L’« accord » de Trump avec l’Iran
par Pierre Rehov
Le texte en 14 points est sans ambiguïté sur le point que la Maison Blanche s’efforce de dissimuler. Il engage les États-Unis, « avec leurs partenaires régionaux », à élaborer un « plan d’au moins 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement économique de la République islamique d’Iran » – dont 3 milliards auraient déjà été envoyés en Iran via les Émirats arabes unis, selon l’éminent journaliste Lee Smith.
Le président a qualifié ces informations de « fake news » et a affirmé que personne ne contribuait « de dix centimes ». Cette clause figure pourtant en bonne place dans le document qu’il a signé.
Une seule question compte vraiment: que donnera cet accord, s’il est respecté par l’Iran ? Il laissera l’uranium enrichi en Iran, concédera un droit à l’enrichissement qui constituait récemment une ligne rouge, autorisera le programme de missiles balistiques iraniens que Trump défend désormais soi-disant parce que d’autres pays possèdent également des missiles, et injectera des fonds de reconstruction dans une économie dont l’institution dirigeante est le brutal Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Un cadre transitoire peut facilement servir d’instrument pour obtenir une concession concrète – l’ouverture des voies de navigation dans le détroit d’Ormuz – tandis que les autres clauses expirent discrètement.
Trump a répété que si l’accord échoue, il reviendra à la force – mais qui le fera une fois qu’il ne sera plus président ?
Chaque riposte israélienne peut provoquer un retrait iranien des troupes, et chaque retrait offre à Washington un prétexte légal pour reprendre la guerre qu’il avait suspendue. Si Trump hésite toutefois à recourir à la force contre l’Iran aujourd’hui, pourquoi penser qu’il serait plus enclin à le faire plus tard ?
Sans une opposition unie pour accéder au pouvoir et sans armée pour s’emparer de Téhéran, parler de libération n’est qu’une consolation, non une stratégie. La guerre a affaibli le régime ; elle ne l’a pas renversé – et rien dans cet accord n’y parviendra. En réalité, le protocole d’accord promet d’enrichir à nouveau le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) afin qu’il puisse renforcer son emprise sur le peuple iranien avec encore plus de brutalité.
Le mémorandum reste donc là, tel la concession la plus maladroite qu’une administration américaine ait faite à un ennemi juré depuis une génération…
Le régime de Téhéran, qui a attendu la fin du mandat de nombreux présidents américains et qui compte bien en attendre un autre, parie qu’ils bluffent sur tout, sauf sur le chèque.
Pierre Rehov, diplômé en droit de Paris-Assas, est un journaliste, romancier et documentariste français. Il est l’auteur de six romans, dont « Au-delà des lignes rouges », « Le Troisième Testament » et « L’Éden rouge », traduit du français. Son dernier essai sur les suites du massacre du 7 octobre, « 7 octobre – La riposte », a figuré parmi les meilleures ventes en France.
JForum.fr avec gatestoneinstitute.org
Photo : Un missile balistique Fattah est présenté lors du défilé militaire annuel à Téhéran, le 22 septembre 2023. (Photo AFP via Getty Images)
![]() |
![]() |





































