sur les aides sociales et l’écologie, pour que le RN ne la vote pas ». Et puisque Marine Le Pen avait annoncé dans un premier temps qu’elle ne voterait pas avec eux, la Nupes a fait tomber sa garde.

Quatre jours avant le vote, le texte est approuvé par l’ensemble des parlementaires de la Nupes, y compris les socialistes ; et y compris les moins Nupes-compatibles tels Valérie Rabault ou Joël Aviragnet qui ont surfé sur la rumeur lancée par Kalfon. Sur la boucle WhatsApp du groupe, le 20 octobre, ces deux-là et les cadres du groupe PS valident d’un bref message « Oui », d’un « yes, super ! » Ou d’un « OK pour la motion ».

La « beauté des nuages »

La genèse de cette motion de censure – d’apparence anecdotique – illustre particulièrement ces dissonances dans le rapport à l’extrême droite. Les socialistes et les Insoumis n’ont pas les mêmes desseins tactiques. Et la question pourrait être posée ainsi : la gauche devrait-elle se réjouir de pouvoir compter avec elles les voix de l’extrême droite ?

Aux yeux des Insoumis, la réponse est oui. Dans une série de tweets, Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard, Mathilde Panot et d’autres cadres de la LFI se sont gargarisés de n’être passés qu’à 50 voix près de faire chuter l’exécutif gouvernemental d’Elisabeth Borne, avec l’aide des bulletins de vote du RN. « Ça ne me dérange pas que le RN vote notre motion. Cela démontre qu’ils reconnaissent que nous avons le leadership de l’opposition, que nous sommes les seuls à être capable de faire tomber le gouvernement. Si l’on dépose une motion de censure, ce n’est pas pour la beauté des nuages », assume lui aussi le député LFI Eric Coquerel.

« On subit »

De quoi agacer les socialistes qui, eux, se pincent le nez. Mardi 25 octobre, lors de la réunion de l’intergroupe Nupes, Boris Vallaud, patron des députés socialistes, a rappelé que ces tweets d’auto-congratulation n’auraient pas dû exister. D’autant que le gouvernement – Elisabeth Borne la première – s’est engouffré dans la brèche en accusant la gauche de chercher à construire une majorité alternative avec le Rassemblement national. Hérésie, rétorque le Premier secrétaire du PS, Olivier Faure : « La Première ministre joue avec le feu… Laisser penser une seule seconde qu’on pourrait être dans un même gouvernement que Le Pen est malhonnête. Les seuls qui ont déposé des bulletins du RN, ce sont les députés de la majorité lors de l’élection des vice-présidents de l’Assemblée nationale. »

Boris Vallaud fustige tout autant ce « truc filandreux » qu’entretiennent la majorité et le gouvernement avec le RN et qui « ne fait que fissurer un peu plus le front républicain ».  » Nous n’avons pas voté de motion de censure venue de la droite et ne le ferons pas. Le dire et le redire, c’est une façon de ne pas s’habituer à cette extrême droite. On ne bouge pas là où d’autres au gouvernement la banalisent. » Et le même d’admettre, presque désemparé : « On subit, on ne peut pas empêcher des votes non plus. » En 1986 déjà, sous François Mitterrand, la motion de censure des socialistes – qui visaient à faire tomber le gouvernement de cohabitation de Jacques Chirac – avait bénéficié des voix des 33 députés du FN de Jean-Marie Le Pen. Qui s’en souvient ?

JForum & L’Express

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