En un temps record, l’université Ben-Gourion s’est adaptée à l’urgence de la guerre en improvisant des solutions, alors que 6 000 de ses étudiants ont rejoint l’armée.

Le 7 octobre 2023, au petit matin, les premiers blessés affluent vers l’hôpital Soroka, lié à l’université Ben-Gourion de Beer-Sheva. L’établissement est le plus proche des kibboutz touchés par les attaques terroristes, le seul centre de traumatologie dans le sud du pays.

Les étudiants se sont mobilisés pour prêter main-forte au personnel soignant. Ils ont réquisitionné des salles de l’université, mis en place un service de renseignement fonctionnant 24 heures sur 24 et joué un rôle central dans la distribution de nourriture et de vêtements : en quelques heures, toutes les ressources technologiques et intellectuelles du campus ont été déployées au service de cette nouvelle réalité.

Autrefois, Beer-Sheva était un territoire désertique peuplé de bédouins. En 1964, le Premier ministre d’Israël, David Ben Gourion, charge le ministère de l’Éducation de constituer une commission pour étudier la possibilité d’implanter une université dans la région. « Il faut faire vivre le Néguev, et pour cela, il faut y créer une université ! » insiste le Premier ministre.

Créer un « Oxford du désert »

Son ambition ? Créer un « Oxford du désert ». Faire de cette région un modèle de solutions scientifiques, écologiques et sociologiques pour le monde entier. Aujourd’hui, avec ses 20 000 étudiants, elle est devenue le cœur battant de la région. La Direction nationale de la cybersécurité d’Israël est installée au cœur du High Tech Park, sur le campus. Tsahal y a également établi une base pour ses pilotes de l’Armée de l’air.

« Six mille de nos étudiants sont réservistes et ont été appelés à rejoindre l’armée. En conséquence, l’université ajuste ses programmes afin qu’aucun ne prenne de retard dans son cursus. La rentrée scolaire a été reportée au 31 décembre. Nous avons dû faire preuve d’agilité et intégrer deux semestres dans la même année », explique le professeur Reli Hershkovitz, doyenne de la Faculté des sciences de la santé. « C’est presque la nouvelle norme », poursuit Daniel Chamovitz, le président de l’université Ben-Gourion. « Cette génération est la plus résiliente de toute l’histoire d’Israël. Ils ont affronté la pandémie de Covid. Maintenant, ils doivent se battre dans cette guerre qui s’éternise. Tous les élèves connaissent quelqu’un qui a été kidnappé ou tué au combat. »

Noa Argamani et son petit ami, étudiants ici, sont toujours otages des terroristes. Daniel Chamovitz précise avoir renforcé l’équipe dédiée au soutien psychologique. « Pour ma part, j’ai assisté à trente-sept enterrements. Cela m’a semblé être un devoir car les représentants officiels du gouvernement étaient toujours absents. »

Auriane, Eylan et Gal, internes en médecine à l’université Ben-Gourion, ont tous les trois aidé spontanément les urgences surchargées de l’hôpital Soroka. La gorge serrée, ils livrent chacun leur récit. Eylan a pris en charge des blessés à leur sortie des ambulances et leur a prodigué les premiers soins. Gal se trouvait sur l’héliport. Il s’occupait de réceptionner les soldats et de transporter leurs brancards jusqu’à la salle de traumatologie. « Toutes les trois minutes, un hélicoptère atterrissait avec jusqu’à neuf soldats blessés en même temps. »

L’incubateur de start-up de l’université est en contact avec toutes les unités sur le terrain à Gaza.

« Je ne suis pas encore docteur, je n’ai pas encore les compétences nécessaires pour pouvoir aider pleinement. Je me suis sentie dépassée. J’aurais aimé pouvoir en faire plus », témoigne encore Auriane. Les événements d’octobre n’ont pas altéré leur vocation. Bien au contraire.

Le Dr Alexandra Klein Rafaeli dirige le service psychologique de l’université. Elle a connu le 11 septembre 2001, alors qu’elle achevait ses études à New York. Elle témoigne que le 7 octobre a été une expérience sans précédent. « Je n’ai jamais rien vu de tel auparavant. » Son équipe a établi une ligne d’urgence de consultations téléphoniques pour l’université. Elle écoute les récits des soldats, les aide à guérir du traumatisme. « Certains recherchent du soutien. Surtout ceux qui sont rappelés pour une deuxième fois à l’armée. C’est une tâche complexe que de trouver l’assistance psychologique adaptée pour eux. »

À l’université Ben-Gourion, surnommée « BGU », la médecine est à la pointe de la technologie. Les étudiants s’entraînent au Centre de simulation médicale sur des mannequins, reproduisent des scénarios pour soigner les blessés. L’incubateur de start-up de l’université, appelé « Yazamut 360 », que le JDD a visité, est en contact avec toutes les unités sur le terrain à Gaza et développe des produits et des objets conçus en impression 3D pour répondre aux besoins de l’armée.

Un exemple ? Les tireurs d’élite de Tsahal ont remarqué que l’utilisation continue de lunette de visée leur provoquait des blessures autour des yeux : leurs camarades de l’université ont rapidement créé en 3D un œilleton en caoutchouc puis l’ont envoyé aux unités sur le terrain.

Il règne une grande proximité entre la population locale et les universitaires. Les étudiants sont hébergés sur le campus, où résident également des immigrants, des bédouins, ainsi que des réfugiés russes et ukrainiens. Leur mission est d’assister ces résidents dans leurs démarches administratives, d’aider leurs enfants dans leurs études. En contrepartie, les étudiants bénéficient d’un logement gratuit. Certains réfugiés ont parcouru un long chemin pour arriver à « BGU ».

À première vue, Elizaveta Miropolsky, étudiante en ingénierie, ressemble aux jeunes filles de son âge. À 21 ans, elle a pourtant déjà vécu deux guerres. Après avoir survécu aux bombardements à Odessa, en Ukraine, sa famille trouve refuge dans les montagnes de Nahariya, au nord d’Israël. « Un jour, ma mère a reçu un message concernant un programme destiné aux étudiants ukrainiens et russophones à l’université Ben-Gourion de Beer-Sheva », raconte-t-elle.

Le 7 octobre, elle embarque pour le Monténégro où sa mère s’est installée. En sortant de l’avion, la jeune femme est saisie d’effroi en lisant les alertes qui défilent sur son téléphone. « Si j’étais restée à Beer-Sheva ce jour-là, j’aurais pu être parmi les victimes. C’est un miracle que je sois encore en vie. »

« Le boycott d’Israël n’est pas seulement anti-Israël ; il est également antijuif »

L’université s’ouvre ainsi aux étudiants du monde entier. Le 7 octobre, Michal Bar-Asher Siegal, vice-présidente de l’université Ben-Gourion et chargée des partenariats avec les institutions académiques à travers le monde, était invitée à enseigner à la Harvard Law School, aux États-Unis. « Le lendemain, les étudiants ont diffusé une lettre accusant Israël d’être responsable du massacre », rapporte-t-elle.

« Récemment, nous avons reçu un courriel de Sciences Po Paris annonçant leur intention de vouloir rompre les relations avec BGU. Finalement, cette rupture n’a pas eu lieu. Aussi, plusieurs universités dans le monde ont voulu maintenir leur collaboration avec nous, mais en la dissimulant, sans aucune mention publique de nos liens : elles recherchent un partenariat discret, hors des radars. »

Regrettant que certaines institutions académiques cèdent sous la pression des étudiants et des professeurs, Michal Bar-Asher affirme que le boycott d’Israël n’est pas une solution, car « il n’est pas seulement anti-Israël ; il est également antijuif ».

Ainsi, le monde se répare depuis le désert. Tandis qu’en Europe et aux États-Unis les campus s’enflammaient dans leur condamnation d’Israël, l’université Ben-Gourion annonçait avoir mis au point un traitement révolutionnaire contre un cancer agressif. Une découverte dont les malades du monde entier pourront profiter.

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